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      Césars 2018 : retour sur les nominations et les pronostics de la rédaction (2/3)

      Suite de la présentation des nommé(e)s avec les espoirs et les seconds rôles. La photographie, la musique et le montage viennent compléter cette seconde partie sur les Césars 2018 qui se tiendront le vendredi 2 mars au soir.  

       

      ESPOIR FEMININ

      • Iris Bry dans Les Gardiennes
      • Laetitia Dosch dans Jeune Femme
      • Eye Haïdara dans Le Sens de la Fête
      • Camélia Jordana dans Le Brio
      • Garance Marillier dans Grave

      Les espoirs nommés aux Césars viennent en réalité d’une liste d’une trentaine de comédiens présélectionnés par les directeurs de casting de l’Académie en novembre. Quinze personnes de chaque sexe sont retenues pour arriver ensuite aux dix noms cités officiellement aux Césars. Iris Bry a bluffé tout le monde en portant le film de Xavier Beauvois sur ses jeunes épaules. Issue d’un casting sauvage, la jolie rousse n’a pas à rougir de sa prestation aux côtés de Nathalie Baye et Laura Smet. Autre rousse, dans un registre différent, Laetitia Dosch est surprenante d’originalité. La carrière de la franco-suisse est plus riche puisqu’elle a déjà tourné pour Maïwenn ou Christophe Honoré. Une odyssée vers la grande ville piquante et décalée. Camélia Jordana fait une apparition surprise dans la catégorie, dans un rôle malheureusement actuel d’une étudiante qui fait face aux préjugés racistes et qui trouvera la solution en se lançant dans un concours d’éloquence. Eye Haïdara est une des bonnes surprises de cette année. La jeune actrice est si naturelle dans son rôle d’adjointe ultra autoritaire mais secrètement sensible d’un organisateur de mariage dépassé par les événements. On termine la catégorie par Garance Marillier, chaperonnée par Julia Ducournau depuis 2011. Son interprétation forte et nuancée d’une étudiante végétarienne crève l’écran. Du haut de ses 20, ans elle excelle dans des thématiques risquées comme la découverte de la sexualité, la démence et l’impulsivité croissante. Elle passe avec brio d’un registre léger et innocent à une barbarie sans complexe et initiatique. Aucune fausse note dans une prestation admirablement dirigée qui lui vaut notre gros coup de cœur . 

       

      ESPOIR MASCULIN

      • Benjamin Lavernhe dans Le Sens de la Fête
      • Finnegan Oldfield dans Marvin ou la Belle Education
      • Pablo Pauly dans Patients
      • Nahuel Pérez Biscayart dans 120 Battements par Minute
      • Arnaud Valois dans 120 Battements par Minute

      Malgré le talent des quatre autres candidats, le choix a été presque unanime dans la rédaction. Finnegan Oldfield voit ici une deuxième nomination dans cette catégorie après son rôle poignant de frère à la recherche de sa sœur disparue dans Les Cowboys de Thomas Bidegain. Deux ans plus tard, le voici à nouveau nommé (ndlr: pour la dernière fois car personne ne peut cumuler plus de deux nominations dans la catégorie espoir). Autour de lui postulent également des futurs grands de notre cinéma comme Benjamin Lavernhe (pensionnaire de la Comédie Française), en marié exécrable qui a déjà tourné dans une dizaine de films depuis 2012.  Pablo Pauly a la tâche difficile d’incarner un tétraplégique incomplet dans le drame poignant tiré de la vie de Grand Corps Malade. C’est également son premier rôle principal. Le duo restant est sans doute le plus prometteur. Arnaud Valois est touchant par son innocence et la manière dont il tente de gérer tous les malheurs qui le touchent. Un rôle fort qu’il assume totalement, se livrant à la caméra dans des scènes éprouvantes. Lui qui a déjà joué dans quatre longs-métrages a récemment remporté le prix Lumières de la révélation masculine. Le public américain semble l’apprécier et il sera également à l’affiche du nouveau film de Lisa Azuelos cette année. Notre chouchou reste indéniablement le franco-argentin Nahuel Pérez Biscayart. Du haut de ses trente et un ans, il a déjà joué dans plus d’une vingtaine de films, essentiellement argentins. Il apparaît également aux côtés d’Albert Dupontel dans Au Revoir Là-Haut, interprétant Edouard Péricourt, mutilé de guerre muet au regard glaçant. Sa prestation dans le film de Robin Campillo est toutefois au dessus. Il est Sean, militant séropo pour Act Up, qui se bat avec un courage et une joie de vivre exemplaires pour un droit aux soins dans une France inhumaine. Quoi qu’il en soit, tous ces nommés, à l’exception de Finnegan Oldfield pourront se consoler avec une deuxième nomination possible dans cette catégorie à l’avenir. 

