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      Critique « L’Odyssée » de Jérome Salle

      « Mon but n’est pas d’enseigner, je ne suis ni un scientifique ni un professeur. Je suis un découvreur, mon but est d’émerveiller. On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l’on aime », J. Cousteau.

      C’est dans une certaine mesure, ce qu’a voulu faire le réalisateur Jérome Salle : émerveiller les spectateurs. Un émerveillement qui viendrait non pas d’une histoire douce et lisse, mais au contraire, d’une histoire où les relations entre protagonistes seraient des plus chaotiques ; d’un voyage dans un vingtième siècle en transformation, ceinturé par l’évolution des médias d’un côté et celui de l’écologie de l’autre, et où l’on aurait la désagréable impression, comme le tout jeune navigateur, regardant au loin l’entrée de l’estuaire, que jamais le navire ne réussira à passer.

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      • La recherche d’un Biopic – « Grand public »

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         Le piège lorsque l’on parle de la réalité, de personnes qui ont vraiment vécu, c’est de documentariser le propos. On n’est plus dans un cadre créatif mais dans un cadre déclaratif, on ne fait plus qu’exposer. Comprenez qu’il n’y a rien de péjoratif, le genre du documentaire a ses propres points forts. On se place juste dans un cadre, qui n’était pas celui affiché comme objectif de départ. Aux antipodes, il peut arriver à l’auteur de se perdre dans la narration, de finir par aimer un peu trop s’entendre parler, ou dans le cas des films, montrer pour montrer.

       

      D’ailleurs, lorsqu’il s’agit d’un thème comme la mer, les réalisateurs peuvent se laisser aller à poser la caméra dans un coin et laisser la nature faire, seule, le travail. Cependant, avec l’utilisation de tels plans contemplatifs, parfois propices à la réflexion et « utiles » au propos, les spectateurs risquent de s’égarer dans un bleu si abyssal, que seule une interruption brutale pourrait faire remonter à la surface. Une remontée qui, à l’instar des apnéistes sans palier de décompression, laisserait sans aucun repère. 224406-l-odyssee-critique-et-bande-annonce-du-tres-beau-film-sur-cousteau

      Un piège dans lequel le réalisateur ne tombe pas, et ce, malgré la difficile conciliation entre l’entreprise d’une œuvre qui se veut « Grand Public », toujours en mouvement,  et celle d’un inévitable ralentissement, favorisé par des plans magnifiques d’une nature flamboyante qui, au fur et à mesure, se fait de plus en plus rare.

      En effet, tout en s’appuyant sur la beauté marine, et en faisant le choix de filmer comme dans les années 1950, c’est-à-dire des objectifs très sensible à la lumière qui nécessite une position à contre-jour, le réalisateur, à l’aide du monteur, fait en sorte que l’aventure – substance se transpose dans l’esthétique même du film. Il fait le choix d’un rythme soutenu et régulier, dans chaque plan et donc par extension, dans chaque scène, afin de garder le spectateur attentif au moindre mouvement, à la moindre transformation.

       

      • L’Odyssée : une aventure poétique devenue utopique

         Ce titre a été choisi avec soin, qui mieux qu’Homère contant le périple d’Ulysse, traversant moult dangers, représente le mieux l’idée de l’aventure. Cependant, si Homère dans sa poésie suit Ulysse, c’est Jacques Cousteau, Lambert Wilson, que nous suivrons, de la genèse d’un rêve à sa désillusion.

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       Et comme disait le professeur Keating (Le cercle des poètes disparus), à propos de la poésie : « On lit et on écrit de la poésie non pas parce que c’est joli, mais parce qu’on fait partie de l’humanité, et que l’humanité est faite de passion. […] La poésie, la beauté, l’amour, l’aventure c’est en fait pour cela qu’on vit ». Puis vient la citation d’un poème, qui le conduit à poser la question suivante : « Quelle sera votre rime ? » Sous-entendu : quelle sera la rime que vous apporterez à ce « prodigieux spectacle » qu’est la vie ?

       

      Cette scène culte du film de Peter Weir convient parfaitement pour parler de la passion de l’aventurier que va devenir Jacques Cousteau. Un poète aquatique, émerveillé par ce monde bleu, qui veut partager sa passion au monde entier. Un aventurier qui à l’instar des USA veut ouvrir les yeux à l’humanité toute entière sur ce nouveau monde, mais à contrario des yankees, ce dernier ne se trouve pas au-dessus de leurs têtes, mais bien en dessous. Voilà la rime qu’il veut laisser ! Une rime dont la plume n’est autre que son bateau : La Calypso. Dès lors, le spectateur a en haute estime cet homme qui rêve des profondeurs. Accroché au siège, on croise les doigts à chaque mésaventures pour que tout lui sourie.

