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      Critique de « Kajillionaire » de Miranda July : une œuvre profondément unique

      Pour son troisième long-métrage, la cinéaste américaine Miranda July est de retour avec Kajillionaire. Porté par Evan Rachel Wood, Gina Rodriguez, Richard Jenkins et Debra Winger, le film raconte comment Theresa et Robert ont passé les 26 dernières années de leur vie à former leur fille unique Old Dolio à escroquer, arnaquer et voler de manière quotidienne. Tandis qu’ils vivent en marge de la société, l’apparition de Mélanie, une jeune inconnue, va bouleverser leur quotidien.

      Kajillionaire : un film doux/amère passionnant

      Si il y a bien un film à voir en ces temps de diète cinématographique, c’est bien Kajillionaire. Un film doux/amère sensible et reposant, qui dévoile le quotidien d’une femme inadaptée socialement. Si Kajillionaire signe le retour de Evan Rachel Wood sur le devant de la scène, par ailleurs incroyable dans ce rôle, c’est aussi l’occasion de découvrir un long-métrage unique en son genre, une œuvre personnelle et spontanée qui sort des carcans habituels du tout venant hollywoodien.

      Kajillionaire est un film lent, spontané, qui narre le quotidien de cette famille marginale, qui décide de vivre libre, loin des obligations sociétales qui incombent la société moderne. Avec Kajillionaire, Miranda July offre un nouveau regard sur le rêve américain. Bien loin de la réussite d’antan, aujourd’hui, le rêve américain ressemble à ça. Si tu n’as rien, tu peux trouver de l’argent partout, mais à quel prix ? Kajillionaire propose une relecture de ce rêve américain. Un fantasme où l’argent ne coule plus à flot, où les petites arnaques deviennent rapidement limitées, où il est plus difficile que prévu de vivre libre, et sans chaîne du système capitaliste.

      Critique de "Kajillionaire" de Miranda July : une œuvre profondément unique

      Kajillionaire mélange les genres : comédie, film social, drame, il s’apparente parfois à Parasite, tout en prenant sa propre ligne directrice. Où comment des individus peuvent vivre au crochet d’une société imparfaite ? Mirande July critique le système capitaliste moderne. Elle pointe du doigt l’impossibilité pour l’individu de sortir de la masse. De sortir d’un cycle sociétal établi, de sortir des mœurs, tout simplement de sortir du joug de la société moderne.

      Un ton unique salvateur

      Mais Miranda July décide d’imposer à Kajillionaire un ton unique. Le film aurait pu être une simple comédie, ou un drame terrible. Mais la cinéaste impose sa propre patte, quelque part entre les deux. Une ambiance étrange, fantasque, assez saugrenue, où le ton décide du style et du rythme. Un film lancinant, attachant, presque rassurant, où la vie avance tranquillement, où le temps est souvent à l’arrêt.

      Kajilionnaire est également l’histoire d’une fille qui devient femme. Le récit de cette jeune femme de 26 ans qui s’affranchit de l’hégémonie familiale, qui décide de s’écarter du chemin préétablît par ses parents. La prise d’indépendance d’un individu inadapté, à cause d’une éducation particulière, pleine de solitude, qui va déployer ses ailes, et se diriger vers d’autres horizons. L’émancipation d’une figure féminine qui se cherche, et qui, après 26 ans de complexes, s’impose comme une personne libre, qui fait ses propres choix.

      Ewan Rachel Wood et Gina Rodriguez dans kajilionnaire
      L’actrice de Jane The Virgin et la star de Westword dans Kajilionnaire

      Par ce prisme, Miranda July fait un parallèle avec la société moderne. Elle fait un rapprochement avec l’uniformisation de la pensée, la manière dont chacun suit les traces laissées par ses aïeux, sans réellement changer de route.

      Kajillionaire est également une œuvre esthétiquement maîtrisée. Miranda July offre une photographie superbe, ponctuée d’un étalonnage volontairement terne, en adéquation avec l’esprit de la protagoniste. Elle propose également quelques superbes envolées visuelles à l’image de ces plans sur la mousse, esthétiquement superbes. Enfin, la mise en scène lente et posée doit également beaucoup à la bande-originale de Gabe Hilfer, qui appuie cette sensation d’apesanteur, d’unicité, et de rythme lent.

      Kajillionaire est une petite confiserie délicieuse. Une aventure sociale et humaine douce/amère très réussie, qui parviendra à toucher les spectateurs réceptifs à un art de l’instant, du calme, et du décalage. Une œuvre sensible qui vaut le détour.

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