Critique « Sorry we missed you » de Ken Loach : retour sur ce drame poignant

Le 23 octobre dernier, le cinéaste Ken Loach sortait son dernier film en date : Sorry we missed you. Encore une épopée sociale passionnante auprès d’une famille anglaise, issue d’une classe sociale prolétaire qui peine à gagner sa vie.

Le père, Ricky, est chauffeur-livreur à son compte. La mère, Abby, est aide à domicile pour les personnes âgées. Le fils, Seb, a des difficultés à l’école. Et au milieu de tout ça il y a la petite Liza, qui voit son quotidien bouleversé. Si on en parle, c’est parce que Sorry we missed you vient de sortir en DVD et que vous n’avez plus aucune excuse pour le rater.

Un film terriblement poignant

Une fois de plus, Ken Loach, cinéaste anglais de 83 ans, est de retour à ce qu’il sait faire : un film social. Alors qu’il avait gagné la palme d’Or avec Moi, Daniel Blake, son précédent film, Sorry we missed you a été boudé par les festivals. Pourtant, c’est un uppercut alarmiste sur les conditions de vie des travailleurs anglais. Ken Loach s’approche au plus près de cette famille qui survit comme elle peut, face aux dettes, aux patrons exigeants, au rythme de vie incessant. Avec une mise en scène très réaliste, proche du documentaire, il veut capter l’essence de cette catégorie sociale. Il n’hésite pas à jouer avec les clichés, qu’il manie avec tact et efficacité.

Critique "Sorry we missed you" de Ken Loach : retour sur ce drame poignant

Parce-que Sorry we missed you aurait facilement pu tomber dans le pathos et l’accumulation dégoulinante de clichés. Mais entre les mains du cinéaste, le long-métrage est toujours d’une justesse impeccable. Jamais il ne tombe dans la facilité. Il avance comme un funambule entre poncifs et authenticité, retombant toujours du bon côté de la ligne. En 1h40, il dresse le portrait touchant de cette famille avec beaucoup de sincérité. C’est certainement le mot d’ordre de ce film. Que ce soit le sujet, les personnages, les acteurs ou le message de son récit, tout respire la sincérité à l’état brut. Et c’est ce qui fonctionne totalement dans Sorry we missed you : la proximité avec le public. Grâce à l’écriture de ses personnages et l’interprétation toujours subtile des acteurs, le long-métrage est d’un réalisme saisissant et confronte le public à une réalité sociale toujours plus violente. L’assistance pourrait carrément être à la place des protagonistes et elle le sait.

Un cri d’alarme déroutant

Sorry we missed you remplit totalement sa fonction : dénoncer et sonner l’alarme. Le cinéaste dresse le portrait d’une Angleterre qui est en train d’agoniser. Il met en exergue cette caste sociale volontaire, travailleuse, mais sans diplôme, délaissée par l’Etat. Il met en lumière cette famille type, qui meurt à petit feu et qui, malgré tous ses efforts, continue de se noyer plus profondément. Le cinéaste le fait avec clairvoyance, sans stigmatiser, simplement en faisant l’étalage de cette réalité préoccupante. Il parle d’une Angleterre en décrépitude, de quartiers laissés pour compte, d’un système d’emploi précaire, etc…

Critique "Sorry we missed you" de Ken Loach : retour sur ce drame poignant

C’est aussi une histoire d’entraide, de soutien, de cette famille qui se sert les coudes face aux problèmes toujours plus nombreux. Comme souvent, il prône l’entraide, la solidarité face aux difficultés. C’est également une critique acerbe de l’uberisation de notre société. Une accusation contre ces grosses entreprises cherchant avant tout le profit. Le constat d’une société capitaliste qui n’œuvre pas dans le sens du respect et de la protection de ses travailleurs, préférant conserver ses acquis patronaux. Bref, avec Sorry we missed you, Ken Loach communique une parole nécessaire, toujours bien dosée.

Avec ce drame social tout simplement incroyable, Ken Loach parvient à offrir un long-métrage tout aussi juste que Moi, Daniel Blake. Son nouvel opus évite tout pathos, grâce à une sincérité débordante. Une claque !

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