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      Critique « Je me tue à le dire » de Xavier Seron

      Je me tue à le dire est une comédie dramatique belge réalisée par Xavier Seron. Le film,subdivisé en chapitres, raconte l’histoire d’un hypocondriaque qui développe les symptômes de la maladie de sa mère…

      Un univers sensiblement décalé

      Filmé en noir et blanc, Je me tue à le dire porte une réflexion sarcastique sur la mort. Michel Peneud (Jean-Jacques Rausin) entretient une relation fusionnelle avec sa mère. « En me donnant naissance, ma mère m’a donné la mort », pense-t-il tout bas. Il s’agit d’un amour maternel rassurant mais encombrant. Un amour inconditionnel mais destructeur! Atteinte d’un cancer, la mère (Myriam Boyer) de Michel Peneud est condamnée. Elle décide donc de profiter du reste de la fin de sa vie. Entourée de ses chats, elle reporte tout son amour sur son fils et passe ses journées à boire du mousseux comme si c’était du champagne… C’est ainsi que la mort est abordée avec un mélange de poésie mélancolique et de cruauté empathique. Suite à un malaise, Michel Peneud est emmené aux urgences. Lorsque le médecin lui confirme qu’il va bien, il rétorque « Vos machines ne voient pas tout ! ». Au fur et à mesure du temps qui passe, il développe des symptômes semblables à ceux de sa mère. Il se transforme physiquement, perd ses cheveux et son sein droit prend une forme étrange. Peneud tend doucement mais sûrement vers la maladie. L’écriture du scénario paraît incontestablement préparée et aboutie. Loin d’attirer un large public, Je me tue à le dire constitue un genre particulier qui traite de la mort avec une approche esthétique extraordinaire.

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      Une mise en scène artistiquement achevée

      Il convient de constater qu’une grande part de l’inventivité participe à la mise en scène. L’inquiétude maladive de Michel Peneud engendre des situations incongrue, comme le fait d’autoriser sa mère à le rejoindre au lit alors qu’il dort avec sa petite amie. Par ailleurs, l’univers singulier présenté par le réalisateur Xavier Seron est renforcé par la qualité des photographies d’Olivier Boonjing. Le grain de l’image et les cadrages de types cartes postales constituent une approche esthétique davantage réaliste. De cadrages frontaux, on passe à des cadrages plus serrés. Le personnage illustré dans une ambiance harmonieuse est, par la suite, mis en valeur à travers les différentes expressions qu’il prend. Le travail méticuleux du corps porte également sur le physique de Michel Peneud, qui se rapproche singulièrement de l’Homme-Singe. Un homme banal dont la physionomie renforce le caractère animal du personnage. Au plus ses névroses l’accaparent, au plus sa folie s’accentue tout en révélant une certaine candeur. D’ailleurs, le choix de tourner en noir et blanc apporte une atmosphère de destruction au sein d’une histoire où règne la mort. Il convient de constater que tout au long du film, le réalisateur dissémine des symboles qui contribuent à rendre le personnage à la fois fragile et insensé. Les petite briques de lait qu’il tète, ainsi que la scène biblique où Michel Peneud apparaît en « Madone » avec son sein déformé, nous laissent entrevoir l’existence d’un complexe œdipien patent.

      Je me tue à le dire est un projet audacieux qui tranche radicalement avec les films grand-public. A la fois déroutant et atypique, soyez assuré d’assister à une projection émouvante d’un humour sarcastique. Sortie prévue le 06 juillet 2016.

       

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