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      Critique « La La Land » de Damien Chazelle

      Après le triomphe de Whiplash, Damien Chazelle s’en est allé explorer une nouvelle fois les liens ténus existant entre l’art et la thématique du rêve. En résulte La La Land, film plein d’élégance et de délicatesse qui se veut un vibrant hommage à la comédie musicale (et aux Parapluies de Cherbourg de J.Demy) ; porté pour l’occasion par un duo d’acteurs (Ryan Gosling/Emma Stone) totalement en phase. Magistral !

      Lui (Ryan Gosling) est un pianiste sans le sou, convaincu que le jazz vit ses dernières heures. Elle (Emma Stone) est une aspirante actrice qui, entre deux cafés Starbucks, écume les auditions à la recherche du rôle qui la lançera définitivement. Au milieu, la Cité des Anges, belle, colorée, enivrante tel un Éden, jouant le rôle du lieu, à l’instar des productions Disney, où tout est possible. Sous le scope de Damien Chazelle, ils vont tomber amoureux, tout deux charmés de trouver dans l’autre ce même rêveur épousant la vision (chère au réalisateur) de ce qu’est la passion à l’égard d’un art : un combat de tous les jours qui finit par muter quitte à se transcender par la seule détermination de celui qui s’y adonne. Car au fond, voilà bien le principal enjeu de La La Land : non pas raviver un genre depuis trop longtemps soumis à l’agonie – la comédie musicale – mais convoquer, qui plus est dans une ville travestie en symbole vivant de l’art cinématographique, cette lutte menée par quiconque a jamais tenté un jour que de vivre de sa passion.

      A la recherche du bonheur

      Et là où on aurait pu croire à une représentation aussi carnassière que l’eut été celle de Whiplash, qui ne se sera jamais épargné le soin de zoomer sur les pouces ensanglantés et bardés de pansements de Miles Teller, La La Land prend la tangente. D’abord par sa scène d’ouverture, qui en seulement une dizaine de minutes illustre, tel un manifeste de ce que sera l’ensemble, tout le procédé de Damien Chazelle : convoquer l’actuel, le présent et déceler dans ses failles, la beauté évidente, du genre de celle qui touche le regard d’un coup. En clair, saisir le beau dans l’immonde, la joie dans le malheur, l’espoir dans le désespoir, la persévérance dans l’échec… Pour cela, quoi de mieux que de saisir un embouteillage (subtile image rappelant ce qu’est Los Angeles pour toutes les âmes artistiques en quête de succès) ou se télescopent plusieurs musiques issues de tout horizon ? Pas grand chose en fait. Chazelle, bien aidé par son style pétaradant (on lui promet un bel avenir) lance les hostilités et le déclic. Sans crier gare, les conducteurs poussent alors la chansonnette et transforment la bretelle goudronneuse en une salle de danse improvisée d’ou ne percent que la grâce, les klaxons et la simplicité d’une chorégraphie où les capots des voitures ont remplacés les chaises des music-halls.

      La La Land_1

      La La Land ou la parfaite antithèse de Whiplash

      De ce postulat résolument optimiste, Chazelle que l’on sent naviguer à vue, enclenche la seconde et en vient à pervertir son modèle. Pas besoin en effet de beaucoup de temps pour comprendre qu’il a là encore ramené une partie de lui à la fête et accouché d’un film qui brasse autant du coté de l’hommage pur que de la tentative d’exorcisation de ses propres souvenirs. Un mix audacieux qui a le mérite de nous faire comprendre par dessus tout, comment le jeune réalisateur qu’il est, a su réussir à se frayer un chemin et éviter tous les écueils du genre tout en en sortant vainqueur. Car à l’instar de Whiplash, La La Land parle de passion mais parle surtout de lui. De la réalité du milieu dans lequel il évolue aujourd’hui en maitre. Lui, jadis le batteur paumé qui a du souffrir le martyr sous l’égide d’un prof tyrannique et qui nous contait les aléas de sa vie musicale, ressort ici la même recette : celle de son arrivée à Hollywood et de son combat pour vivre de sa passion. Bon joueur, il laisse la place à Ryan Gosling, grimé en un pianiste mélancolique et très terre à terre pour raconter la suite ; celle d’une histoire ou le beauté (coucou Emma Stone) et la laideur (l’âpreté du milieu de l’actorat) se mêlent dominé par le combat qui fait le sel du long-métrage : celui entre la passion (ici assimilable aussi au rêve) face à la réalité. En ce sens, difficile de ne pas voir dans La La Land, une sorte de continuité à Whiplash. Quand Whiplash tendait à montrer l’odyssée douloureuse d’un batteur prêt à toutes les compromissions pour atteindre les sommets et qui perdait de sa superbe au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, La La Land véhicule un élégant sens inverse en déployant au travers d’une mise en scène à la beauté indécente, ce même combat teinté cette fois-ci d’espoir. Voilà au fond le message de La La Land : transmettre, voire inculquer dans un film qui préfère la beauté au didactisme que les rêves sont un formidable échappatoire à la vie réelle et qu’avec un peu d’audace, de combativité et surtout d’espoir, ils peuvent devenir réalité.

      Subtil, mélancolique, amer et pourtant magnifique, La La Land est de cette trempe de film qui fait aimer le cinéma et qui redonne espoir. Autant dire une denrée rare dans le tout Hollywood et qui mérite à ce titre, la pluie d’éloge assommante dont il a fait l’objet.

       

      Bande-Annonce : La La Land 

      https://www.youtube.com/watch?v=oyBl7WpSch0

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