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      Critique « Petit Paysan » d’Hubert Charuel : une réalité dont on ne parle pas assez

      Avec ce premier long métrage, Hubert Charuel nous offre une immersion dans le quotidien ultra éprouvant d’un paysan. Un baptême réussi car le propos est justement traité, sans tomber dans le pathos, en nous collant en pleine face la réalité de la vie paysanne. Petit Paysan est un portrait simple, emprunt d’une certaine réserve, d’un éleveur de vaches charolaises qui va tout faire pour sauver son troupeau d’une maladie inconnue et excessivement contagieuse. 

       

       

      Profession paysan

      Le premier bon point du film réside dans la véracité du propos. Hubert Charuel connaît bien son sujet puisque qu’il est fils d’agriculteurs originaires de Droyes. À noter que le film a été tourné dans l’ancienne exploitation de ses parents. Sans tomber dans l’énumération des conditions de travail difficiles, Hubert Charuel fait parler son héros de manière spontanée et sans artifices musicaux. Car non, les paysans n’ont pas de vacances. Ils travaillent quotidiennement dans leur exploitation, 7 jours sur 7, presque 24h/24. Petit Paysan débute par une scène qui peut à elle même résumer tout le film et l’état d’esprit de Pierre. Son bétail est toute sa vie, tout ce qu’il a. Sans ses vaches, il n’est rien. Sans lui, elles ne survivront pas. La dévotion d’un paysan est totale dans son travail. La majorité d’entre eux sont propriétaires et exploitants. De vrais chefs d’entreprise qui mettent la main dans le cambouis. Lever 6h45, coucher 2h du matin. Les débats à l’Assemblée sur le temps de travail leur passent bien au-dessus ! Hubert Charuel leur rend hommage en les montrant courageux, combatifs. Le mot paysan est toujours cité à la place d’agriculteur. Choix voulu ou pas, on est quand même choqué des rapports qu’ils ont avec les forces de l’ordre par exemple, ou les piliers de bar. Souvent coupés du monde dans leur exploitation, les rapports sociaux sont restreints à la famille, et aux amis parfois. Pendant que la TV exploite la misère sentimentale des agriculteurs, le film apporte un regard certes pessimiste mais pas fataliste sur la situation. Et le message passe beaucoup mieux. On pourra même regretter qu’il ne soit pas plus développé dans le scénario.

      Petit Paysan s’inscrit dans l’actualité au travers de la maladie qui touche petit à petit son cheptel. Bien que la FHD soit issue de l’imagination du réalisateur, elle fait indéniablement penser à la « vache folle » ou la fièvre aphteuse. Hubert Charuel se rappelle qu’à l’âge de 10 ans, il a été témoin du trouble que ces maladies peu connues des scientifiques ont jeté dans sa famille. Dans le film, Internet est arrivé et les théories diverses et variées sur la maladie se propagent. En ajoutant les mesures drastiques imposées par les commissions sanitaires et l’Etat, toutes les conditions sont posées pour que le petit paysan ne ferme plus l’œil de la nuit. Devant l’irrespect des autorités locales, il faudra se démerder seul. La solution finale est bien évidemment abordée et son traitement est plutôt réussi. Le réalisateur tacle subtilement le progrès technologique et la robotisation de masse en évoquant ses failles de sécurité et ses rendements pas forcément meilleurs.

       

      Une première réalisation « faiblarde » mais prometteuse

      Avant toute chose, il faut rappeler que Petit Paysan est le premier long métrage d’Hubert Charuel. La critique est donc à prendre avec réserve. On aurait préféré une mise en scène plus travaillée et symbolique. Dans le film, les cadres sont efficaces mais simples. Mention spéciale aux séquences d’introduction et de conclusion toutefois. Mais on a encore du mal à trouver la « patte » de réalisateur de Charuel. Normal, vous allez me dire, puisque c’est son premier long, mais on pense qu’il y aurait eu la place. Car le potentiel est immense ! Certaines ambiances très marquées dans le film nous ont fait vibrer, et on aurait aimé en voir plus. Spoiler alert : plan dans le couloir avant que Pierre ne se sépare d’une bête. Cependant, il faut se mettre dans le contexte exigüe de l’ancienne exploitation des Charuels. Des locaux minuscules pour le matériel technique et des actrices (les vaches) imprévisibles et qu’il faut traiter avec soin. 

