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      Césars 2018 : retour sur les nominations et les pronostics de la rédaction (3/3)

      Plus que quelques heures avant l’annonce des résultats officiels qui récompenseront une année 2017 très prolifique. 4509 votants, toutes et tous professionnels du milieu, rendront leur ultime verdict ce soir. Dernier segment des pronostics de la rédaction Just Focus qui revient sur les récompenses pour la genèse des films, les premiers rôles, la réalisation et le film de l’année !! 

       

      ADAPTATION

      • Albert Dupontel & Pierre Lemaître pour Au Revoir Là-Haut
      • Xavier Beauvois, Frédérique Moreau et Marie-Julie Maille pour Les Gardiennes
      • Grand Corps Malade & Fadette Drouard pour Patients
      • Eric Barbier & Marie Eynard pour La Promesse de l’Aube
      • Michel Hazanavicius pour Le Redoutable

      Cette catégorie, bien différente de la suivante, est complètement subjective car l’adaptation d’une oeuvre existante revient à la voir sous un point de vue différent et personnel. La tâche est très ardue de faire tenir un long roman de plusieurs centaines de pages en un scénario concis qui parle et marche cinématographiquement. Il est très commun de voir nommés conjointement le réalisateur et l’auteur de l’histoire comme un relais qui se transmet. Le premier duo cité ne déroge pas à la coutume. Ensemble ils ont retravaillé le roman éponyme de Pierre Lemaître afin d’en tisser une intrigue plus simple qui marche mieux au cinéma. Une nouvelle fin, des intrigues secondaires qui disparaissent et un contexte historique de départ nouveau. Avec Au Revoir Là-Haut, Dupontel et Lemaître ont réellement adapté l’énorme roman de Lemaître (600 pages) en un film de cinéma qui possède sa propre identité.

      Le travail de réécriture est moins impressionnant mais tout aussi efficace avec Patients, écrit par son auteur (Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade) et Fadette Drouard. Le film est tiré du roman autobiographique éponyme du chanteur qui raconte son combat pour retrouver l’usage de ses membres après un plongeon raté. La mise en image de ce récit poignant met un point d’honneur à parler du handicap sur un ton léger, au travers d’interprètes géniaux de spontanéité, sans strass ni paillettes. On insiste sur les tâches quotidiennes et la vie sociale du centre est romancée. Une belle claque prise cette année ! Dans un registre plus classique, le best-seller de Romain Gary est adapté une nouvelle fois après le film de Jules Dassin en 1971. Une retranscription fidèle surtout portée par deux acteurs fantastiques. Le trio de scénaristes des Gardiennes a axé son récit sur la vie des femmes à cette époque. En effet, le roman éponyme d’Ernest Pérochon qui date de 1924, traitait de l’ensemble des habitants et couvrait plusieurs années. Chose plus complexe au cinéma quand il y a des enfants qui grandissent. Leur pari s’est avéré très judicieux puisqu’il donne la parole aux femmes pendant la guerre et leur histoire est plus qu’intéressante. Pour finir, Michel Hazanavicius s’est chargé personnellement d’adapter Un An Après d’Anne Wiazemsky, jouée par Stacy Martin. Une approche très drôle et cynique des souvenirs de la relation amoureuse que l’auteure a eu avec Jean-Luc Godard.     

       

      SCÉNARIO ORIGINAL

      • Mathieu Amalric & Phillipe Di Folco pour Barbara
      • Julia Ducournau pour Grave
      • Robin Campillo pour 120 Battements par Minute
      • Claude Le Pape & Hubert Charuel pour Petit Paysan
      • Eric Toledano & Olivier Nakache pour Le Sens de la Fête

      L’usine à idées française est encore une fois très riche et variée. Le Sens de la Fête est la seule « comédie » citée. Elle rapporte à son duo de géniteurs une seconde nomination après Intouchables en 2012. Les comédies ont souvent moins la côte parmi les votants. Ce qui est clair c’est que leur film parle à beaucoup de monde et la folle bande qu’ils mettent en scène est à tomber par terre. Amalric et Di Folco partent d’un roman de Jacques Tournier et construisent une histoire sur les femmes, le cinéma et les rapports humains. A la fois documentaire, à la fois romanesque, Barbara est un joli mélange assez original (et à l’esthétique pointue). Amalric obtient une seconde nomination personnelle pour l’écriture après Tournée en 2011. Dans un registre plus grave, 120 Battements par Minute est une histoire forte et surtout très (trop) réelle. Le scénario dur mais vécu en partie par Robin Campillo mêle adroitement des séquences très différentes et fortes sur le plan émotionnel. Une intrigue pesante et sans longueur.

