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      Baracoa, ville ouverte

      Reconnu pour son cinéma alliant la fiction et le documentaire, le regretté réalisateur iranien Abbas Kiarostami organisa en 2016 un atelier de courts-métrages à l’école audiovisuelle de San Antonio de los Banos à Cuba. C’est là-bas qu’il conseillera le réalisateur argentin Pablo Briones et son Pezcal, court-métrage d’une rencontre avec deux enfants de la campagne cubaine, Leonel Aguilera et Antuàn Alemàn. Deux ans plus tard, l’argentin genevois aidé par le duo nashvillien The Moving Pictures Boys leur dédie son premier long métrage, Baracoa.

      Voyage au cœur de l’enfance

      Leonel Aguilera & Antuàn Alemàn, Baracoa / C-Side Productions

      À l’orée du docufiction et du cinéma direct, Pablo Briones signe une immersion sensible et intense au cœur du quotidien de deux garçons cubains. Ne se préoccupant pas de la limite entre le réel et la fiction, Baracoa nous étonne dans sa sincérité et sa manière de capturer une enfance très actuelle. En un instant, les deux très jeunes acteurs se hissent à un niveau d’authenticité et de naturel rarement vu au cinéma rappelant le néoréalisme italien.

      C’est en parallèle que nous est amené un cinéma hybride, témoin d’une société cubaine en plein bouleversement et d’une perte de repères identitaires. En cela, Baracoa est un vrai récepteur de cette enfance, s’appropriant Cuba et ses ruines comme un grand terrain de jeux. Entre précipices et doux instants de vie d’une spontanéité impressionnante, aidé par le savoir-faire de The Moving Picture Boys, le cinéaste réussit la prouesse d’immortaliser des instantanés rares dans le cinéma actuel. Pourtant, et c’est là que se situe la limite du premier métrage du réalisateur, Baracoa est aussi un portrait de Cuba et peine parfois à vraiment en saisir l’essence.

      Cinéma direct dans les entrailles d’un pays en pleine transition

      Antuàn Alemàn & Leonel Aguilera, Baracoa / C-Side Productions 

      Il serait délicat de faire abstraction de certaines séquences explorant avec finesse la naissance de la sensibilité et du tempérament chez l’adolescent parallèlement lié à la renaissance de Cuba. L’on pourrait citer cette exploration des grottes, point d’orgue et probablement la plus belle scène du film, mariant avec une certaine virtuosité les thèmes de Baracoa. Comme une exploration des entrailles de la réalité cubaine vu des yeux d’enfants au carrefour de leurs destins respectifs, l’un d’eux partant à La Havane pour s’y installer. Le cinéaste touche là une certaine délicatesse qu’il aura du mal à ressaisir par la suite.

      Pourtant, on décèlera une envie sincère de donner aux deux adolescents une vraie évolution dans la demi-fiction, à travers une trajectoire narrative tout aussi hybride entre réflexions improvisées et déclarations convenues. Avec une ode à l’amitié intrinsèquement liée à la solitude et l’adaptation brutale face à l’immensité de la capitale, Baracoa fera le choix d’une structure convenue. En effet, Pablo Briones préférant s’emparer de La Havane comme miroir, souvent contemplatif, des maux de ces jeunes acteurs. S’éloignant d’un regard sociologique, bien que certains éléments soient toujours en toile de fond, Pablo Briones se laissera finalement porter par la fiction dans le dernier quart de son film. Un parti pris assez artificiel n’empêchant pas de saluer l’indéniable justesse d’un métrage hybride et étonnant.

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