      Le traitement du son est réussi. Peu de musique (et quand il y en a, sa subtilité évite de tomber dans le mélo). Les séquences les plus dramatiques sont parfois silencieuses et cette simplicité est judicieusement préférée par le réalisateur. Encore une fois, Charuel fait beaucoup avec peu et son message a d’autant plus de portée. Les quelques ambiances sonores nous ont ravi en nous laissant un goût de reviens-y amer. On aurait aimé que le scénario soit un poil plus politique. Les normes européennes pèsent sur les paysans et le sujet est éludé. Les suicides sont légion dans cette profession. Ce n’était peut être pas la volonté du réalisateur donc encore une fois, nous restons nuancés. 

      Le film n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puisqu’il est passé en séance spéciale à la semaine de la Critique. Cette compétition parallèle du festival de Cannes met à l’honneur les premiers et deuxièmes films. Elle apporte surtout une visibilité incroyable pour l’œuvre. Bien que Petit Paysan n’ait pas été retenu en compétition, la projection en mai dernier en avait ravi et fasciné plus d’un. Le film sort en salles le 30 août avec déjà une belle histoire.  

       

      Swann Arlaud, incarnation de la tendresse et du dévouement

      Déjà nommé pour le César de l’espoir masculin en 2016, l’acteur de 36 ans est la pierre (jeu de mot non voulu) sur laquelle repose tout le film. Son interprétation d’un paysan trentenaire passionné et tiraillé est remarquable. Pas de chichi, pas de larmes. Son visage et ses actions suffisent à nous faire ressentir sa détresse devant la gravité soudaine de la situation. Le paysan qu’il incarne se jette corps et âme dans son exploitation. Tantôt heureux quand une nouvelle naissance est programmée, tantôt en colère contre sa situation sentimentale et des parents étouffants. Swann Arlaud est puissant dans ce rôle à des années lumière de son histoire personnelle. L’acteur a d’ailleurs passé une semaine en immersion dans une exploitation afin de ressentir au mieux les doutes et la tâche journalière d’un petit paysan. Son amour pour son bétail est omniprésent dans le film. Au détriment de ses amis et de sa famille, Pierre consacre tout son temps à sauver ce qu’il a de plus cher.

      Sara Giraudeau, qui interprète la sœur vétérinaire du paysan, signe également une performance qui mérite d’être soulignée. Belle et attendrissante avec ses beaux yeux bleus, elle épaule son frère tout au long du film en agissant comme mentor, et amie. Son rôle s’intègre parfaitement à l’intrigue. Il apporte une certaine barrière au héros, obstacle renforcé par les liens de sang qui unissent les deux personnages. Le casting est complété par des acteurs professionnels et non professionnels qui transpirent la ruralité et son charme (à l’opposé d’une urbanisation croissante et nocive). Un voyage dans cette « province » française qui constitue une partie majeure de notre patrimoine culturel (et alimentaire donc vital !). 

      Petit Paysan est un premier essai timide mais efficace et sans artifices qui mérite amplement d’exister, rappel que notre cinéma français des campagnes doit subsister (au nez des râleurs qui seraient réticents à voir un film d’auteur sur un paysan). Ce n’en est pas un ! Au contraire, Hubert Charuel expose un portrait réaliste, touchant et qui mérite toute notre attention (et notre réflexion après la séance). Les thématiques sont évoquées simplement et le caractère roots de ce film peut finalement constituer la fameuse « patte » d’un réalisateur à l’avenir prometteur. On en redemande à coup sûr !   

       

      Bande Annonce – Petit Paysan

      https://www.youtube.com/watch?v=JEPx08Cq77M

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