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      Critique « Réparer les vivants » de Katell Quillévéré

      « Réparer les vivants », titre puissant faisant écho à deux choses : l’humanité qui nous est commune à tous et notre capacité à nous aider les uns les autres. En écho au roman du même nom de Mailys de Kerangal, Katell Quillévéré s’est lancée dans la réalisation d’une histoire sur le don d’organes. Un jeune homme meurt dans un accident de voiture et c’est à partir de cet évènement que nous sommes embarqués dans l’itinéraire d’une transplantation cardiaque.

      Explorer les limites

      « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. » – Mailys de Kerangal

      Tout ce que l’on voit de Simon avant son accident se résume à son histoire amoureuse avec une jeune fille de son âge ainsi qu’à sa passion pour le surf. Des images somptueuses s’offrent à nous dans les premiers instants du film. Néanmoins, on pressent une thématique importante qui sera présente tout au long de celui-ci : celle de l’exploration des limites. Le surf est une activité dangereuse et Simon, comme tout adolescent, aime se mettre en danger, voir jusqu’où il peut aller. De ce frôlement naît des émotions fortes, que la caméra parvient à nous rendre visibles grâce aux ralentis au creux des vagues. Simon se sent vivre quand il dompte ce qui est bien plus fort que lui.

      Son accident survient plus tard, et bien qu’il se produise sur la route, les vagues continuent d’être l’image de cet engloutissement et même, dans son cas, à représenter le passage dans la mort. Un engloutissement duquel il ne reviendra jamais.

      Ses organes vivent. Mais Simon est en état de mort cérébrale. Il ne se réveillera jamais du coma. C’est pour lui, le début d’un voyage, comme pour son cœur qui migrera dans la poitrine d’un autre.

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      L’héritage d’un cœur amoureux

      Cette personne en besoin d’un cœur, c’est Claire, merveilleusement interprétée par la québécoise Anne Dorval. Claire n’est pas bien dans sa vie, on la sent seule, renfermée. Depuis ses problèmes de cœur, elle est persuadée qu’elle va mourir bientôt. Elle n’a plus d’espoir et s’interdit de ressentir ses émotions. En résumé, elle n’a plus le goût de vivre.

      Alors qu’elle est inscrite sur liste d’attente pour recevoir un cœur, elle retrouve une ancienne amante (interprétée par Alice Taglioni). Rencontre émouvante pour elle qui s’interdisait d’aimer.

      La vie de Claire fait suite à une toute première partie dans laquelle on est au plus proche de Simon à l’hôpital et de son entourage. Cette coupure de rythme permet à la fois un changement de point de vue et une immersion dans une autre histoire. Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait le croire, la liaison entre l’histoire de Simon et celle de Claire est bien maîtrisée. En fait, c’est le cœur qui fait office de lien entre toutes les séquences du film.

      Cependant, nous pourrions faire remarquer que malgré la grande sincérité du jeu d’Anne Dorval – qui selon nous, « tient » le film –, une lassitude se fait sentir. Katell Quillévéré nous raconte une histoire au fond ordinaire, vue et revue. Bien que la situation d’un don d’organes soit exceptionnelle, elle est traitée de façon simple – ce qui est positif – mais peut-être un peu trop « banale ». Cet aspect est critiquable bien que juste, car dans la réalité, nous sommes tous vulnérables et notre vie n’est pas toujours « exceptionnelle ».

      Mais nous attendions de ce film qu’il soit plus révélateur, plus intense, qu’il nous plonge véritablement dans notre réflexion à propos du don d’organes. Et malheureusement, on se sent trop spectateur et pas assez actif dans la réception des images qui défilent.

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      Une humanité universelle

      Un des points forts de « Réparer les vivants » est toutefois ce sentiment d’humanité universelle. Malgré le contraste entre la situation de Simon et celle de Claire, nous sommes tous proches les uns des autres. Nos destins sont liés. La vie, comme la mort, est un pont qui nous relie.

      Cet élément est d’ailleurs évident dès les premières minutes du film. Il n’y a pas de séparation radicale entre le personnel soignant et les parents de Simon. Katell Quillévéré nous donne également accès aux ressentis des soignants, à des fragments de leur vie.

      Cette faculté d’être sensible à la mort et à la vie d’un autre que soi rejoint la question des limites exposée précédemment. Explorer ses limites, ce n’est pas forcément les dépasser. C’est aussi une ouverture à l’autre, au différent. Et bien que nous n’ayons pas été transcendés par le film, il faut en retenir qu’il est simplement humain, sans prétention. Et rien que pour cela, il mérite qu’on s’y intéresse.

      Sortie officielle le 2 novembre 2016, durée 1h43.

      Lauren Mary

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