Critique de Un monstre à mille têtes de Rodrigo Plá

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Sus à la bureaucratie mexicaine ! Lundi 21 mars se tenait l’avant-première mondiale du film « Un monstre à mille têtes », réalisé par Rodrigo Pla (« La Zona – propriété privée »).

Tiré du roman du même nom, « Un monstre à mille têtes » relate le combat désespéré de Sonia Bonet pour obtenir le traitement susceptible de guérir le cancer de son mari. Mais celle-ci sera confrontée aux différents paliers d’une compagnie aussi négligente que corrompue, l’entraînant elle et son fils Dario, dans la spirale infernale de la violence.

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  • « Un monstre à mille têtes » : une œuvre marquée par la sobriété :

Dans ce film, pas d’envolée visuelles fulgurantes ni de mouvements de caméras audacieux. La quasi-totalité des plans du film sont des cadres totalement fixes dans lesquels viennent s’inclurent les personnages, comme ils arriveraient sur une scène de théâtre.

Sobriété musicale également, puisque ce film ne dispose d’aucune bande-originale propre. Seules quelques musique diégétiques (à l’intérieur de la diégèse = présentes au sein même du film) viennent rompre le silence propre à la réalité que nous connaissons tous.

Tous ces éléments permettent la chose la plus importante pour le spectateur : l’immersion. Ce réalisme poussé à l’extrême est le bienvenu car il force le spectateur à s’immerger dans un monde aussi réaliste que le sien.

Un aspect original néanmoins concernant la mise en scène, puisque la construction du film se fait à travers la narration des personnages secondaires ayant subi la violence de Sonia. Cette narration nous fait alors comprendre que nous ne vivons pas l’histoire en temps réel, mais que nous sommes devant les témoignages servant à la reconstitution du procès de Sonia.

Un bel exercice de style qui aurait mérité d’être poussé plus loin afin d’avoir un impact plus important.

 

  • Sonia Bonet : Le parcours d’une « anti-héroïne » et de son fils :

Violente, autoritaire et dépassée par les événements qu’elle déclenche, Sonia Bonet (interprétée par Jana Raluy) est bien loin des héroïnes que nous avons l’habitude de côtoyer.

Néanmoins, celle-ci réalise le fantasme que nous avons tous eu un jour : défier la bureaucratie et la faire ployer. Ce désir de ne plus être à la merci des administrations est palpable dès son premier acte de rébellion. Malheureusement, cette guerre contre l’administration se manifeste par une escalade dans la violence, jusqu’à un point de non-retour.

Si le personnage de Sonia est caractéristique de « l’anti-héros », elle n’est pas la seule dans ce cas. Durant tout le film, elle et son fils Dario (Sebastian Aguirre Boëda) croiseront des personnages aussi monolithiques les uns que les autres. Aucun des personnages secondaires ne laisse transparaître la moindre émotion. Seuls Sonia et son fils Dario auront le droit à leurs nuances de caractères. Ce manque d’émotion empêche le spectateur de s’identifier aux personnages ce qui est très déroutant. Néanmoins cela renforce efficacement l’aspect déshumanisé de la société administrative à laquelle Sonia doit faire face.

De manière totalement inattendue, la conclusion du film a lieu sur une note d’humour très « pince sans rire » aussi étonnante que bienvenue. Cela permet de aux spectateurs de relâcher la pression après avoir assisté une épopée aux enjeux sociaux particulièrement pesants.

Un parcours volontairement déroutant donc, créant dans sa majeure partie l’atmosphère si singulière du film

 

  • « Un monstre à mille têtes » : dénonciation du système social mexicain :

Si les enjeux sociaux pèsent lourd sur les épaules de Sonia et sur celles des spectateurs, la dénonciation du système social mexicain est efficace.

D’un côté, un système privé onéreux et corrompu, de l’autre, un système public sans aucun pouvoir politique et donc incompétent pour gérer la sécurité sociale des citoyens.

Une dénonciation semblant tenir à cœur au réalisateur mais qui aurait mérité de nous faire découvrir plus en profondeur le système mexicain. Ce que nous y apprenons sur ce système étant valable dans énormément de pays, la spécificité mexicaine ne se laisse pas vraiment voir.

Un monstre à mille têtes (2)

Dans l’ensemble « Un monstre à mille têtes » est un agréable et poignant moment de cinéma. Si certains aspects auraient mérités d’être plus approfondis, le film est maîtrisé de bout en bout et porté par des acteurs tous bons dans leurs rôles respectifs. Au tour maintenant des spectateurs de juger ce drame social à portée universelle. En salles le 30 mars.