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      Une prière très utile, lorsqu’en Antarctique une tempête s’abat sur l’équipage, tempête qui d’ailleurs a réellement eu lieu lors du tournage. Ce qui a valu au réalisateur la mauvaise humeur, passagère et très vite pardonner, de Pierre Niney. Pour l’anecdote, l’ensemble des plans grandioses pris en antarctique ont été pris au lendemain de ce déchaînement divin.

      Malheureusement, toute expédition nécessite financement. Or c’est là, dès le tout premier projet, dès le tout premier rendez-vous avec les groupes pétroliers français, que la poésie prend l’encre en pleine gueule, pour ne plus laisser place qu’à une seule chose. Cette chose après laquelle Jacques Cousteau court après, tout au long du film, pour fabriquer de nouvelles inventions, penser de nouveaux projets : L’argent, l’argent qui corrompt les esprits et qui polluera la quête du protagoniste. Lui n’est pas attiré par cet argent, mais par ce que cet argent permet de faire. Toutefois le problème est le même, car pour pouvoir accomplir ses projets, il est prêt à tout sacrifier.

       

      • L’Odyssée : la famille Cousteau ou l’envers du décor

      On connaissait le Jacques Cousteau aventurier, on connaissait le Jacques Cousteau qui savait charmer les médias, mais on connaissait peu le Jacques Cousteau mari et père, nettement plus sombre.

      A contrario d’Ulysse qui rentre retrouver sa famille, la passion de Cousteau l’en éloigne. Sa détermination est telle que personne ne peut se mettre en travers d’elle, ni sa famille, ni ses amis, ni qui que ce soit. Or au-delà de sa relation avec le grand bleu, la caméra pose son objectif sur sa relation familiale. Et notamment sur sa femme, Simone Melchior, et son fils cadet Philippe.

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         On comprend très vite que sa femme est également une passionnée, présentée comme le quatrième « mousquemers » dès le départ. C’est grâce à ses bijoux notamment qu’elle et Jacques peuvent accomplir leur rêve : acheter un bateau et découvrir ce qui se cache sous la surface. Et pourtant, Jacques Cousteau la délaisse peu à peu, rien n’a plus d’importance que ses recherches. En effet, les recherches nécessitant des investisseurs, il faut les amadouer, mais pour cela, il doit beaucoup voyager.

       

      Pendant ce temps, Simone reste sur La Calypso, celle-ci devient sa maison, sa cabine, son cocon. Cette force, intelligemment jouée par Audrey Tautou, durera jusqu’à la fin, quand bien même elle saura pour son mari et ses liaisons. Mais cette armure aura sans doute pour conséquence, que jamais elle ne fera confiance à une femme, ni proche de son mari, ni proche de ses fils. Et la passion qui l’unissait à son mari, devient amertume et froideur, un défaut qui, pourtant aux antipodes, l’unissait également à son mari. 

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      Dès les premières scènes, les deux enfants, Jean-Michel (Benjamin Laverhne) et Philippe, sont omniprésents. Ils nagent avec leurs parents sous l’eau, courent partout dans la maison. Mais lorsque Jacques et Simone décident de partir à l’aventure, il faut prendre une décision : les laisser en internat. Un séjour qui durera plus d’une dizaine d’années. On prend conscience à cet instant, que l’amour n’est pas habituel dans cette famille. Peut-être se rapporte-t-elle plus au respect que l’on a envers son commandant qu’un amour entre un père et ses fils.

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      L’accent est donné sur le fils cadet, Philippe, interprété par Pierre Niney. Un choix qui n’était pas celui de départ, mais le réalisateur, après avoir rencontré le jeune acteur et la famille Cousteau, a souhaité donner plus de corps à cet homme peu connu du public et qui pourtant est à l’origine du revirement écologique de son père. Ainsi l’intention claire de rendre hommage à cet homme, ce fils, qui a subi autant la présence écrasante de son père que ses absences (ex : lors de son mariage).

      Enfin, l’intention du film n’est en aucun cas de militer pour l’écologie. Il présente juste la prise de conscience, à cette époque, des conséquences néfastes de l’homme sur la nature, sur l’océan. Toutefois, « si après avoir vu le film, les spectateurs agissent de manière plus écologique, j’en serai fier. » tenait à rajouter Jérome Salle à ce propos.

      Faut-il souligner que l’une des seules utilisations d’effets spéciaux, le tournage se faisant davantage en système D, a été nécessaire pour reconstituer la faune et la flore marine ? (non pas les requins, mais bel et bien certains récifs et nombreux poissons).

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      Ainsi le film, n’est pas tellement porté sur l’aventurier lui même, sinon sur la relation complexe père-fils, entre respect et répulsion, que certains regards échangés entre L. Wilson et P. Niney, suffisaient à donner vie.

       

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