      Les deux films restants se distinguent des autres car ils sont les premiers longs-métrages écrits et portés à l’écran par leurs auteurs. Une belle récompense déjà pour deux talents (ex-FEMIS) qui apportent du renouveau à un genre pour l’une et une thématique pour l’autre. Petit Paysan met à terre une majorité des œuvres précédentes sur le monde agricole car son héros est jeune. C’est tout bête mais ça marche. Il a l’électricité, l’eau courante et même Internet ! Une manière pour le spectateur de s’identifier qui n’est pas qu’une béquille car ce film parle de choses réellement vécues par le réalisateur/scénariste. Des scènes extrêmement bien documentées et la vie quotidienne d’un éleveur de vaches mise en image de manière simple et touchante. Il ne tombe jamais dans le cliché parce que la réalité est bien différente ce ce qu’on a l’habitude de voir sur nos écrans. Une très belle réussite. Notre énorme coup de cœur (déjà maintes fois avoué) reste sans conteste Grave. Voir un film d’horreur nommé tenait déjà de l’ordre du miracle mais quand on voit l’histoire on comprend tout de suite. Des personnages drôles et terriblement diaboliques. Un traitement soigné de l’adolescence également. Tout y est dans ce petit bijou. Le scénario vraiment original dans le premier sens du terme, on n’en voit des pareils pas tous les jours et on reste ébahis par la plume marquée de Julia Ducournau.  

       

      PREMIER RÔLE MASCULIN

      • Swann Arlaud dans Petit Paysan
      • Daniel Auteuil dans Le Brio
      • Jean-Pierre Bacri dans Le Sens de la Fête
      • Guillaume Canet dans Rock’n Roll
      • Albert Dupontel dans Au Revoir Là-Haut
      • Louis Garrel dans Le Redoutable
      • Reda Kateb dans Django

      Beaucoup de nommés et seulement un appelé ! Le dicton prend tout son sens dans cette liste qui fourmille de talents d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Daniel Auteuil est le grand nabab du panel, lui qui totalise treize nominations et deux Césars. Comme d’habitude, il fait le job et son interprétation d’un prof de droit cynique et friand de provocation peut rappeler le rôle de J.K Simmons dans Whiplash dans la forme du personnage. Jean-Pierre Bacri est égal à lui même, avec une bouleversante touche sentimentale qui charme rapidement le spectateur. On le soutient dès le départ et c’est un bon signe pour un personnage. Il est Max, un organisateur de mariage qui doit gérer entre une cérémonie forcément catastrophique et une histoire de cœur personnelle qui va mal. Un rôle qui lui vaut une sixième nomination, peut être enfin la bonne. En restant sur les acteurs à leur niveau passons à Au Revoir Là-Haut. La performance d’Albert Dupontel est récompensée par une quatrième nomination dans cette catégorie. L’acteur/réalisateur ne devait pas incarner Albert Maillard mais suite à un empêchement de Bouli Lanners, pressenti depuis le début, il a du endosser le rôle principal. Il est très bon mais a du mal à sortir vraiment du lot.

