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      [CRITIQUE] Beira-Mar: L’âge des premières fois

       

      Beira-Mar, un long-métrage brésilien de Filipe Matzembacher et Marcio Reolon, explore le thème du passage à l’âge adulte chez deux adolescents. S’il ne manque pas d’être expérimental, le film déçoit cruellement. Sortie le 17 février 2016.

       

      Le Brésil en hiver

      Dans Beira-Mar (« Bord de mer), la mer est visuellement absente. Mais par un montage son particulier, elle est aussi omniprésente, accompagnée de son lot de symboles plus ou moins éculés. Ce bord de mer brésilien, très loin du cliché des plages brésiliennes, parce qu’hivernal, brumeux et sans joie, devient le terrain de jeu de deux amis d’enfance : Martin et Tomaz. Le second accompagnant le premier rencontrer la famille de son père.

      Entre 15 et 18 ans, les deux meilleurs amis s’ennuient, et jouent au concours de celui qui fumera le plus de clopes. À l’écart du monde (à l’extrême sud du Brésil), et à force de ne rien faire, ces deux adolescents à la complicité étrange vont vivre ce que tout bon film d’auteur comporte : une quête identitaire et sexuelle.

      Martin (premier-plan) et Tomaz
      Martin (premier-plan) et Tomaz s’ennuient ferme

       L’intime avant l’histoire

      Pour Marcio Reolon et Filipe Matzembacher, l’enjeu est de taille. Réaliser un film dont le but est de dévoiler des personnalités cryptées en se servant uniquement de la de l’ambiance et de la mise en scène. Il y a en effet un refus de la ligne narrative, puisqu’il ne se passe rien. L’intime est privilégié au scénario, tout devant se décanter en sous-lecture. Mais à force de tout taire, Beira-Mar ne raconte rien.

      L’attirance homosexuelle des deux protagonistes est dès le début manifeste, amenée par quelques idées de mise en scène très gênantes : une fausse bagarre dans un square en guise de rapprochement physique ; une séance de gaming frénétique mimant la double masturbation. La caméra, qui semble ne jamais quitter l’épaule de son réalisateur, refuse à son tour toute contextualisation : Tomaz et Martin ne sont pas quittés d’une semelle, et annihilent les décors. A chacune de leur gêne, elle se trouble, prouvant que seule leur vision compte.

      On sent la volonté louable de la part des réalisateurs d’exprimer sans pudeur des destins leur étant extrêmement personnels. Mais les plans rapprochés, les dialogues minimalistes, et les micros événements narratifs ne suffisent pas à faire rentrer le spectateur dans l’âme du film. Malgré la grande douceur du traitement, il manque de la poésie ou de la grâce. On note cependant la composition exceptionnelle des acteurs principaux, d’une maturité rare. Mauricio Jose Barcellos (sosie masculin de Chloé Grace Morretz) qui interprète Tomaz rappellera notamment La Vie d’Adèle avec ses cheveux teints en bleu.

      beira mar affiche

      On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

      Un énième film où l’on explore l’initiation homosexuelle par du gris et du pâlot, du pluvieux et du taiseux, somme toute, du chiant. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » écrivait Arthur Rimbaud au même âge. Alors que l’adolescence devrait être une fête, surtout pour deux enfants qui ont une liberté totale dans une maison au bord de la mer, c’est deux là se confondent avec le sujet politique du film : trop sérieux*.

      Dans un dernier poncif, l’un des jeunes hommes va se jeter post-coïtum dans la mer, que l’on aperçoit enfin.

      « Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
      Toute lune est atroce et tout soleil amer :
      L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
      Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! »

       

      [*Les deux réalisateurs expliquant en interview qu’ils avaient voulu réagir au statut extrêmement conservateur du Brésil vis à vis de la cause LGBT.]

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