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      Critique « Personal Shopper » d’Olivier Assayas : frontière entre visible et invisible

      Mercredi sort Personal Shopper, le nouveau film d’Olivier Assayas, metteur en scène de Sils Maria, déjà porté par Kristen Stewart. Personal Shopper raconte l’histoire de Maureen, une jeune américaine arrivée à Paris, qui veut trouver un moyen de communiquer avec son défunt frère jumeau.

       

      Un thriller fantastique passionnant 

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      Olivier Assayas signe un thriller fantastique de haute volée, un long métrage lancinant oscillant constamment entre la dimension réelle et la dimension fantastique. Pour reprendre la phrase que Guillermo Del Toro avait employée pour qualifier son Crimson Peak, il ne s’agit pas d’une histoire de fantômes mais bien d’une histoire avec des fantômes. La frontière entre les deux dimensions est volontairement très floue, pour créer une perte de repères auprès du spectateur, qui va distinguer difficilement le surnaturel du réel. Un choix très intelligent d’Assayas pour entrer pleinement dans le monde des médiums, du spiritualisme, de l’au-delà et des esprits. Personal Shopper est constamment angoissant, surtout dans ses séquences surnaturelles, mais également dans la dimension réelle où le cinéaste incorpore toujours une crainte inexplicable, une tension permanente issue des écrans, de la pression professionnelle et familiale, des apparitions et des démons humains qui évoluent autour du personnage, quelque part entre le visible et l’invisible.

      Personal Shopper est, à l’heure où le cinéma devient une véritable industrie audiovisuelle, une vraie critique du fonctionnement sociétal qui gravite autour de l’écran, digne d’un épisode de Black Mirror. Au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, le spectateur va découvrir que finalement le monde des morts n’est pas forcément le plus dangereux. Kristen Stewart est très convaincante dans ce flegme séduisant qu’elle arbore pour le rôle jusqu’à un final renversant qui vient contredire tout ce qui est émis au cours du film. Personal Shopper évoque également la relation de soumission et d’exploitation économique présente dans le milieu de la mode et du luxe. Le long métrage aborde des thèmes peu communs dans le cinéma français, comme les fantômes et le spiritualisme, tout en se distinguant des thrillers américains par le ton et le rythme employés. Personal Shopper est un film complet, qui parvient à tenir son cap : l’histoire d’une jeune femme qui cherche à s’émanciper de son deuil et de sa condition professionnelle en bravant les interdits, qu’ils soient spirituels ou physiques.

       

      Aveuglement, imagination ou réalisme ?

      Personal Shopper

      Comme tout bon film du genre, Olivier Assayas laisse la capacité décisive à son spectateur qui choisira entre la dimension cartésienne ou la dimension fantastique pour expliquer les rebondissements du long métrage. Finalement, Personal Shopper parle de recherche de soi, pose des questions existentielles sur l’appartenance, sur la famille, sur le travail et sur les règles et les interdits. La notion de deuil est omniprésente, la protagoniste est aveuglée par la tristesse, cherchant désespérément le contact avec son frère défunt, mais à travers cette quête c’est elle-même qui se cherche et qui tente de se trouver. À travers cette métaphore des esprits, le personnage se cherche une nouvelle voie, tente de reprendre en main son existence.

      Maureen est un personnage dans les limbes, elle croit aux forces occultes, à la communication avec l’au-delà et essaye par ce chemin-là de retrouver son passé alors qu’elle devrait au contraire s’en affranchir. Olivier Assayas passionne de par la violence psychologique du long métrage, jusqu’à ce final renversant, subtil, poétique, magnifique et ouvert où le personnage arrive enfin au bout de sa quête au moment où elle s’en est détachée, au moment où elle accepte sa condition, son deuil. Une manière de mettre en avant l’ironie du sort, une manière d’affirmer que les réponses viennent toujours à celui qui les cherche, une manière de dire que la destinée n’a peut-être pas le même plan que vous.

      Une des grandes claques de cette fin d’année : Personal Shopper vaut assurément le détour et finira en tête de cette année 2016.

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