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      Critique « L’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam : une ode à l’imaginaire

      20 ans ! C’est le temps qu’il aura fallu pour enfin voir le L’homme qui tua Don Quichotte. Il avait failli ne pas sortir, notamment à cause d’un conflit avec le producteur Paulo Branco. Mais enfin le voilà. Son arrivée a provoqué de nombreuses craintes, légitimes au vu de la première bande-annonce. Dieu que nous nous étions trompés. L’homme qui tua Don Quichotte est une merveille.

      Avons-nous encore besoin de présenter la longue gestation du projet Don Quichotte de Terry Gilliam ? Celui-ci commença à travailler sur ce projet il y a 20 ans de cela et commença à le tourner en 2000. Le casting ? Johnny Depp, Jean Rochefort et Vanessa Paradis. Excusez du peu. Victime de conditions météo-cataclysmiques (Gilliam s’en amuse dans la version 2018 de son film maudit), d’avions qui empêchaient toute prise de son, ainsi que d’une blessure de Jean Rochefort au dos, le tournage fut finalement arrêté. Pendant les 18 années qui suivirent, Gilliam courut après l’argent afin de pouvoir réaliser pour de bon l’oeuvre de sa vie. Le casting et le scénario changèrent (Adam Driver et Jonathan Pryce remplace Depp et Rochefort). Mais le résultat est là.

      L’homme qui tua Don Quichotte est une oeuvre qui transpire l’amour du cinéma. Un film qui aurait parfaitement pu exister à l’ère du muet. Véritable film qui raconte la passion d’un conteur, le film a un véritable côté « méta ». Don Quichotte n’est pas qu’un simple film d’aventure. C’est un film qui parle du cinéma. Difficile de ne pas voir en Toby, jeune réalisateur désabusé, forcé de réaliser uniquement des publicités, un autoportrait de Terry Gilliam. Adam Driver dans le rôle de ce cinéaste cynique est parfait. Cynique. Tel est la façon dont on pourrait qualifier la vision de l’industrie du cinéma selon Gilliam. Le conteur nous fait voir une industrie fermée d’esprit, manquant de culture (rares sont ceux qui semblent connaître le livre Don Quichotte), uniquement concentrée sur l’argent. Un vieil homme peut mourir devant leurs yeux que cela les touche à peine. Heureusement il y a notre hidalgo, Don Quichotte de la Mancha. 

      Difficile également de ne pas avoir une pensée pour Jean Rochefort quand commence le film. Celui-ci aurait été sans aucun doute le meilleur Don Quichotte qui soit. Heureusement, Jonathan Pryce, malgré quelque excès, incarne un Don Quichotte très émouvant. Celui-ci amène une certaine forme de naïveté et d’innocence qui provoque un vent de fraîcheur et de folie. Don Quichotte est lui aussi comme Terry Gilliam. Un rêveur, un fascinant conteur (comme le montre la scène où l’hidalgo raconte l’une de ses mésaventures à des sans-papiers marocains). Tel Terry Gilliam s’accrochant pour faire son film, Don Quichotte fuit la réalité et se réfugie dans le rêve et la fantaisie. Personnage fantasque et drôle, on s’attache énormément à cet homme malade. Car oui, il s’agit en réalité d’un vieux cordonnier, Javier, ayant refusé de retourner à la réalité après le tournage d’un film dans lequel il jouait le rôle de Don Quichotte. Et il nous émeut quand il est victime de moquerie. Don Quichotte ne peut survivre dans le monde moderne. Tel est le message que semble partager Gilliam. Tout rêveur ne peut survivre sans devenir un bouffon. Malgré ce message pessimiste, Gilliam nous livre une oeuvre d’une incroyable poésie et d’une créativité folle. Est-ce que cela valait le coup d’attendre 20 ans pour pouvoir voir ce film ? Sans aucun doute oui.

      Reste que le film n’est pas exempt de tous défauts. Bien que Gilliam ait recouru le plus possible à des effets spéciaux dits « pratiques », les fonds verts sautent souvent aux yeux. Le travail de post-production n’est pas toujours une réussite. Certains plans, souvent liés à l’utilisation d’un grand-angle, rendent l’image floue et n’apportent surtout rien en terme de cinématographie. Mais qu’importe. Là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que Terry Gilliam nous livre un conte fantastique et magnifique. Qui en provoquerait presque les larmes. Restent quelques scènes extrêmement dérangeantes, qui même si elles permettent de comprendre la cruauté du méchant de l’histoire, restent vraiment gênantes. 

      Est-ce que cela valait le coup d’attendre 20 ans ? Oui. Mille fois oui. Gilliam nous livre un film fou. D’une poésie et d’une élégance rares de nos jours. Un véritable film de cinéma. L’homme qui tua Don Quichotte est un film aussi fou que le récit de son tournage. Film métaphysique, film d’aventure moderne et grand film, L’homme qui tua Don Quichotte réunit toutes les attentes que l’on avait concernant cette oeuvre. Maudit jusqu’au-bout, le plus célèbre des hidalgos espagnol est de retour et nous fait rêver. Malgré quelques longueurs dans le dernier acte, rares sont les films qui nous permettent véritablement de voyager dans un autre monde. Et L’homme qui tua Don Quichotte est sans aucun doute le plus beau des voyages possibles.

      Bande-annonce L’homme qui tua Don Quichotte 

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