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      Bluebird, polar élégant à la narration coutumière

      Prévu à l’aube de 2021, le très attendu Sons of Philadelphia, présenté en sélection officielle au Festival de Deauville, sortira dans nos salles à leur réouverture. Ces dernières années, le jeune réalisateur français Jérémie Guez n’aura cessé de gravir les échelons et prendre sa place dans le paysage cinématographique français et international. Le cinéaste aura commencé à faire ses marques en tant qu’auteur de romans policiers, il ira même jusqu’à vendre les droits d’adaptation de certaines de ses œuvres pour le cinéma français. Durant la décennie 2010, Jérémie Guez écrira de nombreux scénarios à succès crédité en tant que co-scénariste du populaire Yves Saint Laurent de Jalil Lespert en 2014 ou encore du très remarqué La Nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher en 2018.

      C’est durant cette même année que sera présenté son premier film, Bluebird, au South by Southwest Film Festival à Austin. D’abord prévu en salles, le film sera finalement diffusé en VOD. Fournissant toujours un travail exemplaire, The Jokers éditera le film en Blu-ray et DVD. Bluebird est désormais disponible partout.

      Un casting soigné et remarquable

      Bluebird / The Jokers Film, Cheyenne 2017 ©

      Bluebird c’est l’adaptation de L’homme de plonge de Dannie M. Martin connu pour avoir relaté le monde carcéral américain à travers des articles dans le San Francisco Chronicle. A Bluebird in My Heart, de son titre original, prend place en Belgique et nous plonge dans la peau de Danny, un prisonnier en liberté conditionnelle qui va se prendre d’affection pour son hébergeuse et mère d’une jeune adolescente atypique en proie au doute et à la solitude qui traversera une épreuve difficile et humiliante, ce qui aura comme effet de réveiller le mal chez cet ex-détenu.

      Avant toute chose, Bluebird brille par un casting impeccable et mémorable. C’est le cinéaste lui-même qui aura l’idée d’aller chercher Roland Møller pour le rôle-titre du film. Un second-couteau danois au charisme singulier aperçu notamment dans Atomic Blonde ou Papillon. Celui-ci livre une performance saillante sous la direction de Jérémie Guez. Le cinéaste s’entoure également d’actrices surprenantes avec Veerle Baetens, formidable dans Alabama Monroe de Felix Van Groeningen, et la prolifique Lubna Azabal, auteure d’une performance mésestimée et renversante dans Incendies de Denis Villeneuve, qu’on regrettera être sous-exploitée ici. Mais le premier film du cinéaste se révèle être surtout une parfaite introduction pour la jeune Lola Le Hann qui, à la manière du réalisateur, porte en elle de nombreuses promesses.

      Une esthétique forte malgré une narration convenue

      Bluebird / The Jokers Film, Cheyenne 2017 ©

      Subséquemment, l’esthétique de Bluebird est particulièrement réussie. Dès la scène d’ouverture, et ce pendant une bonne partie du métrage, on se surprend à être plongé dans une mise en scène stylisée, contemplative et thématique aidé par un travail photographique, délivré par Dimitri Karakatsanis, délicat et généreux oscillant entre des tons et des couleurs multiples et singulières pour explorer des ambiances bien caractéristiques au service des interprètes. On retiendra un habillage sonore et une bande originale tout aussi travaillée par Séverin Favriau ayant travaillé sur bon nombre de longs-métrages ambitieux et captivants à l’instar d’Une prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire ou de Grave de Julia Ducournau.

      Jérémie Guez nous livre un travail surprenant de maîtrise pour un premier film notamment sur le plan technique et organique jouant avec la matière et les textures des corps, des éléments et des environnements pour nous plonger dans la psychologie des personnages. Le cinéaste réussit tout particulièrement à faire vivre les moments-clés de son film durant le déroulement de son récit. On restera notamment marqué par la scène de la douche dans ce qu’elle dégage de par son humanité et sa sensibilité. Ces temps forts seront appréciables bien loin des habitudes du polar noir, malgré les répétitions et les pièges du genre que le cinéaste ne parvient pas toujours à éviter, son schéma narratif restant assez simpliste. En effet, on déplorera notamment un dénouement expéditif et des répétitions au carrefour d’une évolution vers le genre assez mal fignolée, souvent schématique tenant plus du récital, malgré l’envie de contourner la structure et les thématiques du revenge movie.

      Bluebird reste tout de même une belle proposition stylistique et thématique malgré son scénario inégal. Un réalisateur prometteur dont on a hâte de découvrir la suite de la carrière dès la réouverture des cinémas. Pour le moment, Bluebird est disponible en VOD et sur support physique pour tous les amateurs du genre.

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