Critique de « La Ballade de Buster Scruggs » des frères Coen : un film totalement dispensable

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Les frères Coen sont de retour mais cette fois sur Netflix. Pas de sortie en salles pour leur nouveau long métrage : La Ballade de Buster Scruggs malgré un casting imposant avec Tim Blake Nelson, James Franco, Brendan Gleeson ou encore Liam Neeson. Un film composé de courts métrages prenants place dans le Far West. Six histoires indépendantes les unes des autres.

Les frères Coen paresseux ?

Les films à sketchs sont parfois des réussites. Il suffit de se replonger dans l’excellent Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron pour en avoir le cœur net. Parfois ça ne fonctionne pas comme le décevant Les Infidèles. Et parfois c’est mi-figue, mi-raisin comme le dernier né des frères Coen. On y retrouve bien évidemment leur pâte de réalisateurs, et surtout de scénaristes. La Ballade de Buster Scruggs prouve que Netflix n’uniformise pas forcément l’image de ses productions, la couleur, le grain, voir même la mise en scène comme de nombreux détracteurs l’ont soulevée. Il est vrai que généralement, d’un film Netflix à l’autre on y retrouve la même identité, histoire de mettre en place une charte graphique propre à la plateforme. Heureusement, parfois des œuvres brisent cette habitude comme le superbe Okja, ou comme La Ballade de Buster Scruggs. Pour autant, la réalisation des frères Coen a été plus géniale que cette dernière par le passé. La Ballade de Buster Scruggs n’est pas détestable, est visuellement superbe grâce aux décors de l’Amérique profonde, mais il manque la verve habituelle du duo, leur mise en scène décalée, précise et toujours étonnante. C’est comme si les frères Coen se la jouaient paresseux.

Mais l’écriture des personnages respire le style des Coen. Ils mettent encore une fois en scène des loosers magnifiques, des personnages en marges, ballottés par l’existence, qui tentent de trouver leur place et d’atteindre un but complexe. Comme souvent ce sont des protagonistes étonnants, qui diffèrent de la norme. La Ballade de Buster Scruggs est pratiquement une comédie musicale. En tout cas le film respire la musique et le chant à l’image de leur O’Brother ou du récent Inside Llewyn Davis.

Photo du film LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS Critique de "La Ballade de Buster Scruggs" des frères Coen : un film totalement dispensable

Un film définitivement inégal

Malheureusement La Ballade de Buster Scruggs est forcément un film inégal, dont les histoires ne sont pas toutes du même niveau qualitatif. Certains feuilletons sont des pépites scénaristiques et d’écriture comme le conte de ce vieil homme qui cherche de l’or, ou lorsque James Franco a la corde au coup. D’autres s’étendent trop longtemps, comme cet épisode sur le mariage d’Alice Longabaugh, rattrapé par un final tonitruant. Finalement, on a l’impression de voir des frères Coen relativement fatigués, ou paresseux, qui se résument à des petites histoires qui manquent de folie, reliées les unes aux autres par un montage des plus simplistes. Un espèce de compte moderne d’une Amérique obsolète, qui tient debout par le biais d’un livre ouvert dont les pages défilent à l’écran. On a connu plus original comme montage et transitions. Quoi qu’il en soit les frères Coen donnent encore quelque chose de nouveau à voir mais La Ballade de Buster Scruggs est à des années lumières de No country for old man, de True Grit ou même de O’Brother dans le registre du western, que ce soit de la comédie ou du drame.

La Ballade de Buster Scruggs est l’occasion de voir une succession de scénettes inégales qui ne parviennent pas à trouver une identité générale. Les aventures s’enchaînent paresseusement sans véritable but à atteindre autre que la présentation de la vie dans le Far-West. Pas forcément toujours très drôle ou passionnant, La Ballade de Buster Scruggs restera certainement un film mineur des frères Coen.