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      Critique « Colossal » de Nacho Vigalondo : Un film de monstre doux-amer

      Sorti le 27 juillet dernier en e-cinéma, Colossal avait acquis déjà bien avant sa sortie le statut d’ovni filmique farfelu et bizarroïde débarqué de nulle part. Il n’a eu de cesse d’alimenter la curiosité à travers son pitch, aussi intriguant que surréaliste, dans lequel son héroïne se découvre le pouvoir de contrôler un énorme kaiju localisé à Séoul. De cette originalité scripturale ressort un film étonnant mais non moins dénué de sérieux et de gravité, s’aventurant sur les sentiers inattendus de la métaphore et de la satire d’un monde contemporain en perdition. 

       

      A la croisée des genres

      Loin de constituer un bloc monolithique, Colossal ne se cantonne pas, à la grande surprise du spectateur, au seul genre de la science-fiction. C’est ainsi que par un montage astucieux, Vigalondo fait d’emblée se télescoper les deux échelles de grandeur qui vont baliser le film et que sont celle du monstre (qui apparaît dès la première séquence) et celle de Gloria (Anne Hathaway) vivant son propre drame. « Tu es une loque » lui balance sèchement son petit-ami faisant face à l’énième gueule de bois de sa dulcinée. Cette dernière est ainsi synthétisée et présentée comme l’archétype même de la fêtarde paumée animée par un éclatant vide existentiel qu’elle tente de noyer dans des beuveries intempestives. Las d’assister à la déchéance de sa compagne, Tim décide ainsi tout simplement de mettre Gloria à la porte, l’obligeant ainsi à reprendre en main une vie qui lui échappe totalement, tout comme les conséquences de ce lien arbitraire qu’elle se découvrira avec la créature terrorisant Séoul. Film de monstre et dramédie s’enlacent ainsi dans un mouvement de quasi-perfection, conférant une ADN unique à ce film fantasque dans lequel plusieurs tonalités se côtoient dans un ingénieux et habile jeu d’équilibriste. Peut-être pourrons-nous donc lui reprocher de se servir parfois superficiellement des genres qu’il emploie. 

      On rit donc autant que l’on peut être peiné face à cette trajectoire catastrophique. On angoisse aussi au moment où le film prend un virage tonal aussi inattendu et radical que son pitch. Gagné par une atmosphère mélancolique tantôt douce tantôt amère, le film se permet des détours ironiques astucieux. C’est ainsi que la phase de formation dans laquelle Gloria appréhende ses pouvoirs est totalement démystifiée. Ce n’est pas un film de super-héros. Gloria n’a rien d’héroïque sous le prisme du regard naturaliste de son réalisateur conférant par là une hybridité supplémentaire au film. Loin d’être une quête héroïque triomphante, Colossal se présente finalement comme la quête d’un héroïsme personnel et discret car finalement placé à une échelle profondément humaine. 

       

      Une parabole cinglante jouant sur les échelles de grandeur

      Le monstre est ainsi utilisé comme le levier permettant un retour sur soi. Son apparition est l’occasion pour Gloria d’entamer une quête initiatique pour se ressaisir, et éradiquer ce mal qui ronge sa propre vie. Les nombreux inserts sur les bouteilles de bière ne laissent planer aucun doute sur l’identité d’un de ses maux : l’alcoolisme. Le monstre acquiert ainsi une dimension supérieure et métaphorique. Son pouvoir de destruction à grande échelle est le miroir grossissant des conséquences des actes de Gloria sur sa propre vie mais il est aussi une loupe jetée sur nos rituels faussement inoffensifs. Le titre Colossal  prend ainsi tout son sens. Toutefois, Gloria n’est pas la seule piégée dans ce processus d’autodestruction. En revenant dans sa ville natale, elle y retrouve son ami d’enfance : Oscar (superbement interprété par Jason Sudeikis), qui constituera un rappel symbolique des conséquences profondes de la solitude de chacun dans cette société moderne outrancière et sur-communicante. Le film prend ainsi aussi des allures de fable et Vigalondo évite l’écueil d’une moralisation soutenue et excessive en se maintenant dans une certaine ambiguïté. Il en profite pour poser son regard lucide et désabusé sur le monde moderne. La créature est également l’occasion de poster une critique des médias et du traitement sensationnaliste de l’information. Même s’il ne renouvelle pas ce pan de réflexion de son film, il a le mérite de l’employer avec un certaine adresse. 

      Loin d’être le film bêta et goguenard auquel on aurait pu s’attendre, Colossal s’affiche au contraire comme une superbe métaphore filée qui télescope joyeusement plusieurs genres pour mieux servir sa propre réflexion. Pétri de nuances, le film affiche une belle générosité et parvient à occulter certaines maladresses et rappelle outre mesure A Monster Calls de Bayona sorti la même année dans nos contrées. Une curiosité à découvrir absolument sur e-cinéma.

      Bande-annonce Colossal 

      https://www.youtube.com/watch?v=bMpEXxGc3Uc

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