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      Critique «MORT A SARAJEVO» de Danis Tanovic : Dynamique et intelligent

      Alors que l’Hôtel Europe accueille une importante délégation de diplomates réunis pour le centenaire du début de la Première Guerre Mondiale, les employés préparent une grève. L’hôtel devient le théâtre d’un conflit social, idéologique et politique dont les tensions menacent dangereusement de perturber le dîner de gala. Mort à Sarajevo est le nouveau film de Danis Tanovic, qui avait bouleversé la critique avec son premier long-métrage : No Man’s Land. Le réalisateur revient ici sur les conflits qui ont ravagé les Balkans, mais cette fois-ci de manière plus contemporaine et depuis la capital bosniaque de Sarajevo, sa ville natale. 

      Des images dynamiques et un décors unique 

      La force de ce Mort à Sarajevo est qu’il traite d’un sujet réel et persistant à travers une fiction. Une fiction basée sur une pièce de théâtre de Bernard-Henry Lévy, elle-même inspirée de la (véritable) commémoration du centenaire du début la Première Guerre Mondiale. Le film n’est pas un débat ennuyeux sur le maintien des mentalités dans la région. Danis Tanovic donne du dynamisme a son long-métrage à travers une caméra toujours en mouvement et des plans séquences magnifiques. On suit et on s’intéresse aux déambulations des personnages dans le mythique Hôtel Europe de Sarajevo. Celui-là même construit pour les premiers JO organisés dans les Balkans en 1984 et qui avait vu, en 1992, les premiers tirs de snipers être tirés par ses fenêtres. Enfin, c’est en 1996 que cet hôtel devient le QG de la presse durant le siège de la ville. En somme, toute l’histoire de cette hôtel fait écho aux propos du film. Bien évidemment, le fil rouge de Mort à Sarajevo reste la grève, brisée de nombreuse fois. Cette lutte ouvrière désespérée représente la Bosnie moderne, dont la population a perdu sont esprit révolutionnaire au milieu des bombes et autour duquel gravite tous les nouveau acteurs de premier plan du pays.

      Et si l’Histoire se répétait ?

      Dès les première minutes de Mort à Sarajevo, on découvre toutes les divergences de mentalités qui peuplent la Bosnie-Herzégovine moderne et qui l’empêchent d’aller de l’avant. Une barrière que le réalisateur arrive à matérialiser en nous enfermant dans l’hôtel. Un lieu qui symbolise les ravages de la guerre et renferme tous les acteurs du Sarajevo moderne : mafieux, petits travailleurs, entrepreneur endetté, journalistes, militants (voire combattant de la liberté), intellectuels étrangers (dont le talentueux Jacques Weber), forces de l’ordre dépassées… Beaucoup de ces protagonistes sont déjà passés par cette hôtel quand il a traversé la guerre. Et tous sont tournés vers le passé. Ils représentent une seule population mais tellement de divergences les divises qu’ils créent le type d’altercations qui, 103 ans auparavant, ont fait de ce siècle le plus sanglants de notre histoire.

      D’ambigus plans serrés scrutant les personnages, de magnifiques plans séquences les suivants pas à pas, des couleurs et des décors froids… Danis Tanovic laisse dans ces images un arrière-gout de charnier, comme si la peur et la mort n’avait jamais vraiment quitté l’Hôtel Europe. Le danger est toujours présents, il peut surgir de n’importe où et la tension monte exponentiellement au fur et à mesure que le film avance. Même cent ans plus tard, si le calme semble régner, tout ça n’est qu’illusion (tout comme l’hôtel qui semble prospère à première vue mais qui en réalité abrite toutes sortes de conflits, de dettes et de secrets). Et si cent ans plus tard, ni le lieu, ni les idées, ni les protagonistes n’ont changés, alors tout peux se répéter. Excepté qu’on ne sait pas qui sera le nouvel Archiduc François-Ferdinand et qui sera le nouveau Gavrilo Princip. On ne sait pas qui sera le nouveau mort de Sarajevo !

      Un réalisateur plus proche que jamais de son sujet

      La crise des Balkans, le Sarajevo moderne, le rôle de l’Europe dans le conflit serbe … autant de thèmes que le réalisateur aime aborder, bien qu’ils soient aussi délicats que difficiles à rendre passionnant pour le grand public. Danis Tanovic bénéficie d’une bonne connaissance et d’une volonté de témoigner du vécu de son peuple, de son propre vécu et de sa ville natale. Le réalisateur bosniaque arrive même à en faire un sujet d’actualité en le plaçant dans le bon contexte. Deux décennies après la libération de Sarajevo, les frictions entre serbes et bosniaques n’ont toujours pas disparues. Danis Tanovic traite à travers son regard bosniaque contemporain, l’épisode (récent) le plus sanglant de l’histoire de son pays. Il évoque également l’incapacité des serbes et des bosniaques à dépasser ces tragédies, en essayant de créer de nouveaux modèles, de nouveaux héros, une nouvelle histoire.

      « A Sarajevo, quasiment personne ne parle de l’avenir » 

      Danis Tanovic

      Mort à Sarajevo et Danis Tanovic nous offrent, avec le dénouement, un véritable coup de théâtre. Après avoir créé une miniature des frictions qui ont menée son pays à traverser l’horreur pendant un siècle, le réalisateur bosniaque nous démontre que rien n’as vraiment changé et que tout peut recommencer. Mort à Sarajevo est donc un très bon film mêlant suspense, tension et réflexion sur notre histoire passée et à venir.

      Bande-annonce Mort à Sarajevo 

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