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      Critique de Mademoiselle de Park Chan-Wook

      Ce mercredi sort le nouveau film de Park Chan-Wook, le grand réalisateur coréen à l’origine du chef d’œuvre Old Boy. Il revient cette année avec Mademoiselle, un drame sentimental violent, pervers et déconcertant nominé dans trois catégories au dernier Festival de Cannes : Prix du Jury, Grand Prix et Prix de la Mise en Scène. Dans la Corée des années 30, pendant la colonisation japonaise, une jeune femme, Sookee, est engagée comme servante d’une riche japonaise, Hideko, vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, celle-ci cherche à arnaquer Hideko.

      Une histoire d’affranchissement :

      Mademoiselle

      Park Chan-Wook met en scène une véritable histoire d’affranchissement de la condition féminine. Les femmes sont les véritables héroïnes du long métrage et sont au centre de leur propre révolution personnelle. Une révolte qui passe par de nombreuses thématiques. Il y a évidemment l’affranchissement de la femme par rapport à la domination masculine, avec d’un côté Sookee, dominée par les agissements du faux comte qui la manipule, tandis qu’Hideko se trouve brimée par son oncle tyrannique et pervers. Un rapport de force qui passe par une domination paternelle pour Hideko, cloîtrée dans un environnement unique et contrainte de suivre les règles de son oncle par tradition familiale. Elle ne connait pas le monde extérieur, uniquement le carcan imposé par son oncle. Mais Hideko va fuir cette condition. Quant à Sookee elle cherche à fuir le pays pour recommencer sa vie ailleurs. Elle a donc besoin de l’escroc pour obtenir l’argent nécessaire à son évasion. Park Chan-Wook matérialise toute cette libération par l’acte sexuel. Omniprésente, la sexualité veut briser les tabous, briser les chaînes qui les cloisonnent dans ces situations déplaisantes. Une sexualité crue et charnelle entre les deux femmes, une manière pour Park Chan-Wook de les unir dans leur désarroi.

      Des rebondissements inattendus :

      mademoiselle

      Park Chan-Wook signe un film de plus de deux heures, qui parfois traîne en longueur, mais qui parvient toujours à capter l’intérêt du spectateur grâce à trois parties bien déterminées, introduites à chaque fois par un rebondissement inattendu. Park Chan-Wook joue avec son spectateur, le manipulant de la même manière que ses personnages, régulièrement trompés. Les rapports de force évoluent constamment, les alliances et les trahisons sont légions, le spectateur ne sait plus déceler le vrai du faux jusqu’à la conclusion finale. Chaque protagoniste cherche à obtenir un intérêt personnel, tout du moins en début de film. Mais la vision des choses de certains personnages va changer, impliquant une véritable évolution constante du scénario et de l’histoire. Chaque rebondissement est un choc pour l’assistance. Park Chan-Wook change de héros au cours du film, change de narrateur et de vision, l’histoire est vue de manière différente en fonction du personnage qui la raconte, qui se trouve au centre de l’intrigue. Le cinéaste joue avec les détails anodins, fait des révélations qui subjuguent l’intérêt du spectateur. Finalement Park Chan-Wook apparaît plus optimiste que pour Old Boy. Le sentimentalisme triomphera, l’amour dépassera les conditions sociales, les différences sexuelles et idéologiques.

      Une technique irréprochable :

      Mademoiselle

      Pour autant Mademoiselle se perd parfois dans l’enchaînement de son intrigue. Le film de Park Chan-Wook est clairement trop long, et aurait mérité quelques coupes pour alléger le contenu de son propos. Le spectateur fini parfois par s’ennuyer devant les innombrables manipulations, et l’inextricable histoire qui peine à se conclure. La sexualité omniprésente apparaît parfois gratuite et illusoire, comme l’illustre la scène finale, certes lourde de symbolisme, mais apportée comme un cheveu sur la soupe. Ce qu’elle représente est une finalité indispensable au long métrage, mais la manière dont Park Chan-Wook l’exprime déçoit de par le manque d’originalité de sa représentation assez clichée et peu subtile. Le scénario souffre également de quelques approximations telle que l’évasion de l’hôpital qui manque d’explication. Bien évidemment Mademoiselle demeure extrêmement bien réalisé, porté par une photographie somptueuse, représentative du cinéma asiatique dans sa plus belle forme. Le casting interprète les personnages avec beaucoup de conviction et le dénouement vaut le coup d’œil.

      Finalement ce nouveau film n’atteint pas la profondeur de Old Boy, mais l’esthétique de Park Chan-Wook, le scénario relativement précis et les rebondissements renversants que distille le film, font assurément de Mademoiselle une œuvre indispensable.

      https://youtu.be/40E5pL73yvM

       

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