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      Champs-Elysées 2018 – « Sollers Point » de Matt Porterfield : réinsertion sans concessions

      Bienvenue dans le monde merveilleux de l’assignation à résidence et de la réinsertion ! Réalisé par Matt Porterfield et présenté en compétition américaine pour le Champs-Elysées Film Festival, Sollers Point est une histoire simple mais efficace, ne laissant pas vraiment de place à l’espoir pour notre protagoniste. Focus. 

      Une réinsertion loin des clichés : 

      Une chose fait vite plaisir à voir, c’est que la réinsertion de notre protagoniste s’éloigne du cliché de base, à savoir celui de l’ancien taulard que tout le monde rejette une fois sorti de prison. Ici, la plupart des gens sont heureux du retour de Keith et souhaitent le voir réussir à réintégrer la vie civile. Cependant, même si les gens sont de son côté, il est toujours difficile de se réinsérer après un passage par la case prison. Trouver un travail reste dur et les personnes que Keith a connues ont évidemment changé durant sa période carcérale. Sans parler de quelques personnes malsaines de son ancienne vie qui n’ont pas disparu…

      Sollers point

      Le film met donc le doigt sur un point fort intéressant : quel que soit votre désir de vous réinsérer après un séjour en taule, ce ne sera jamais facile, quand bien même les gens ne seraient pas tous contre vous. Toutefois, si les proches de Keith ne sont pas contre lui, les éléments de son passé resurgissent et viennent lui mettre des bâtons dans les roues. En outre, les démons intérieurs du jeune homme se font de plus en plus ressentir, jusqu’à lui faire perdre son sang froid. Là encore le message est important, puisque certains obstacles proviennent directement de son ancienne vie. Une ancienne vie qui lui colle encore à la peau. Cela implique que quoiqu’il arrive, le présent dépend du passé et que si votre passé et rempli de choses illégales, cela ne vous lâchera pas même quand vous souhaitez vous en éloigner. 

      Keith, désireux de retomber sur ses pieds (comme il le dit assez souvent d’ailleurs), est un personnage dont on ne sait pas quoi penser. Très attachant au premier abord, son parcours tout le long du film nous fait poser des questions : arrivera-t-il à revenir à une vie intègre ? Ou retombera-t-il dans ses vieux travers ? Il est un jeune homme débrouillard et charmant avec les personnes qui l’entourent, mais il est aussi quelqu’un de fragile et à fleur de peau. Difficile donc de savoir comment celui-ci évoluera, même si la fin du film ne laisse que peu d’espoir quant à une vie heureuse pour ce garçon. Malgré toute la bonne foi dont il fait preuve, celui-ci semble enclin à retomber facilement dans ses vieilles combines, sans parler du fait que nous ne sachions pas à quel moment il peu piquer une violente crise de colère. Le film nous laisse (volontairement) avec plus de questions qu’il ne donne de réponse quant à ce que sera sa vie et c’est donc au spectateur de s’imaginer si la réinsertion de Keith finira par marcher. 

      Sollers point

      Une mise en scène simple mais immersive : 

      Pas de prouesse de mise en scène dans Sollers Point. On filme ce qui doit être filmé sans vraiment aller chercher plus loin. Cependant, cette mise en scène simple parvient tout de même à nous immerger parfaitement dans l’ambiance retranscrite par le film. La caméra est souvent très proche de notre protagoniste (fort charismatique au demeurant), ce qui aide à nous attacher à lui car nous sommes en permanence à ses côtés. L’aspect intimiste de l’oeuvre se ressent assez régulièrement, rendant les interactions vivantes et très appréciables. Il n’y a que très peu de musique et lorsqu’il y en a, elle est intradiégétique (à l’intérieur de la diégèse et donc de l’environnement de film, ce qui implique que les personnages puissent aussi entendre cette musique). Cela renforce le sentiment de réalisme et donne l’impression que l’histoire à l’écran est authentique et non pas une fiction. Le réalisateur Matt Porterfield a su retranscrire avec brio la morosité qui anime le quotidien de ce quartier de Baltimore, venant renforcer l’idée qu’il n’y a que peu d’espoir pour l’avenir de Keith. 

      Sollers Point est une image dure de la réinsertion mais également des démons intérieurs qui peuvent nous tourmenter. Une tranche de vie qui peut s’avérer décisive pour le protagoniste, sans que nous en soyons vraiment sûrs à la fin. Efficacement mise en scène et parfaitement interprétée, c’est une oeuvre qui mérite d’être découverte. 

      Bande-annonce Sollers point

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      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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