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      Critique « Tau » (Netflix) : La Belle et l’IA

      Dur dur de créer un univers de science-fiction qui aborde le sujet de l’intelligence artificielle en passant après Black Mirror, Westworld et Ex Machina (pour les plus récents). C’est pourtant le défi dans lequel se lance Federico d’Alessandro avec son premier long-métrage produit par Netflix, Tau. L’ancien concepteur de story-board et superviseur d’animation des studios Marvel, à qui l’on doit entre autres Doctor Strange et Ant-Man, réalise un film d’anticipation parfois juste, parfois maladroit, mais souvent mal dosé : outre des problèmes visuels et techniques, le scénario reste très superficiel et le tout laisse un goût de déception dans la bouche.

      Cinq minutes : c’est le temps que Federico d’Alessandro nous laisse pour découvrir son personnage principal, Julia (Maika Monroe, que l’on a vu dernièrement dans l’excellent It Follows), avant que celle-ci ne soit kidnappée par Alex, un inventeur féru d’intelligence artificielle et de test sur les humains. Tau se transforme peu à peu en un Belle et La Bête revisité, tout en abordant la thématique si chère aux films d’anticipation de la prise de conscience des IA. Mais, rapidement, Federico d’Alessandro tombe dans des facilités scénaristiques et ne fait qu’effleurer la beauté de ces problématiques pour finalement manquer de fasciner un spectateur trop aguerri par tous les films SF de ces dernières années.

      Contrairement à l’excellent Ex Machina, Tau peine à trouver son rythme, et surtout à oser prendre le temps de se développer pour se magnifier ; cela se ressent dès les premiers instants où le spectateur peine à s’attacher même au personnage principal tant sa description et le développement de son personnage sont sommaires ; les caractères sans nuances de Julia, Alex ou même Tau (l’intelligence artificielle créée par Alex, dont la voix robotique est très bien menée par Gary Oldman) se perdent entre les scènes d’actions, les moments de grâce et les transitions entre les deux parfois ratées.

      Les facilités scénaristiques s’enchaînent pour n’aborder que très rapidement l’un des seuls thèmes qui fascine : la complicité qui se crée en Tau et Julia, dans la découverte et la prise de conscience de l’IA. Ces moments pleins de charme prennent ainsi une forme toute particulière lorsque l’on réalise que, contrairement à d’autres films du genre, l’IA n’est ici pas sous forme humaine mais sous forme de logiciel/maison ; la prise de conscience obtient une force et une intensité qui aurait pu surpasser même les plus grands si le sujet n’était pas effleuré de manière aussi superficielle.

      La photographie menée par Larry Smith (Only God Forgives) tombe malheureusement souvent, comme le scénario, dans de flagrantes facilités ; elle réutilise sans pour autant enrichir les grands motifs du genre, entre les néons et les lieux épurés futuristes. A part quelques rares moments où l’image trouve son charme dans une horreur poétique inspirée, le tout reste bien souvent uniforme et sans saveur particulière. Alors que le champ des possibles est infini, Tau se contente de rester dans une zone de confort visuel sans aucune prise de risque, avec quelques effets spéciaux mal maîtrisés qui viennent même rapidement gâcher ce qu’aurait pu être la beauté de la simplicité.

      Tau manque son sujet en voulant traiter du thème de l’IA avec un aspect thriller en huis-clos alors que les moments les plus fascinants sont simplement effleurés. Avec des facilités scénaristiques flagrantes et des personnages trop prévisibles auxquels on ne s’attache pas, Federico d’Alessandro passe à côté de son premier film, et c’est bien dommage, car Tau aurait pu être un très bon film d’anticipation s’il avait pris plus de temps dans sa réalisation. Disponible depuis le 29 juin sur Netflix.

      Bande-annonce Tau de Federico d’Alessandro :

       

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