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      Critique « The Lighthouse » de Robert Eggers : une puissante descente aux enfers

      Le 18 décembre 2019, Robert Eggers proposait l’excellent The Lighthouse. A l’occasion de sa sortie récente en DVD le 29 avril dernier, revenons sur ce film étonnant. 

      Robert Eggers s’est fait connaître grâce à son excellent The Witch. Un film d’horreur presque expérimental qui a attiré l’attention du public. 4 ans après ce coup d’essai étonnant, le cinéaste américain rempile avec The Lighthouse. Un autre film qui brise les carcans habituels du cinéma hollywoodien, produit par la boîte de distribution A24, célèbre pour ses prises de risques.

      Et The Lihthouse s’inscrit parfaitement dans leur catalogue. C’est un film inédit, étonnant, en noir et blanc, qui propose un cinéma quelque part entre une approche old school, une folie à la David Lynch, et un style également très personnel. Porté par Robert Pattinson et Willem Dafoe, le long-métrage vaut assurément le détour.

      Un exercice de style déroutant

      The Lighthouse est un véritable exercice de style. Déjà, parce que Robert Eggers choisit de tourner son métrage entièrement en noir et blanc. Il y a ajouté un format carré, ce qui offre un mélange assez déstabilisant. Une approche esthétique étonnante, qui tente de renouer avec des productions d’un autre temps.

      Avec cette volonté d’offrir un style visuel comme celui-ci, le cinéaste veut placer son histoire totalement hors du temps. Une approche qui sert à détruire les repères du spectateur pour le placer dans la même condition que ses protagonistes. Comme les personnages, l’assistance perd ses marques, perd ses habitudes, et se place dans un contexte angoissant où la réalité s’effrite petit à petit. C’est en cette approche que, parfois, le cinéaste tente de rendre hommage à un style très « Lynchéen », tout en empruntant également à Tarkovsky.

      Critique de "The Lighthouse" de Robert Eggers : une puissante descente aux enfers

      Et tout ceci fonctionne à la perfection. La solitude de cette île et cet environnement marin isolé font leur effet. Progressivement, les deux héros tombent dans une folie de plus en plus dangereuse. Le huit-clos avance à merveille, laissant le temps, l’espace et la réalité en suspend, pour s’engouffrer dans les névroses et les désirs de l’être humain.

      The Lighthouse dépeint les méfaits de la solitude prolongée sur le psychisme d’un être humain. La solitude, et paradoxalement, la proximité avec un autre individu. Une ambivalence parfaitement mise en scène. Elle montre à la fois les hallucinations progressives inhérentes au désir d’un changement profond, mais également la difficulté de supporter le même interlocuteur pendant des semaines entières. The Lighthouse présente ainsi les névroses aiguës de l’être humain, qu’elles soient sexuelles, intellectuelles ou physiques. Un être humain qui est à la fois dans l’incapacité de vivre seul, mais également de vivre avec la même et unique personne.

      Une œuvre radicale et complexe

      Il y a beaucoup à dire sur The Lighthouse, véritable psychanalyse des déviances humaines primaires. Le visuel et l’écriture se répondent constamment, dans une danse mortuaire impressionnante. Une intensité prodigieuse, autant formelle qu’esthétique, grâce à une écriture langoureuse et anxiogène.

      Après deux heures de film, la folie constitue le point culminant de cet isolement terrible, de cette absence de contact, d’accès au monde extérieur. Une délivrance perverse, violente, et radicale. Comme si les héros se trouvaient coincés dans leur propre conscience, ou dans un espèce de purgatoire biblique. Un crescendo de pression, qui finit par exploser à travers une folie de tous les instants. Robert Eggers signe ainsi une expérience sensorielle fantasmagorique impressionnante.

      Critique de "The Lighthouse" de Robert Eggers : une puissante descente aux enfers

      Il y a également un traitement de l’autorité. Une opposition de générations constamment dans la provocation. Une tension montante qui finit par s’exprimer par des fantasmes violents et sexuels, surtout par le personnage de Robert Pattinson, lassé de se briser les dents sur la figure autoritaire. Une manière de passer le flambeau, de détruite l’ordre établit, pour accéder à la libération, représentée par un flot de lumière à la fois divin et à la fois mortel. Une dernière séquence sublime, intrigante, et totalement perchée, qui fera date dans l’histoire du cinéma.

      The Lighthouse doit également beaucoup à ses deux interprètes, figures emblématiques de deux générations différentes. L’un comme l’autre, ils sont inoubliables. Willem Dafoe est habité, se servant de son physique particulier pour offrir une approche déstabilisante, presque monstrueuse. Quant à Robert Pattinson, il est encore une fois très impressionnant. Une fois de plus, il ajoute une corde à l’arc de sa carrière déjà très variée.

      Avec ce film, Robert Eggers se place comme un cinéaste radical. Un homme qui n’a pas peur d’aller au bout de son idée, même s’il doit perdre une partie du public en route. En ça, il se place comme un cinéaste contemporain étranges et inédits, qu’il faut suivre de très près.

      The Lighthouse – Bande-annonce : 

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