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      Minari, le voyage aux souvenirs du réalisateur américain Lee Isaac Chung

      « Minari«  a été qualifié par la plupart des critiques comme « un film sans grandes prétentions » ce qui, paradoxalement, en fera sa force. Il se laisse regarder, en toute simplicité, comme un souvenir vu à travers les yeux d’un enfant. Il est question de famille, d’entraide, de l’envie de s’intégrer et de renaître. Voyage vers des grands espaces qui vaut le détour.

      L’Histoire

      Une famille américano-coréenne déménage dans une petite ferme de l’Arkansas, à la recherche du rêve américain. Le père rêve d’avoir sa propre production de légumes coréens et à cet effet, il dépense toute son énergie et toutes ses économies dans un terrain qui s’avère être peu coopératif. Néanmoins accablés par le travail, ils décident de faire venir Soon-ja, la grand-mère maternelle. Le petit David, malade du cœur, voit cette vieille femme débarquer dans sa vie avec une culture et des habitudes d’un pays qu’il ne connaît pas.

      Réalisation et scénario : Lee Isaac Chung
      Pays d’origine États-Unis
      Genre : Drame
      Durée : 115 minutes
      Sortie 2020

      Acteurs principaux
      Steven Yeun
      Han Ye-ri
      Alan Kim
      Noel Kate Cho
      Youn Yuh-jung

      Critique

      Balade ? Chronique ? Les souvenirs du réalisateur Lee Isaac Chung sont teintés d’un regard nostalgique sur une époque de son enfance. Des grands espaces, des images limpides, lumineuses. La nature dans toute sa splendeur.  Et toute cette amplitude donne de l’oxygène à la dure réalité de ses parents.

      Sans tomber dans le mélo trop poussé, les personnages évoluent dans ce rêve américain qui peut vite tourner au cauchemar. Un arrière-goût de « les raisins de la colère » sans que l’angoisse réussisse à effacer l’innocence et la vision du monde de ce petit garçon. Bien sûr, avec une influence très forte du cinéaste américain John Ford, le film aurait pu se transformer dans une quête impitoyable, dans ce désespoir que seulement la défaillance peut engendrer.

      Mais ces pionniers coréens traversent avec dignité les épreuves, les aléas de leur situation. Comme la plante Minari (Céleri d’eau), ils ont la capacité de se développer, de grandir, dans n’importe quelle terre. Voilà le coup de Maître du réalisateur. Sa capacité de ne pas donner plus d’importance à un sujet ou un autre et de nous garder dans une atmosphère où les personnages sont aussi grandioses que les paysages.

      Film modeste ? On dira plutôt film honnête. Sans prétention ? C’est justement son humilité qui le rend énorme.

      Acteurs

      Steven Yeun en a parcouru du chemin depuis qu’il s’est fait défoncer le crâne par Negan le psychopathe (charismatique, canon, mais le vrai fils de…). Si cette scène a traumatisé tous les adeptes de The walking dead, nous avons eu depuis ce jour, tout notre temps pour le retrouver bien vivant dans des films loués par les critiques et aimés du public. Il est devenu, depuis, cet acteur dont on regarde le film juste parce qu’il se trouve dans le casting.

      De l’étonnant « I origins« , film de science-fiction où son personnage répertorie les iris de tous les êtres humains, en passant par « Okja », petit rôle dans le film écologique du grand Bong Joon-ho (Parasite). Sans oublier « Burning« , bien sûr. Cet américain d’origine sud-coréen nous montre, nous confirme, à quel point il sait se fondre avec son personnage. Le devenir. L’ambiance de Burning aurait-elle été aussi pesante et impalpable si Steven Yeun, et Yo ah in n’avaient pas porté le projet ? Inquiétant, avec son sourire désaxé, son assurance. Sa façon de se taper l’incruste, écrasant tout ce qui pourrait se mettre devant lui… Il est difficile de l’identifier au père découragé de « Minari », se dire qu’il s’agit du même acteur.

      Sa délicatesse, son humilité, son regard qui se perd dans le vaste paysage qu’il rêve de dompter. Ses espoirs, son désespoir, cette barre trop haute. Son besoin vital de se reconnaître en tant que père et mari au-dessus de toute contrainte. Ce rôle, interprété comme s’il avait été écrit spécialement pour lui, lui a valu la nomination du meilleur acteur aux Oscars.

      Les journaux ont aimé rappeler que c’était le premier américain d’origine asiatique qui a été nominé aux Oscars. Mais comme diraient les deux pépés du « Muppet Show », « Who cares ? ». Ce qui compte c’est qu’il s’agit d’un bon acteur qui nous a montré une évolution conséquente en très peu de temps.

      Quant à Mme Youn Yuh-jung, elle surprend encore et encore. Une actrice capable de disparaître derrière son personnage. Nous la redécouvrons à chaque fois : Ah oui ! C’est la dame qui jouait dans le film… Comment associer la mémé fragile de « Canola« , à la mère forte et déterminée de « Keys To The Heart » ?  Ou la garce de « The Housemaid » avec la prostituée du troisième âge, blasée et accablée de « The Bacchus Lady » ?

