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      Critique “Ghostland” de Pascal Laugier : Une nuit d’horreur

      Sorti en salles le 14 mars dernier, Ghostland est le quatrième long-métrage du réalisateur Pascal Laugier et se montre à la hauteur du reste de son oeuvre. Après le décès d’une tante, Pauline et ses deux filles Beth et Vera déménagent pour s’installer dans sa maison. La nuit, elles sont sauvagement agressées par des inconnus. Chacune tente alors de survivre à cette nuit d’horreur à sa manière. Des années après, Beth est devenue auteure à succès, tandis que sa sœur est toujours en proie à la folie dans la demeure de la tante. Afin d’aider Vera, Beth revient sur les lieux du drame.

      Ghosland, un film d’horreur incontournable

      C’est un vrai film d’horreur comme on n’en voit que peu, surtout dans le cinéma français, que nous présente Pascal Laugier. Avec son film Martyrs en 2008, le réalisateur s’était déjà positionné parmi les pointures du cinéma d’horreur, ne craignant ni la censure ni les critiques. Avec Ghostland, il confirme son talent et s’impose comme une figure incontournable du genre. Dans ses films Saint-Ange en 2003 et The Secret en 2012, Pascal Laugier avait déjà montré sa capacité à instaurer rapidement des ambiances très particulières et aisément reconnaissables. En quelques minutes, l’ambiance de Ghostland est posée : une petite ville où tout le monde se connaît, une famille exposée, une vieille bâtisse sombre et pleine de poupées anciennes, une adolescente obnubilée par l’oeuvre de Lovecraft. Le cadre idéal d’un film d’horreur pur. Le film reprend les codes du genre et commence de manière somme toute très classique avant de révéler sa véritable nature dans un retournement de situation digne de ceux auxquels Pascal Laugier nous a habitués. La violence de l’agression justifie l’interdiction du film au moins de 16 ans, mais l’horreur à l’écran est davantage psychologique. Ce sont les ressentis des personnages qui sont mis en avant au-delà de la violence physique à laquelle le spectateur assiste. Loin d’être noyé sous des jumpscares inutiles, le film prend son temps et les utilise avec parcimonie, en appui seulement de son atmosphère. Ghostland n’a aucunement besoin de surprendre le spectateur pour l’effrayer, son ambiance et son scénario suffisent amplement.

      Un casting de choix pour Ghostland

      L’ambiance dans un film est quelque chose d’extrêmement fragile qu’un rien peut faire vaciller, notamment un jeu d’acteur qui ne serait pas crédible et qui sonnerait faux. Dans Ghostland, pas un seul faux pas n’est à déplorer parmi les membres de l’équipe de tournage. Les acteurs sont tout simplement bluffants. Même les deux actrices interprétant les adolescentes ont un jeu parfaitement juste, sachant la difficulté des scènes qu’elles ont eu à tourner et le fait qu’Emilia Jones, qui interprète Beth enfant, a à peine seize ans. Emilia Jones et Taylor Hickson sont entièrement crédibles et touchantes dans le rôle des deux filles de Pauline, permettant l’attachement du spectateur aux personnages. Les actrices Crystal Reed et Anastasia Phillips, qui interprètent Beth et Vera adultes sont en écho parfait avec leur personnage enfant et renforcent la crédibilité du film. Quant à Mylène Farmer, qui joue le rôle de leur mère, elle est tout simplement parfaite dans le rôle de la mère aimante, emplie de douceur et prête à tout pour défendre ses filles coûte que coûte et veiller sur elles. Le choix de lui attribuer quelques phrases en français dans la version originale en fait un personnage d’autant plus attachant pour sa spontanéité et sa tendresse. Rob Archer et Kevin Power, dans le rôle des méchants, sont absolument terrifiants et bien que leur apparition puisse déclencher quelques rires dans la salle, ces derniers sonnent tout particulièrement nerveux. Le jeu d’acteurs sans fausse note se positionne en allié farouche de l’ambiance instaurée à la fois par les décors et les jeux de lumière. Le choix des plans permet d’apporter une touche finale à ce travail d’orfèvre, donnant un résultat final d’une grande beauté esthétique

      Ghostland, le digne nouveau-né de l’oeuvre de Pascal Laugier

      Avec ses précédents films, Pascal Laugier n’était pas connu pour ménager son public. Il fait partie de ces rares réalisateurs qui traitent de sujets graves et n’hésitent pas à ne rien épargner au spectateur. Tout particulièrement attaché à l’enfance, comme on a pu le voir dans Saint-Ange avec les enfants maltraités et la thématique de l’accouchement, dans Martyrs avec la séquestration d’enfants et sa conséquence à l’âge adulte et dans The Secret, avec les enlèvements massifs d’enfants, Ghostland n’échappe en aucun cas à la règle. L’enfance imprègne littéralement tout le film, du second au dernier plan, du décor jusqu’aux personnages mêmes des agresseurs. Les poupées dans ce film ne sont pas des objets hantés ou maudits, mais bien des symboles. Elles sont cet objet protecteur des enfants, qui en même temps leur apprend à grandir en prenant conscience des responsabilités. La thématique des contes, avec tout ce qu’ils contiennent d’initiatique, est prégnante tout au long du film, jusqu’à la représentation même que Beth va se faire de l’agression. Pascal Laugier s’intéresse à l’enfance, oui, mais surtout à l’enfance meurtrie. Tous ses personnages vivent des expériences extrêmement traumatisantes et, loin de représenter ces événements comme anodins, le réalisateur s’attache à mettre en exergue leur impact traumatique et les mécanismes psychologiques de survie qui se déclenchent à cet instant. En cela, le choix de Lovecraft comme sujet d’obsession de Beth est particulièrement louable. Parmi tous les auteurs horrifiques, il est très certainement celui qui a le plus écrit sur l’incapacité humaine à se représenter l’horreur à l’état pur sans sombrer dans la folie.

      Il est une citation d’Howard Phillips Lovacraft, tirée de son recueil Les Autres Dieux et autres nouvelles, qui résume à merveille l’oeuvre de Pascal Laugier, dont Ghostland est à l’heure actuelle la plus grande réussite :

      Les hommes doués intellectuellement savent qu’il n’y a pas de différence nette entre le réel et l’irréel, que les choses ne nous apparaissent qu’à travers la délicate synthèse physique et mentale qui s’opère subjectivement en chacun de nous.

      Bande-annonce de Ghostland

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