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      Décès du réalisateur Curtis Hanson

       

      • Un corps enterré : 

      Mardi 20 septembre 2016, des policiers sont dépêchés sur les hauteurs d’Hollywood. Un corps a été retrouvé dans une résidence. Cependant, une fois arrivé sur place, les flics n’ont pu que constater le décès de cet individu.

      Une heure après leur arrivée, un officier les a rejoint. Une chemise hawaïenne sur les épaules, des lunettes sur le nez, il fit le résumer de la situation : Un homme d’1m85, yeux bleus, cheveux poivre sel, septuagénaire. Une mort de « causes naturelles » semblait le plus probable selon le légiste. L’officier interrogea ensuite les divers témoins et sur un calepin se mit à noter, soigneusement, le passif du défunt. Quand il fut satisfait, il combina chaque témoignage, pour n’en faire qu’un long récit ordonné.

      Si ce n’était pas la première célébrité à qui il avait affaire, c’était bien la toute première lier au monde du cinéma. En effet, le macchabée, couché sur le lit, était cinéaste. Un bleu trouva important de souligner qu’il était réalisateur, scénariste et producteur. Encore un qui voulait se faire remarquer en étalant ses connaissances … L’officier en fut exaspérer mais garda le silence. Un regard jeté à ce « ptit con » fut amplement suffisant pour qu’il la ferme.

      Le cinéaste était un type du Nevada, Reno plus exactement. L’officier connaissait parfaitement la région. Il venait lui-même d’une ville à peine plus au Sud : Carson City. Deux villes connectées par une des sections de la route nationale 580.  

      Né en 1945, il avait débuté sa carrière en 1970 avec un film d’horreur. Après quelques films, il s’était fait connaître du monde entier en 1992, avec un thriller, genre de la plupart de ses films précédents : La Main sur le berceau. Cinq ans plus tard, ce fût la consécration avec son adaptation du L.A Confidential de James Ellroy. Pour ce film il reçut l’oscar du meilleur scénario et le prix Edgar Allan Poe. « Un sacré film » pensa l’officier, avant de continuer sa lecture. Après ça, il avait continué mais dans des genres différents : comédie dramatique (Wonder Boys, In her shoes) et drame (8 Mile, Too big to fail : débâcle à Wall Street). Son dernier long métrage, sorti en 2012, était un biopic sur le surfer Jay Moriarity : Chasing Mavericks.

      Lorsque l’officier releva la tête de son calepin, il regarda à nouveau le corps sur le lit. Il était désormais enveloppé dans un sac mortuaire. Une autopsie allait être faite et le médecin légiste confirmerait avec certitude ce qu’il avait déjà dit. L’officier en était certain. 

      Il mit le bloc-notes dans sa poche et marcha en direction de la porte. Lentement, il descendit les quelques marches du perron, puis s’assis sur l’avant – dernière. Et tandis qu’on transportait le corps, l’officier su que contrairement à lui, cet homme, ce « réalisateur, scénariste et producteur » était immortel. Son travail lui avait permis de créer des objets immatériels, qui contenaient tous une part de lui. Des idées, des images qui resteraient imprégnées dans la rétine de tous ceux qui les contempleraient. Alors que lui … qui allait lire ses états de service, quand bien même irréprochable ? 

      S’apitoyer sur son sort n’était pas dans ses habitudes, il décida donc de partir. Il salua ses collègues, fit à nouveau ses condoléances aux proches du défunt et se dirigea vers sa bagnole. En fermant la portière il savait exactement comment se déroulerait sa soirée. Il irait boire un vers dans le bar le plus proche, puis s’enfilerait les films du cinéaste décédé. Il reprit son bloc-notes pour vérifier le nom, un certain Curtis quelque chose, Curtis Hansen peut être : « Curtis Hanson ». Il tourna la clé et enclencha le moteur. 

