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      Critique « Apnée » de Jean-Christophe Meurisse : un road movie déjanté et spirituel

      Présenté cette année lors de la Semaine de la critique à Cannes, Apnée est le premier film réalisé par Jean-Christophe Meurisse, metteur en scène de la troupe des Chiens de Navarre. Il nous présente une œuvre ancrée dans les années 2015-2016, centrée autour de ses protagonistes, un trouple (ménage à trois) désireux de se marier. Surprenant et très prometteur.

      À la recherche du bonheur
      Apnée trouple

      Apnée est un film qui parle de notre époque. Un film sans scénario, basé sur un séquencier, qui n’est pas fondé sur le narratif mais construit autour des personnages, des « figures » préfère dire Céline Fuhrer, l’actrice principale. Et elle a raison : ces trois personnes n’ont, à notre connaissance, ni passé, ni antécédents. Elles sont simplement là, elles évoluent au présent. « Le futur est mort, le présent est l’éternité. » assène l’un d’entre eux.

      Ils pourraient être tout le monde et n’importe qui. Car c’est ce qu’ils veulent être, comme tout le monde. Ou non attendez, peut-être pas. En fait ils ne savent pas très bien. Ils veulent juste être heureux. Faut-il être comme tout le monde pour être heureux ? Mener une vie « normale » ? Qu’est-ce que le bonheur ? Autant de questions que le trio se pose, sans y apporter de réponses. Ces marginaux sans l’être cherchent leur place dans la société. La psychologie n’a pas sa place dans le film : ces individus faussement naïfs vivent au présent et questionnent le réel. Ils remettent tout en question. Agaçants parfois, toujours drôles, ils gagnent notre bienveillance. Les acteurs, pour la plupart membres des Chiens de Navarre, sont étonnants : sans dialogues, ils ont dû improviser leurs scènes, certaines ayant été plus encadrées que d’autres. Cela confère au film une spontanéité et une fraîcheur des plus agréables.

      Une comédie barge mais pleine d’esprit 

      Apnée

      L’humour est omniprésent, y compris quand il s’agit d’évoquer des sujets violents, tristes ou polémiques. Le film évoque des sujets divers qui nous touchent plus ou moins, comme la famille, le couple, le rapport aux institutions ou encore le montant d’un loyer à Paris. C’est un constat du monde qu’il veut donner, la plupart du temps sans porter de jugement. Des pistes de réflexion nous sont offertes, libres d’interprétation. Nos zygomatiques travaillent beaucoup. Le film joue sur les codes, poussant les scènes jusqu’à l’absurde, et on en redemande. Le réalisateur n’a peur de rien : libérer le Christ, placer une autruche dans un supermarché, coller l’invité d’une soirée au plafond…

      Certaines scénettes auraient toutefois gagné à être raccourcies ou condensées, car la dynamique s’essouffle quelque peu vers la fin. Néanmoins, la très belle mise en scène (comme lors de la sublime séquence de patin à glace), la poésie qui s’en dégage et le talent de ses acteurs compensent cette baisse de rythme. La bande son est bien choisie. Entre titres universels et musiques de notre époque, celle-ci orchestre parfaitement les différentes scènes. Mention spéciale à la tonitruante scène d’ouverture sur fond de Vivaldi.

      Malgré les petits défauts d’un premier film, l’œuvre de Jean-Christophe Meurisse est un bonbon vitaminé et rafraîchissant. Burlesque, déjantée et libre… Apnée est une très belle surprise que l’on ne peut que vous conseiller d’aller découvrir.

      Merci à la Ferme du Buisson pour son accueil et l’organisation de cette rencontre.

       

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