       

      MONTAGE

      • Robin Campillo pour 120 Battements par Minute
      • François Gedigier pour Barbara
      • Christophe Pinel pour Au Revoir Là-Haut
      • Dorian Rigal Ansous pour Le Sens de la Fête
      • Julie Lena, Lilian Corbeille, Grégoire Pontecaille pour Petit Paysan

      Il n’est pas rare de retrouver des réalisateurs dans cette catégorie. Xavier Dolan était d’ailleurs reparti avec les deux prix l’an dernier (montage et réalisation). Robin Campillo, qui monte tous ses films et ceux de Laurent Cantet, reçoit sa deuxième nomination comme monteur après 2009 pour Entre Les Murs. Une narration pop qui possède sa propre couleur et son propre rythme notamment lors des scènes dialoguées. Christophe Pinel, monteur attitré de Dupontel, obtient une seconde nomination après 9 mois ferme en 2014. Même cas de figure pour Dorian Rigal Ansous (habitué du duo Toledano/Nakache et nommé pour Intouchables en 2012). La règle des deux continue avec François Gedigier, le doyen du lot puisqu’il a fait ses débuts au cinéma aux côtés d’un certain Arnaud Desplechin. Sa longue carrière comporte de nombreuses collaborations avec Claude Berri, Patrice Chéreau et même à l’international pour Brian de Palma. Il a surtout signé le montage de Dancer In The Dark de Lars Von Trier. Dans Barbara, le montage gracieux alterne avec ingéniosité les images du film et les extraits d’archives. La métamorphose de Balibar en Barbara en bénéficie grandement. Pour finir, on retrouve un trio surprenant (car le montage est bien souvent un travail solitaire). Trois collègues de la FEMIS où Hubert Charuel les a rencontrés. Julie Lena, sa monteuse qui le suit depuis ses courts métrages et Grégoire Pontecaille, également acteur à ses heures perdues. Lilian Corbeille, nommé en 2015 pour Les Combattants, complète la triplette. La rédaction a porté ses faveurs à Christophe Pinel (ci-dessous) pour sa narration, très différente du roman, qui sait allier suspense, comédie et action assourdissante. Ce qui est sûr c’est que le(la) lauréat(e) obtiendra sa première récompense dans cette catégorie. 

       

      PHOTOGRAPHIE

      • Christophe Beaucarne pour Barbara
      • Caroline Champetier pour Les Gardiennes
      • Jeanne Lapoirie pour 120 Battements par Minute
      • Vincent Mathias pour Au Revoir Là-Haut
      • Guillaume Schiffman pour Le Redoutable