       

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      • Des œuvres exhumés : 

       

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      La Main sur le berceau (1992) 

      Si Curtis Hanson a débuté sa carrière avec les thrillers, c’est avec celui-là, qu’en 1992, il attire l’attention. Et pour cause, C. Hanson sait jouer avec le spectateur, qui est happé par l’ambiance anxiogène qui se dégage tout au long du film.

      Cette histoire, c’est celle d’une lente et froide vengeance, qui s’immisce toujours un peu plus, minute après minute, dans un foyer conjugal. La vengeance d’une femme qui a tout perdu, et qui compte bien tout reprendre : un mari et un enfant.

      Le plus horrible ou le plus brillant, c’est qu’à l’instar d’un colombo, le public sait, depuis le début, ce qui se trame. Cependant, tout comme dans notre enfance quand nous essayions de prévenir la marionnette de Guignol, de la présence du voleur ou du gendarme, nous restons impuissants.

      C’est avec cette sensation d’impuissance que le réalisateur réussi son coup, nous maintenir en haleine, rivé à l’écran, jusqu’à avoir la réponse à notre question : la vengeance aura – t – elle lieu ?  

       

       

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      Wonder Boys (2000)

      Curtis Hanson entre dans le vingtième siècle par la grande porte avec ce film, surfant toujours entre tristesse ambiante et instant décalé, ponctué d’une touche d’humour.

      Ce film est le cas typique d’un apprentissage inversé. C’est-à-dire que l’histoire a pour protagoniste un écrivain à succès, également professeur à qui il n’arrive que des tracas : sa femme l’a quitté pour de bon, il couche avec la femme de son supérieur et cela fait sept ans que son dernier livre est paru. Or, c’est en côtoyant un de ses élèves, fort étrange, qu’il va vivre de nombreuses péripéties qui le conduiront tout droit à la résolution du film.

      En tant que professeur, il considère que son rôle n’est pas de dire quoi écrire aux élèves, mais de les pousser à prêter attention aux voix intérieurs qui, elles, leur disent ce qu’ils veulent écrire. Chez le protagoniste ces voix s’étaient tues. Dans le silence le plus complet, il s’était perdu dans le trop plein de page qu’il écrivait, sans savoir quelle direction prendre, sans « faire de choix ». Comme pour sa vie, il était perdu.

      C’est ainsi que, grâce à James Leer, Poe et Marilyn Monroe, l’écrivain retrouvera l’ouïe, sa lanterne le guidant la nuit, sans jamais s’éteindre et s’évanouir, comme une bougie le ferait au moindre coup de vent. C’est ainsi qu’il trouvera une nouvelle histoire à taper.  

       

       

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      Ce film est une peinture urbaine. Il décrit la misère de la ville de Détroit et notamment de l’autre côté de la route « 8 Mile », démarcation fictive entre quartiers riches (moins pauvres) et quartiers pauvres. La majorité des plans ont d’ailleurs lieu dans la rue.

      Et sur cette toile, le protagoniste, dans le rôle du pinceau, déambule sans savoir où il va. Et pour cause, ce protagoniste est un jeune homme blanc qui se démène dans une vie qui ne lui plait pas : sa mère, chez qui il a dû revenir, est alcoolique, son job est sous-payé, il ne réussit pas à avancer dans sa carrière de rappeur.

      Cette histoire, c’est celle d’un mec qui chantait devant un miroir dans des toilettes et qui a pris la seul opportunité qu’il avait pour sortir, ne serais ce que la tête de cette « vie de merde » !

      Dans le film, il y a une scène, où un des personnages raconte, qu’il met les « galères en musique ». Curtis Hanson à sa manière, a fait de même : il a mis les galères en image !

       

       

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      Chasing Mavericks (2012)

      Dix ans après 8 mile, Curtis Hanson signe son dernier long métrage. Tout comme pour Eminem, ce film s’inspire d’un parcours. Mais contrairement au rappeur, qui certes entouré de ses amis, s’est construit seul dans la poussière, le protagoniste de cette histoire a suivi un enseignement.

      Cette histoire c’est celle d’un élève et de son mentor, d’un apprentissage. Une leçon qui ne s’arrête pas au sujet concerné, mais le transcende pour devenir « a way of life », c’est-à-dire une manière de vivre, de voir les choses.