      Guillaume Canet est génial de spontanéité dans son propre rôle où la crise de la quarantaine est le point de départ d’une comédie explosive. On a adoré le voir faire preuve d’auto-dérision. Un rôle toutefois qui peut peser léger face à Reda Kateb en Django Reinhardt, convaincant et fuyant les répressions des manouches et tziganes pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce sont les primo nommés restants qui ont suscité le plus d’engouement de notre part. Swann Arlaud est bouleversant quand il incarne un paysan trentenaire, célibataire, harcelé par des parents inquiets et qui doit sauver son troupeau d’une maladie inconnue. L’acteur a d’ailleurs vécu son rôle à 100% puisqu’il a tourné dans la ferme des parents du réalisateur et s’est immergé pendant plusieurs semaines dans le quotidien harassant d’un paysan fermier. Notre vote revient à Louis Garrel pour son interprétation drôle et cynique du Jean-Luc Godard d’Hazanavicius. En dehors de sa dyslalie charmante, surtout quand il s’énerve, sa performance nous fait rire et vivre à 100% sa quête personnelle qui l’entraîne petit à petit dans une solitude destructrice. Un rôle propice à récompense sur le papier et qui tient toutes ses promesses à l’écran !  

       

      PREMIER RÔLE FEMININ

      • Jeanne Balibar dans Barbara
      • Juliette Binoche dans Un Beau Soleil Intérieur
      • Emmanuelle Devos dans Numéro Une
      • Marina Foïs dans L’Atelier
      • Charlotte Gainsbourg dans La Promesse de l’Aube
      • Doria Tillier dans M. et Mme Adelman
      • Karin Viard dans Jalouse

      Les muses du cinéma français sont mises à l’honneur encore cette année. En tête de wagon, on retrouve la sublime Juliette Binoche qui glane une dixième nomination ! Elle qui l’avait déjà remporté en 1994 pour Trois Couleurs : Bleu de Krzysztof Kieslowski peut nourrir une chance de remporter un deuxième trophée personnel. L’occasion peut-être d’entrer dans le cercle très fermé des actrices au moins deux fois lauréate. Dans Un Beau Soleil Intérieur elle incarne une femme qui cherche éperdument l’amour pour donner un sens à sa vie. L’occasion pour Claire Denis, la réalisatrice, de s’attarder un instant sur ces femmes de quarante/cinquante ans qui n’ont toujours pas trouvé le vrai amour. Dans la même thématique sentimentale, Doria Tillier n’a pas à rougir de sa première nomination. Elle est spontanée, naturelle et très à l’aise dans le rôle qu’elle a co-écrit avec son compagnon et réalisateur qui lui donne la réplique, Nicolas Bedos. La proximité du personnage et de l’actrice pourra être un frein à une récompense.

      Charlotte Gainsbourg, qui a récemment reçu la Victoire de la Musique de l’artiste féminine de l’année, enregistre une cinquième nomination. L’actrice et chanteuse, toujours à la conquête d’un César dans cette catégorie (elle est lauréate de l’espoir et second rôle féminin), « tient la barraque » dans l’adaptation du roman de Romain Gary. Endossant le rôle de la mère très juive et à l’amour envahissant de l’écrivain, son accent à couper au couteau est charmant. Une performance correcte qui s’apprécie. Pour sa quatrième nomination, Marina Foïs est intrigante dans L’Atelier où elle joue une romancière qui dirige un atelier d’écriture dans le sud de la France. Sa confrontation avec des jeunes un peu paumés, sans confiance en eux, est majeure. Un film qui célèbre la patience, l’écoute de jeunes et futurs plumes dont l’avenir est bien souvent entravé par leur manque de confiance. Une bouffée d’espoir. Numéro Une et Jalouse sont à rapprocher d’Un Beau Soleil Intérieur dans l’universalité de leur propos. Karin Viard est pétillante, juste et tendre dans son film où elle incarne une prof divorcée qui commence à sombrer dans la jalousie maladive. Une cinquième nomination pour ce rôle très humain et sincère qu’elle dirige avec aisance. Un personnage de femme au bord de la crise de nerfs auquel de nombreuses spectatrices peuvent s’identifier. Deuxième César après Haut les Cœurs !? Universalité également pour Emmanuelle Devos. Numéro Une demeure toutefois une pure fiction : une femme qui dirige une entreprise du CAC 40. Triste constat mais l’interprétation de ce rôle (sans comparatif existant….) par Emmanuelle Devos est parfaite ! L’actrice, trois fois nommée et lauréate pour Sur Mes Lèvres, nous offre une prestation tout en nuance. Le film de Tonie Marshall ne laisse aucun détail au hasard. On vit avec elle chaque étape de cette magnifique tâche qui lui est confiée dans son intimité. Le sujet est traité dans toute son intégralité avec ses doutes et ses réussites. C’est également un film qui met en scène une femme forte, incarnée par une actrice passionnée.