      Caroline Champetier, seule lauréate de la liste truste la catégorie depuis quelques années puisqu’elle en est à une quatrième nomination en huit ans. Gagnante en 2011 pour Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, elle collabore souvent avec lui et nous offre de sublimes paysages ruraux dans Les Gardiennes. On lui doit aussi l’image des Innocentes, de La Sentinelle et même de quelques spectacles de Danny Boon ! Jeanne Lapoirie, assistante caméra sur Nikita de Besson, est justement récompensée d’une nomination pour le film de Robin Campillo. Les deux travaillent toujours ensemble. La chef opératrice cumule de nombreuses collaborations avec François Ozon et Valéria Bruni Tedeschi. On reste bluffé par son ingéniosité à filmer les AG dans 120 Battements par Minute. Son cadre est gracieux et mélancolique et lui vaut une troisième nomination après 8 Femmes (2003). Le belge Christophe Beaucarne signe une oeuvre polymorphe et subtile avec Barbara. Sans doute le film le plus esthétique de ce panel au sens premier du terme. L’artiste a débuté comme cadreur sur Les Visiteurs et sa carrière ne cesse de s’embellir depuis trente ans. On le retrouve fréquemment aux côtés d’Anne Fontaine, Jaco Van Dormael, Mathieu Amalric et pour les courts métrages de Xavier Giannoli. Il obtient une cinquième nomination et attend toujours un trophée. C’est également le cas de Guillaume Schiffman, qui concourrait en plus pour un Oscar en 2012 (The Artist). Il débute sa carrière de chef opérateur sur Bernie (au cadre également) et surtout pour Claude Berri. Sa rencontre avec Michel Hazanavicius l’amène à photographier tous ses films depuis. Il respecte les codes dictés par Jean-Luc Godard dans Le Redoutable où son expertise est visible surtout sans le traitement des couleurs et les mouvements de caméra. C’est pourtant l’outsider, primo nommé, Vincent Mathias, qui récolte notre plébiscite. Plutôt habitué aux films aux tons plus légers, il apporte énormément à la fresque de Dupontel avec une lumière nuancée qui fusionne admirablement avec les costumes et les décors. On avait pu voir son travail sur 9 mois ferme également où les idées les plus farfelues du cerveau génial de Dupontel était filmées. Elles sont, dans Au Revoir Là-Haut, à la hauteur d’une récompense pour nous.   

       

      MUSIQUE ORIGINALE

      • Matthieu Chédid pour Visages Villages
      • Christophe Julien pour Au Revoir Là-Haut
      • Myd pour Petit Paysan
      • Arnaud Rebotini pour 120 Battements par Minute
      • Jim Williams pour Grave

      De nombreux musiciens figurent parmi les nommés. Quentin Lepoutre (Myd) est un compositeur de musique house et de rap, également producteur de musique. Il rencontre Hubert Charuel sur les bancs de la FEMIS et compose la musique de son premier film, teintée de mélancolie et justement dosée. Arnaud Rebotini également appelé Zend Avesta a déjà mis en musique Eastern Boys de Robin Campillo. Dans 120 Battements par Minute, il nous fait danser avec des rythmes électroniques techno et nous émeut avec une composition plus orchestrale et dramatique. Une bande originale a deux facettes qui a réjoui une partie de nos votants. On connaît le travail de Jim Williams surtout à la télévision britannique. Au cinéma, il s’intéresse souvent à des histoires d’horreur. Sa composition pour Grave mêle ambiances terrifiantes et mélodies flamboyantes portées par des violons grinçants. Le dernier musicien de la catégorie n’est autre que -M-. Il obtient une troisième nomination après Ne le Dis à Personne (remporté) et Un Monstre à Paris. Ce guitariste et chanteur virtuose est depuis cette année, le musicien le plus récompensé aux Victoires de la Musique avec douze trophées. Notre choix s’est porté en partie sur Christophe Julien, le seul vrai musicien de cinéma de la sélection. A grande fresque historique, sa bande-originale flamboyante. Il signe une partition digne des plus grands compositeurs d’épopées Hollywoodiennes. Des mélodies grandioses portées par un orchestre émérite. Une touche certes moins discrète que ses concurrents mais qui se place avec aisance sur les cadres visuellement riches d’Au Revoir Là-Haut. Au terme de nos votes, deux compositeurs arrivent en tête pour les raisons expliquées. Verdict lors de la cérémonie !   

       

      SECOND RÔLE MASCULIN

      • Niels Arestrup dans Au Revoir Là-Haut
      • Laurent Lafitte dans Au Revoir Là-Haut
      • Gilles Lellouche dans Le Sens de la Fête
      • Vincent Macaigne dans Le Sens de la Fête
      • Antoine Reinartz dans 120 Battements par Minute