       

      La quête du protagoniste, comme une planche de surf sur une mer agité, est toujours sur le point de se briser. Néanmoins, elle réussit inlassablement à trouver le moyen de continuer à glisser sur et dans ces vagues d’espoir et de tristesse.

      Si à coup sûr, ce film n’est pas le meilleur du cinéaste, il offre par des images magnifiques, un bon film pédagogique, comme l’était, six ans plus tôt, Le Guerrier Pacifique de Victor Salva.

       

       

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      L.A Confidential est une adaptation du roman éponyme, de l’écrivain de polar étasunien James Ellroy, sorti en 1997. Ce film est considéré, autant commercialement, que du point de vue de la critique et des récompenses obtenus, comme le meilleur film qu’est réalisé Curtis Hanson. D’ailleurs, en 2015, le film est sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis pour son « importance culturelle, historique [et] esthétique ». Note : cette même année, a été sélectionné également, entre autres, les films Top Gun (1986) d’Anthony Scott et Les Evadés (1994) de Franck Darabont.

       

      Qui mieux que l’auteur de l’oeuvre adapté pour parler du film ? 

      Voici comment, neuf ans après la sorti du film, à peine une semaine avant le décès du réalisateur, James Ellroy évaluait le film. Ces propos ont été tenu, lors d’une conférence à la cinémathèque française à l’occasion des 30 ans de Rivages/Noir* et de la sorti de son dernier roman noir Perfidia. Une conférence, qui comptait comme invité supplémentaire, l’éditeur de la collection Rivages/ Noir, François Guerrif et, animé par le directeur de la programmation de la cinémathèque française, Jean-François Rauger.  

      james-ellroy

      « Mes livres n’ont pas été écrits pour être adaptés. Qu’un film aussi beau que « L.A Condifential » ait été adapté du livre éponyme est tout simplement miraculeux. Cela dit, ce n’est pas un film profond. D’ailleurs, Brian Helgeland qui a gagné un oscar pour le scénario déteste le résultat final.

      Malgré tout, c’est un très bon film. Le rythme est soutenu. Les dialogues pleins d’esprit. Le film est « jazzy ». C’est un bon film. Mais ce n’est pas profond. L’histoire a été élaborée à partir des 14 intrigues de mes livres, mais l’effet n’est pas tout à fait convaincant. Deux des cinq acteurs principaux, Kevin spacey et Russel Crowe, sont maladroits, au mieux, sinon incompétents, quoi qu’en ait dit la critique. Je peux juger puisque je suis l’auteur. Pas eux.

      Ce qui me fait penser à quelque chose. Il n’y a pas une seule phrase extraite de mes scénarii, et jouée par les acteurs, qui a été jouée, selon moi, de façon satisfaisante. Si j’avais réalisé le film, et ce n’est pas mon métier, ça ne m’intéresse pas, j’aurais crié « Coupez !», à chaque fois, pour chaque scène, qui a été gardée dans le montage final. Mais j’ai accepté l’argent.

      Because the money is the gift that no one either returns. The colour green is always flattering. And the sise large always fits.

      traduction : « Car l’argent est le cadeau que personne ne rend jamais. La couleur verte est toujours flatteuse pour le teint. Et plus c’est grand, mieux c’est ».   

       

      Avec cet avis très cru, on comprend une chose assez claire : Il est compliqué qu’une oeuvre pensée d’une manière, colle parfaitement à un autre format. C’est pour cette raison que de nombreuses adaptations, pourtant devenues célèbres, déplaisent énormément aux auteurs originaux, qui ne retrouvent pas l’esprit de leur livre dans les images filmées … Ou résumé de cette façon : il n’est pas aisé d’adapté un roman !

       

       

      * 30 ans de Rivages/ Noir – à la cinémathèque : 

      La cinémathèque et ses rétrospectives de la rentrée

       

       

      Curtis Hanson et Kim Basinger

       

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