      Notre jury a cependant été transporté par la prestation de Jeanne Balibar. Nous en avons souvent parlé dans ces pronostics car la métamorphose de « Balibarbara » est stupéfiante. Des rôles souvent complexes à aborder avant, pendant et après le tournage. On se rappelle des séquelles de Marion Cotillard au sortir de son personnage d’Edith Piaf dans La Môme. Jeanne Balibar, sûrement inconnue pour les jeunes générations dont nous rédacteurs faisons partie, crève l’écran. Elle est mise en valeur et soutenue par un artiste passionné et amoureux du cinéma. Épaules de techniciens talentueux, le duo nous a servi une oeuvre marquante.     

       

      REALISATION

      • Mathieu Amalric pour Barbara
      • Robin Campillo pour 120 Battements par Minute
      • Hubert Charuel pour Petit Paysan
      • Julia Ducournau pour Grave
      • Albert Dupontel pour Au Revoir Là-Haut
      • Michel Hazanavicius pour Le Redoutable
      • Eric Toledano & Olivier Nakache pour Le Sens de la Fête

      Depuis l’an dernier, il devient impossible de cumuler le César de la Réalisation et celui du film de l’année. Une chance de plus pour Julia Ducournau, l’unique représentante de la gent féminine. Elle devient la dix-huitième femme nommée dans cette catégorie (dont l’unique lauréate reste Tonie Marshall pour Vénus Beauté (Institut) en 2000). Car la compétition est rude ! La réalisation est un terme qui englobe tellement d’aspects qu’il est impossible de revenir sur tous pour chaque nommé en détail. Nous nous intéresserons à la direction d’acteur, à la composition des cadres, et la mise en scène. L’audace, la prise de risque et l’originalité sont des paramètres très déterminants également.  

      Albert Dupontel honore une deuxième nomination dans cette catégorie (trois si l’on compte celle du Premier Film en 1997 pour le génialement décalé Bernie). On connaît sa maitrise de la mise en scène et il l’a clairement démontrée dans l’adaptation du roman de Pierre Lemaitre. Des plans assez osés, une direction artistique soignée et étincelante. Robin Campillo, l’homme multi tâche et passionné qui avait ému la Croisette (et était reparti avec un Grand Prix plus que mérité), aura également sa carte à jouer. Deuxième nomination pour la réalisation après Eastern Boys en 2015, on retiendra avant tout les scènes d’AG de son film, leçons de mise en scène. Il dirige des acteurs novices d’une main de maître et son approche d’un sujet grave et contemporain est un pur délice. Michel Hazanavicius, président du Jury à Deauville en septembre dernier, peut espérer décrocher un deuxième prix après The Artist en 2012. On regrettera une mise en scène qui rend hommage (trop) à Jean-Luc Godard et le manque d’inventivité relative. L’adaptation est cependant hilarante portée par un duo aussi touchant que violent.

      Le duo Toledano/Nakache récolte une deuxième nomination pour leur comédie dramatique dont l’universalité et le mélange d’humour et de drame font leur marque de fabrique. Côté mise en scène, aucune réelle originalité. Le casting et l’histoire suffisent amplement au succès de leur film. Mathieu Amalric peut nourrir également de grands espoirs avec Barbara, une déclaration d’amour au cinéma, à la chanson, aux arts et à la Femme. Une seconde nomination également pour une oeuvre majeure de notre cinéma par une approche artistique marquée qui ose beaucoup. Dernier candidat mais pas des moindres, Hubert Charuel nous a saisi avec son portrait touchant et sincère sur l’agriculture. Loin des clichés cinématographiques trop présents, son premier film est porté par un Swann Arlaud juste et qui ne fait pas de vagues. Un premier long-métrage maîtrisé de A à Z que certains cinéastes d’expérience devrait regarder comme exemple. Une touche de fraîcheur et quatre nominations qui raviront sa maman mais qui risquent néanmoins de peser léger face à l’OVNI diablement maîtrisé et audacieux de Julia Ducournau !! Avec 120 Battements Par Minute, les deux films qui nous ont le plus marqué cette année.

