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      Yohan Manca : « Dans Mes frères et moi, je voulais que l’opéra reprenne ses origines populaires »

      Pour son premier long métrage, Yohan Manca émeut par son regard épris d’humanité. À l’occasion de la quarantième édition du Festival International du Film d’Amiens, nous avons pu rencontrer le cinéaste ayant reçu le prix du public. Mes frères et moi est à découvrir en salle. Entretien.

      Dans Mes frères et moi, Nour vit dans une banlieue située en bord de mer. Entre la maladie de sa mère, les TIG pour mineurs et les combines de ses trois frères, l’adolescent va s’affranchir en rencontrant Sarah, une artiste lyrique.

      Maël Rouin Berrandou & Dali Benssalah, Mes frères et moi / A Single Man Productions

      Votre premier long métrage est une adaptation libre de Pourquoi mes frères et moi, on est parti… de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, pièce que vous avez mis en scène à dix-sept ans. Pourquoi l’avoir choisi ?

      C’est très librement inspiré, je n’aurai peut-être pas dû en parler… (rires) J’ai gardé quelques axes et quelques arcs narratifs comme la mère mourante ou la fratrie au bord de la mer. L’idée était surtout de totalement composer autour. L’opéra n’est pas du tout présent dans la pièce par exemple. Mon film est un tout autre objet, même si la pièce est très importante pour moi.

      La première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on voit Mes frères et moi, c’est le parallèle avec le cinéma d’Abdellatif Kechiche, en particulier La Faute à Voltaire. Cependant, votre film a une approche hybride et ne s’inscrit pas totalement dans un réalisme social pur. On ressent une multiplication des genres et des références. Quelle a été votre volonté à travers ce film ?

      C’est certain que le cinéma de Kechiche plane sur mon film que ce soit dans sa chaleur, dans ce qui se dégage des corps et dans le jeu naturaliste. Pourtant, mes références pour Mes frères et moi vont beaucoup plus dans le cinéma italien des années 60 et 70, en particulier le cinéma d’Ettore Scola ou celui de Federico Fellini. Toute cette génération de cinéma que j’admire et qui a constitué la comédie sociale à l’italienne. Des références très présentes dans le cinéma de Kechiche, d’où ce parallèle à mon avis.

      Vous parliez du jeu naturaliste d’Abdellatif Kechiche. Lui même était acteur avant de devenir réalisateur. Comme dans son cinéma, il y a de véritables performances d’acteurs donnant vie à des personnages très authentiques dans votre film. Comment avez-vous travaillé le casting et quelle est votre manière de diriger vos acteurs ?

      Je n’ai pas vraiment de manière particulière. D’abord, j’ai grandement confiance en eux et ce sont des personnes que j’admire pour la plupart. Je pense qu’il y a une certaine relation de confiance qui permet cette authenticité. Après, il y a énormément de travail en amont sur le texte puis le texte passe par eux. J’ai essayé de créer un échange et une confiance mutuelle avec mes acteurs. C’est là probablement la plus belle manière de diriger un acteur.

      Dali Benssalah, Maël Rouin Berrandou, Sofian Khammes & Moncef Farfar / A Single Man Productions / David Koskas ©

      Mes frères et moi a été tourné dans la ville de Sète en Occitanie. Vous en faites une ville intemporelle et méconnaissable. Pourquoi avoir choisi cette ville en particulier ? 

      Sète me permettait d’imprégner ma vision des quartiers et dresser une multiethnicité. Je voulais utiliser Sète pour la gommer et qu’on se représente une banlieue du monde. Je souhaitais que ce soit le plus universel possible et cette ville me le permettait. J’ai d’ailleurs tourné en pellicule pour créer cette intemporalité. C’était très important pour moi. Il fallait qu’on s’identifie à ces frères, qu’on soit dans une banlieue de Buenos Aires ou Naples. L’histoire de Mes frères et moi est éternelle. L’art qui sauve ce gamin, c’est une thématique universelle qui traverse les époques. Je sentais que je devais encore, à travers cette histoire, le crier plus que jamais.

      Votre film traite de l’émancipation par l’art. Était-ce un choix autobiographique ?

      À quatorze ans, j’ai rencontré un professeur de français qui m’a donné envie de faire du théâtre. Il a changé mon regard sur mon identité, sur le monde et même sur ma propre famille. Il m’a permis de prendre un autre chemin dans la vie. J’avais envie de narrer cette rencontre à travers le film. J’ai l’impression qu’on donne beaucoup de soi dans un premier film. Mes frères et moi a beaucoup de moi, des murs de l’appartement aux personnages.

      À la manière de la danse dans Billy Elliot de Stephen Daldry, on décèle une confrontation entre un art à première vue élitiste, presque féminin du point de vue du quartier, et l’univers brutal des frères de Nour. Pourquoi le chant d’opéra et qu’est-ce que cela implique ? 

      Billy Elliot est un film sublime et quant on s’empare d’un tel sujet, on ne peut que s’y référer. Dans Mes frères et moi, le réflexe de chanter est plutôt associé au féminin du fait de la précarité ambiante, en dehors de la culture rap.

      Ensuite, oui. L’opéra est perçu aujourd’hui comme un art élitiste et c’est un problème. Dans Mes frères et moi, je voulais que l’opéra reprenne ses origines populaires. J’avais envie de confronter ces deux mondes là. On peut se dire, par un mauvais réflexe, qu’un jeune de banlieue ne peut pas s’émouvoir en écoutant La Traviata. C’était vraiment quelque chose que je voulais combattre à travers cette histoire. Un coup de poing.

      Présenté à Un Certain Regard à Cannes 2021, Mes frères et moi est actuellement l’un des meilleurs films à l’affiche.

       

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