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      Critique de Nous Trois Ou Rien de Kheiron

      Réalisé par Kheiron Tabib, humoriste populaire qui fait ses début au Jamel Comedy Club, Nous trois ou rien réuni Leïla Bekhti, Gérard Darmon, Zabou Breitman, Alexandre Astier créateur de la série Kaamelott et Kyan Khojandile créateur de la mini série Bref. Le film raconte le parcours de ses parents, qui ont fuis l’Iran en 1984 pour s’installer en France, après s’être battus contre la tyrannie du shah. Kheiron, qui joue dans le film le rôle de son propre père, a décidé de se lancer dans ce projet pour rendre hommage à ses parents et à leur histoire.

      Une première partie vive et inspirée : Nous trois ou rien

      Le long métrage commence en Iran où Kheiron fait une présentation rapide de sa famille, de ses 11 frères et soeurs, de ses aïeux et de la condition de vie de son père. Très vite le réalisateur met en avant les engagements politiques et idéologiques de son père, une vision des choses qui allait à l’encontre de sa famille et surtout qui le mettait en danger vis-à-vis du pouvoir en place. D’évènements en évènements, rapidement présentés, le père de Kheiron se retrouve en prison, après avoir défié le pouvoir en place. Le réalisateur raconte cette première partie en Iran avec beaucoup d’humour, appuyée par un casting composé de quelques humoristes talentueux. Une manière intelligente d’alléger le film, qui expose pourtant un sujet grave et important, servi par une belle écriture qui sait user à bon escient de dialogues inventifs et bien sentis ainsi que de répliques réfléchies qui fusent entre les interprètes, engagés dans leurs rôles. Kheiron permet avec une indécence rare, de conter l’histoire de ses parents sous un prisme humoristique, sans pour autant dénaturer la gravité des évènements qu’il met en scène. Le casting est attrayant. Au-delà de Kheiron lui-même, tout en retenue et en spontanéité, Leïla Bekhti s’affirme et interprète son rôle avec énormément de conviction. Les rôles secondaires sont bien travaillés, le couple Darmon/Breitman s’avère être touchant, drôle et attachant. Quant à Astier et Khojandi, leurs courtes apparitions mettent du rythme et dédiabolisent l’ennemi, tournant en dérision leurs préceptes pseudo religieux haineux venus d’un autre temps. Nous trois ou rien semble prendre la direction d’une comédie, pourtant Kheiron prend un virage de ton pour entrer dans le vif du sujet.

       Un film qui tend ensuite vers le social :

      Nous trois ou rien

      Kheiron laisse ensuite la comédie au second plan. Tout en offrant de subtiles ruptures de ton par des instants drôles et bien imagés Nous trois ou rien devient plus sérieux. L’hypocrisie mise de côté, Kheiron, n’omet pas de parler du danger constamment présent qui plane au dessus de ses ascendants. Dans un contexte clairement inhospitalier à la cause qu’il cherche à défendre, Kheiron n’a d’autres choix que de se résoudre à mettre en scène l’exil de ses parents. Une fuite longue, éprouvante, qui va s’achever par un établissement en France, dans une cité brimée avec des habitants moqués, où il use du même précepte et tente d’acclimater un microcosme tout entier à sa cause. Le couple s’y installe et décide de ne jamais repartir. Entre une intégration difficile, l’Etat peinant à intervenir pour fixer le problème et un jugement des occidentaux, rempli de préjugés, Kheiron brosse un portrait des structures étatiques du pays dans lequel il a trouvé refuge, sans toutefois se complaire dans cet élan vindicatif. Il avance que les changements doivent venir du peuple lui-même, de l’entraide, de la volonté d’évoluer et de sortir de la précarité. Optimiste, spontané, honnête, parfois naïf et utopique, toujours relevé par une réalisation maitrisée et des interprétations sans failles, Nous trois ou rien est une réussite. Un film aujourd’hui lourd de sens, très actuel. Une œuvre pour la tolérance et le respect mutuel, qui essaye de mettre en avant la complexité des relations entre des individus délaissés et un Etat occupé ailleurs, aveugle quant à ces problèmes internes. Kheiron ne juge pas, ne prend pas parti, il tente simplement d’expliquer une situation, d’exprimer des idées, une réflexion, des sentiments devant une société dépassée par des problèmes continuellement renouvelés.

      Nous trois ou rien est un film insouciant et jovial indispensable en ces temps sombres d’inquiétude. Un long métrage très actuel permettant de pousser son spectateur à la réflexion et à la tolérance. Un bel exercice. 

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