      Côté casting, une Garance Marillier à la hauteur des plus grandes actrices pour un rôle très complexe et éprouvant. Ses partenaires à l’écran apportent un soutien discret et juste dans cette école vétérinaire diabolique. Les cadres sont hyper travaillés avec une lumière comme personnage à part entière. L’ambiance visuelle et sonore s’inscrit parfaitement dans la tension croissante. Le choix des musiques est pertinent et l’intrigue est d’une fluidité déconcertante. Grave nous a surtout donné beaucoup d’espoir. L’espoir qu’oser paie, que sortir des sentiers battus peut s’avérer gagnant et qu’il existe encore un public pour les films de genre en France. C’est pas tous les jours qu’on voit des films comme Grave : du genre traité avec art et pas comme une série B. Bravo Julia et surtout merci d’apporter un vent nouveau sur notre cinéma français trop homogène. 

       

      FILM

      • 120 Battements par Minute de Robin Campillo (production : Hugues Charbonneau, Marie-Ange Luciani)
      • Au Revoir Là-Haut de Albert Dupontel (production : Catherine Bozorgan)
      • Barbara de Mathieu Amalric (production : Patrick Godeau)
      • Le Brio d’Yvan Attal (production : Benjamin Elalouf, Dimitri Rassam)
      • Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir (production : Eric Altmayer, Nicolas Altmayer, Jean-Rachid)
      • Petit Paysan d’Hubert Charuel (production : Stéphanie Bermann, Alexis Dulguerian)
      • Le Sens de la Fête d’Eric Toledano & Olivier Nakache (production : Nicolas Duval Adassovsky, Laurent Zeitoun, Yann Zenou)

      La catégorie suprême récompense le(s) producteur(s) et également le(la) réalisateur(trice). On pourra s’étonner de la présence du Brio (au détriment de Grave par exemple qui est une véritable proposition cinématographique). Le coup de gueule d’Yvan Attal, combiné à ses résultats largement meilleurs au box-office, a du faire son effet (près d’1,2 millions d’entrées pour Le Brio contre 150 000 pour Grave en France). Il se trouve néanmoins parmi les sept prétendants et a toutes ses chances. Le Sens de la Fête est la seule comédie du long panel. Deuxième nomination pour le duo de réalisateurs après Intouchables. Un film bon mais surement pas à la hauteur de ses concurrents en terme de mise en scène. Petit Paysan bénéficie d’une tribune immense et Hubert Charuel n’a pas à rougir des quatre nominations personnelles pour son premier film. Son premier essai est très bon, prometteur mais on peut regretter qu’il n’ait pas insisté sur la mise en scène en tentant des choses. L’avis reste personnel car ce n’était peut-être pas son but et quoi qu’il arrive son film est un portrait authentique !

      Même authenticité saisissante et plaisante dans Patients qui ose plus dans sa mise en scène (on adore ce travelling compensé lors du premier trajet en fauteuil !!!). L’histoire de Fabien Marsaud et ses amis du centre de rééducation de Coubert est un très beau moment de cinéma. Il faut surtout saluer le travail de Mehdi Idir, co-réalisateur du film. Le traitement humoristique et ultra authentique du handicap est un vrai cri humaniste et une main tendue vers l’autre. Mention spéciale à son casting frais et attachant, et tout particulièrement Samir El Bilabi et Soufiane Guerrab (et bien sûr Pablo Pauly). Un vrai coup de projecteur sur des individus bien souvent sous-estimés dans notre société. En continuant dans la grâce artistique, Barbara est une oeuvre très intrigante, ce qui est un très bon signe. On ne peut être qu’admiratif devant la minutie des détails de chaque cadre, les jeux de lumière, la narration fluide, une interprétation au sommet… On l’a souvent dit, le septième long métrage de Mathieu Amalric est un bijou esthétique que l’on peut admirer sous plusieurs angles. Le pari est réussi car il parle également à celles et ceux qui ne connaissent pas Barbara. Mathieu Amalric filme son amour du cinéma, des actrices, des femmes et de la musique. Il obtient sa seconde nomination dans la catégorie.

