Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique, la toile se referme

Critique du film de Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist

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Affiche du film

Alors que les réseaux sociaux sont devenus partie intégrante de notre quotidien, nous avons pris des habitudes, en conséquence, pour le meilleur comme pour le pire. Le cyberharcèlement est un véritable problème omniprésent dans le monde actuel et les réalisatrices du documentaire Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique ont voulu montrer la violence faite à l’égard des femmes en ligne. A travers plusieurs portraits, plusieurs histoires de femmes victimes dans le monde entier, elles vont nous faire entrer dans cet étouffoir de terreur.

La violence en pleine face

Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique ne veut rien cacher à son spectateur. Le film nous embarque dans l’enfer qu’ont vécu ces femmes avec une mise en scène qui se sert de l’accumulation de haine propre au harcèlement pour rendre sa mise en scène tantôt angoissante tantôt poignante. Parfois même, on emprunte des codes sonores au film d’horreur, de quoi frissonner à de multiples reprises. On nous parle de l’importance de mots qu’on entend constamment sans se rendre compte de leur violence par un prisme émotionnel et scientifique. Ce film tire sur la corde sensible et crée un sentiment viscéral de dégoût, d’injustice envers ces situations et la misogynie normalisée du langage comme des réseaux sociaux ; mais aussi un sentiment d’espoir qui donne l’impression que le combat ne cessera jamais et que la parole se libère pour le mieux. La violence du documentaire, au cœur même de son sujet, est parfaitement mise en scène et sert son propos comme il le faut.

Parole plurale

Ce que Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique réussit, c’est aussi la diversité de ses témoignages. On voyage à travers le monde et on rencontre différents portraits, différentes situations qui ont toutes en commun cette violence terrifiante. D’un groupe d’étudiantes québécoises harcelées par un homme qui crée des faux profils à l’ancienne présidente de la Chambre des députés italienne en passant par la YouTubeuse parisienne Marion Séclin, la violence du cyberharcèlement est étudiée sous tous les prismes. On touche aussi au racisme et aux idéologies extrêmes quand on suit le parcours de la représentante du Vermont Kiah Morris, seule femme noire de sa circonscription. Cette pluralité est cruciale pour faire passer le message : tout le monde peut être victime de misogynie en ligne et de cyberharcèlement, certains comportements horrifiants sont normalisés. A travers ces cas extrêmes, ces femmes pour qui tout a changé du jour au lendemain (personnalité publique ou non), on touche à un point sensible de la société d’aujourd’hui.

D’utilité publique

Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique est un documentaire très important qui fait de son approche socio-éducative une force. On montre la violence telle quelle certes, mais on ne veut pas qu’alarmer : on veut avant tout éduquer. Parmi les intervenantes du film, on retrouve plusieurs professeures d’Université en linguistique, cyberculture et datafication entre autres. A travers celles qui ont vécu l’enfer, on fait de la prévention. Une partie du film se concentre d’ailleurs sur le témoignage d’un père qui a perdu sa fille adolescente qui s’est suicidée après des mois et des mois de cyberharcèlement, une vidéo de son agression sexuelle ayant fuité sur le net. Il fait le tour des écoles Américaines pour faire cette prévention avec un message bienveillant malgré toute la souffrance qu’il a subie. La transmission, c’est aussi ce que fait ce documentaire. Il montre la réalité presque dystopique de femmes qui subissent ces agressions en ligne et il est un véritable objet d’éducation pour toute génération.

Je vous Salue Salope : La Misogynie au Temps du Numérique est un film poignant, important. Un voyage à travers le monde pour mettre en lumière des victimes qui ne cesseront jamais leur combat. Un film qui éduquera adultes et adolescents. 

En salles le 4 octobre