      Sans oublier la scène de viol de « The Taste of Money », d’abus du pouvoir sur son homme de confiance, de 40 ans son cadet et interprété par Kim Kang-Woo (très sexy, mais quand même !)… Comment peut-on comparer cette affreuse araignée noire avec la grand-mère du petit David ? Fragile et forte en même temps. Adorable, malgré une façon très crue de s’exprimer, et débordante de ce savoir de son pays d’origine.

      Ce rôle de grand-mère venue d’une autre planète lui a valu, pas seulement l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, mais aussi que Wikipedia lui attribue « Minari » comme « films connus ». Si nous la connaissons, si nous avons vu la plupart de ses films, cette petite étiquette « Films connus : Minari » en dessous de sa photo nous fera sourire. Ou nous taper la tête contre un mur. À nous de voir.

      A-t-il fallu qu’elle se trouve devant les caméras américaines pour qu’elle soit connue du monde entier ? Pour vous, passionnés du cinéma, il est impossible qu’une actrice à la hauteur d’Elizabeth Taylor ou Audrey Hepburn vous soit passée sous le nez. Si c’est le cas, nous vous invitons à combler très vite cette lacune, vous ne serez que fortement surpris par sa prestance et sa performance.

      Han Ye-ri apporte une touche à Minari qu’on pourrait presque qualifier de caresse. Elle est la beauté des grands espaces. Elle est aussi la mère qui n’arrive pas à lâcher prise, qui se fait du souci. Et qui regarde son mari s’enfoncer, sa mère tomber malade, tous leurs espoirs partir en fumée. Mais le charisme de l’actrice, la tendresse avec laquelle elle interprète son rôle, nous marquent par sa bienveillance. Et, plutôt que de nous faire pleurer, elle nous donnera envie de l’accompagner. De mettre notre main sur son épaule.

      Et bien sûr, pour finir un grand salut à la performance des enfants.

      Cérémonie des Oscars

      Comme son personnage dans « Minari‘, Youn Yuh-jung n’a pas l’air d’être quelqu’un qui mâche ses mots. Pour preuve, dans une interview, Lee Isaac Chung s’exprimait sur la controverse des Golden Globes, où « Minari‘ a été nominé dans la catégorie « Film en langue étrangère » malgré son casting américain et son scénariste/réalisateur américain. « C’est très fatigant pour beaucoup d’entre nous d’être appelés étrangers, même si nous sommes nés ici et que nous parlons anglais. Cet élément devient épuisant »

      Au cours de son speech lors de la cérémonie des Oscars, Youn Yuh-jung disait qu’elle ne croyait pas aux compétitions. « Comment puis-je gagner face à Glenn Close ? Nous avons toutes joué des rôles différents dans des films différents. Comment peut-on concourir les unes avec les autres ? Si je suis ici c’est parce que j’ai eu un peu plus de chance. J’ai plus de chance que vous (Rires du public). Peut-être qu’il s’agit de l’hospitalité américaine envers les Coréens ? »

      Fait-elle allusion aux nouvelles règles des Oscars qui entreront en vigueur en 2024 ? «  Voici les conditions pour que le film soit éligible.

      • Un des acteurs principaux ou l’un des acteurs secondaires importants doit appartenir à un groupe racial ou ethnique sous-représenté.
      •  30 % du casting général doit être issu d’un groupe social sous-représenté (femme, LGBTQ, un groupe racial ou ethnique sous-représenté ou des personnes handicapées cognitives ou physiques)
      • Que le scénario se concentre sur un groupe sous-représenté. Derrière l’écran, le film doit permettre l’accès à des formations ou accueillir plus de femmes ou personnes de couleur dans ses équipes. » (Source) .

      A-t-elle dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas ? Il est évident que sa place on se poserait la même question : Ai-je reçu l’Oscar grâce à ma performance ou tout simplement pour montrer au monde à quel point les Américains ne sont pas racistes ? Elle finit en disant qu’elle n’en est pas sûre. Toute personne avisée non plus.

      Comme d’habitude, le cinéma asiatique donne cette impression qu’il ne se passe rien. Que nous sommes dans le contemplatif. Ou dans le déjà-vu, ou dans un monde qui, par ses codes, ne nous atteint pas. Mais, faites attention, la profondeur de ce film, sa phénoménale sincérité, ne pourront que vous conquérir même si c’est à votre insu.

      Récompenses

      Festival du film de Sundance 2020 :
      Grand prix du jury
      Prix du public
      Golden Globes 2021 : Meilleur film en langue étrangère
      Oscars 2021 : Meilleure actrice dans un second rôle pour Youn Yuh-jung

      Nominations

      Oscars 2021 :
      Meilleur film
      Meilleur réalisateur
      Meilleur acteur pour Steven Yeun
      Meilleur scénario original
      Meilleure musique de film

       

       

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