      On en arrive au dilemme qui a tiraillé les votes de Just Focus. D’un côté le « blockbuster », à ce jour, de Dupontel face à une énorme claque visuelle et sonore. Pour son premier film d’époque, il adapte avec ingéniosité et richesse visuelle le prix Goncourt écrit par Pierre Lemaitre. Un casting d’acteurs et d’actrices confirmés qui évoluent dans un univers magnifiquement décoré et éclairé. Un vrai carton qui a également une mise en scène recherchée et un propos ultra-bien présenté. Le travail de Dupontel sur le roman de Lemaitre nous a tous bluffé. Un ensemble très visuel, agréable à regarder et à écouter. Une de ces grosses productions françaises (une vingtaine de millions d’euros) qui redore un peu nos blockbusters ratés de ces dernières années. Robin Campillo a estomaqué près d’un million de spectateurs en salles. Une nouvelle fois de l’authenticité sur un sujet qui touche le domaine de la santé. Des interprètes quasi tous inconnus, mais qui transcendent l’écran. Nahuel Pérez Biscayart est sans conteste une énooorme bonne surprise qui représente une jeunesse combative et gorgée de vie H24. La mise en scène virtuose allie véritablement les corps, la lumière et le son. Même les silences sont beaux dans ce film. C’est un tout qui saisit aux tripes et qui déconcerte grandement. 120 Battements par Minute a raté de ça la Palme d’Or qui lui revenait, on espère énormément que le chef d’oeuvre de Robin Campillo gagnera son César.     

      Grave et Au Revoir Là-Haut sont nos grands favoris puisque qu’ils récolteraient respectivement cinq et six Césars. La vingtaine de rédacteurs cinéma votants de Just Focus a parfois eu du mal à se départager tant la sélection est excellente cette année. On remarque surtout que de nombreux techniciens travaillent ensemble depuis plusieurs années. Une confiance durable et saine dans cette industrie qui symbolise la synergie de l’expérience et du talent de chacun. Gros point noir toutefois : l’absence de Valérian. Le film, considéré comme un gouffre financier malgré ses 4 millions d’entrées, a essuyé une critique acerbe. Ces « cinéphiles » sont passés à côté de l’audace prise par Luc Besson de faire en France pour la première fois ce que les Américains produisent en masse. Il existe bel et bien des comics français et il est un des rares à vouloir les faire vivre de peur que Superman et ses copains effacent à jamais une page de notre histoire littéraire. 

      Partant du principe qu’il demeure absurde de mettre l’art en compétition, c’est pourquoi le qualificatif « meilleur(e) » a volontairement été retiré dans l’article. Les goûts et les couleurs seront toujours subjectifs. La grande messe du cinéma français viendra récompenser les techniciens talentueux de notre cinéma, toujours aussi populaire malgré une relative hégémonie américaine sur nos écrans. Cette soirée reste sans conteste un énorme tremplin professionnel pour le(la) lauréat(e). Mais aussi des retombées économiques significatives pour les producteurs qui verront leur film ressortir en salles s’il l’emporte.

      Grande nouveauté cette année, un César du Public sera décerné au film français qui a réuni le plus de spectateurs. Ce prix permettra peut être de rendre hommage aux comédies très populaires chez nous mais qui peinent à rivaliser avec le reste de part leur légèreté mal vue des votant(e)s : Astérix et Obélix Mission Cléopâtre, Bienvenue chez les Chtis…. Si l’on s’en tient aux chiffres actuels, Raid Dingue de Danny Boon (qui milite pour cette récompense depuis 2009) devrait être primé… On apprécie malgré tout l’ouverture d’esprit de l’Académie. Désir secret que le second (le sous-évalué Valérian de Luc Besson) ait également sa chance (500 000 entrées les séparent). Réponse le 2 mars en direct et en clair pour la dernière fois sûrement ! 

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