      Trois films retenus dans cette catégorie cette année. L’épopée chorale de Nakache et Toledano est peuplée de personnages fantasques. Vincent Macaigne, l’ami un peu lourd et peu présentable qui tombe amoureux de la mauvaise personne au mariage en fait partie. Nommé pour l’espoir masculin en 2014 il saute le pas et convainc le jury des sélections. Gilles Lellouche, qu’on adore voir dans des rôles délurés est ici James Live Band, un DJ aux goûts musicaux très limites, partisan du tourné de serviettes. Du Lellouche efficace, drôle et tellement spontané qui s’insère avec brio dans le casting délirant du Sens de la Fête. Une deuxième nomination personnelle après celle de 2011 pour Les Petits Mouchoirs. Antoine Reinartz, qui tourne au cinéma depuis très peu de temps, est une vraie révélation. Son rôle de Thibault, séropo condamné mais combattant dans le film de Campillo est saisissant et touchant de sincérité. Une entrée plus que remarquée dans le cinéma puisqu’il sera à l’affiche du prochain film d’Olivier Assayas (aux côtés de Vincent Macaigne). L’ultra cité Au Revoir Là-Haut voit également deux acteurs nommés dans cette catégorie. Laurent Laffite double la mise avec une deuxième nomination consécutive pour le second rôle après Elle. Le pensionnaire de la Comédie Française est détestable à souhait dans le rôle d’Henri Pradelle. Toutefois, c’est un registre dans lequel on a l’habitude de le voir et c’est pour cela qu’il n’emporte pas notre vote, malgré son talent. C’est l’interprétation très personnelle de Niels Arestrup du personnage Marcel Péricourt, un père orgueilleux et trop fier, qui a rassemblé le plus de voix. Une maîtrise qu’il n’a plus à démonter, après cinq nominations et deux trophées remportés lors de son aventure avec Jacques Audiard.   

       

      SECOND RÔLE FEMININ

      • Laure Calamy dans Ava
      • Anaïs Demoustier dans La Villa
      • Sara Giraudeau dans Petit Paysan
      • Adèle Haenel dans 120 Battements par Minute
      • Mélanie Thierry dans Au Revoir Là-Haut

      Trois films très contemporains dans cette sélection. Des actrices de talent qui se retrouvent pour certaines attitrée comme second rôle alors qu’elles sont autant principales. A défaut de concourir dans la catégorie reine, elle peuvent toutes tenter leur chance dans celle-ci. Laure Calamy est bouleversante dans son rôle de mère aimante qui doit faire face à la cécité irrémédiable de sa fille qui se profile. Elle s’est déjà faite remarquer avec un prix d’interprétation à Sundance en 2015 et la série Dix pour cent qui lui a donné une visibilité énorme. On suit son parcours avec attention. A noter que Noée Abita, la jeune Ava, était présélectionnée (parmi les quinze comédiennes) pour les espoirs cette année. Première nomination pour Anaïs Demoustier dans cette catégorie pour son rôle dans le film très intime de Robert Guédiguian. Elle incarne une jeune femme définitivement pas sur la même longueur d’onde que son compagnon nettement plus âgé, qui se retrouve mêlée à des retrouvailles familiales tendres, drôles et tendues.

      Mélanie Thierry obtient une deuxième nomination consécutive après La Danseuse l’an passé. Elle incarne Pauline, la bonne de la puissante famille Péricourt, qui entrevoit dans Albert Maillard une échappatoire heureuse à son quotidien. Elle interprète le rôle écrit par Pierre Lemaître et Dupontel avec toute la timidité et l’innocence qu’on lui connaît. Sara Giraudeau (et la nommée restante) endossent réellement le premier rôle féminin de leur film respectif. Sara Giraudeau, est attendrissante comme sœur vétérinaire d’un jeune paysan débordé par les événements. Une présence à la caméra et des beaux yeux bleu dans un rôle qu’elle maîtrise, soutenue par la direction de Charuel. Le phénomène Adèle Haenel, révélée par Céline Sciamma dans Naissance des Pieuvres, ne cesse de continuer avec une deuxième nomination dans cette catégorie. Sophie, bénévole pour Act Up un peu garçon manqué, est le vrai moteur du combat de ces jeunes dans le film de Campillo. On a adoré la fougue de sa jeunesse et son militantisme humaniste qui transcende l’écran. Déjà César du premier rôle féminin en 2014 pour Les Combattants, elle peut nourrir de grands espoirs de remporter une troisième récompense personnelle à 29 ans.  

      Alain Terzian, président de l’Académie, a récemment révélé que les invités porteront un ruban blanc, pour manifester contre les violences faites aux femmes. Une riche initiative de Tonie Marshall qui fait écho aux robes noires des actrices aux derniers Golden Globes. Suite et fin des pronostics dans le prochain article qui révélera notre choix pour le César du film de l’année. 

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