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      Critique « Free State of Jones » de Gary Ross

      Certains aiment écrire des histoires sur les gentils, d’autres sur les méchants. Dans Free State of Jones, Gary Ross nous parle… de ceux qui ne choisissent pas. Dans ce film historique, le réalisateur nous livre, en compagnie de Matthew McConaughey, un portrait encore inconnu par le grand public de la Guerre de Sécession. 

      Synopsis : En plein conflit sécessionniste, Newton Knight, fermier du Mississipi, prend la tête d’un groupe de fermiers et d’esclaves en fuite afin de s’opposer à l’oppression de Etats confédérés. Ayant l’avantage du terrain, ces rebelles fonderont le premier Etats d’hommes libre, mettant à égalité noirs comme blancs.

      Si le film est dans l’ensemble une réussite, notamment de par l’angle historique choisi, de nombreux points doivent être mis en exergue tant dans le positif que le négatif, car l’oeuvre s’avère être relativement ambiguë. 

      Une histoire passionnante ternie par un scénario bancal

      Il s’agit là sans doute du plus gros bémol de ce film. Bien que l’histoire soit passionnante et portée par des acteurs talentueux, elle n’en reste pas moins parfois relativement décousue. Ainsi, on ne pourra que déplorer que l’intrigue principale tarde à se faire claire et se traine sur les 20 premières minutes. Les scènes de guerres sanglantes de l’introduction n’apportent en effet que très peu à l’intrigue, si ce n’est l’opportunité de nous présenter Newt Knight et on se dit que cela aurait amplement pu se faire lors de son retour au foyer, des suite de sa désertion.

      Manque de chance, le réalisateur ternit son introduction qui aurait assurément gagné en dynamisme et efficacité. Néanmoins, le récit parvient à trouver son rythme de croisière, quitte à nous offrir des scènes aux émotions diverses et teintées d’un réalisme saisissant. Concernant l’intrigue d’ailleurs, il est particulièrement agréable de découvrir ce type d’apartés historiques, méconnus y compris aux Etats-Unis (pourtant bercés par son histoire sécessionniste). Il aurait toutefois été intéressant d’exacerber la dualité au sein des rangs et ce, notamment pour éviter le manichéisme dans lequel s’engouffre parfois le film. Ainsi, on aurait apprécier de voir le cinéaste s’intéresser un petit peu plus aux dissensions ébranlant ce groupe de rebelles. Cela est évidemment présenté mais de manière trop succincte pour qu’il s’agisse d’un véritable enjeu. 

      Les sauts de plusieurs décennies en avant sont, quant à eux, particulièrement intéressants, notamment dans les parallèles que ceux-ci nous offrent vis-à-vis de l’intrigue principale, puisque les discriminations semblent constamment se répéter malgré une soi-disant évolution des mœurs. Malheureusement ceux-ci s’avèrent assez anecdotiques et sous exploités, là où ils auraient pu prendre une place prépondérante dans l’exposition historique. 

      L’idée forte de ce Free State of Jones (en plus de l’anti-asservissement) est que celui qui sème doit également être celui qui récolte. Nous retrouvons là les germes de l’idée si importante aux Etats-Unis de la libre possession et exploitation de son terrain. Enfin, Gary Ross a eu l’intelligence de mettre en exergue toute la période post guerre de sécession. Bien que la fin du conflit aura marqué la fin de l’esclavagisme aux Etats-Unis, les questions de libertés furent loin de se régler en quelques semaines. Une gageure que le réalisateur nous rappelle, au détour de sa seconde partie qui se fait l’écho du nouveau conflit, cette fois ci oeuvré à l’égalité noirs/blancs. 

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      Gary Ross nous livre avec Free State of Jones, un film d’une grande beauté. Qu’elle passe par les nombreux plans ou les compositions millimétrées, l’image déployée par le réalisateur est d’une telle rareté qu’on penserait aisément contempler une toile de maître. En outre, le travail sur le son nous fait profiter plus  amplement de l’atmosphère du Mississippi dans lequel évoluent nos héros. Enfin, un beau travail de reconstitution a été mené, tant sur les décors que pour les tenues des nombreux personnages. Un seul bémol est à noter concernant la technique, à savoir quelques transitions très brutales concernant le montage, sans toutefois que cela ne s’impose comme un problème trop récurrent.

      Un casting de très haute volée

      Matthew McConaughey vampirise littéralement l’écran dans son rôle de Newt Knight, constamment partagé entre l’extrême violence et un ton emphatique prompt à dévoiler toutes ses facettes et contradictions. L’acteur vu dans Interstellar ou True Détective nous livre en effet une belle interprétation, pleine d’émotions. Gare toutefois à ne pas tomber dans la caricature dans les prochaines années. Nous connaissons désormais très bien McConaughey dans les rôles d’hommes désabusés mais fondamentalement bons. Il faudra donc que le texan change de registre ou s’essaie à d’autres styles de jeux s’il veut progresser dans son art. 

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      Peu de place est accordée aux acteurs secondaires, le film étant essentiellement centré sur l’illustre figure campée par Matthew Mcconaughey. Néanmoins chaque acteur est très bon dans son rôle et émouvant dans l’intrigue, l’ensemble créant une parfaite cohésion de groupe. 

      Malgré une construction certes emplie de défauts, Free State of Jones reste un film agréable à suivre tant le travail mené dessus a été millimétré et choyé par toute l’équipe. Les amateurs d’histoire en tout genre y trouverons donc surement leur compte dans cette épopée fondatrice de l’histoire américaine.

      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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