Fichue Famille de Peter van Dongen : une famille dans l’Histoire

Fichue Famille de Peter van Dongen : une famille dans l’Histoire

Découvrez un pan méconnu des Pays-Bas à travers cette bande-dessinée de Dupuis avec l’arrivée d’une famille néerlandaise et indonésienne en Europe après la décolonisation.

Une bande-dessinée tirée d’un roman méconnu

Peter van Dongen est identifié comme un des dessinateurs de Blake & Mortimer depuis 2018. Fichue Famille est l’adaptation du roman autobiographique d’Adriaan van Dis où il fait le portrait de son père. Peter van Dongen qui assure le scénario et les dessins aborde ici un sujet très intime. Issu d’un couple mixte, son père est hollandais et sa mère indonésienne. Chaque chapitre est une nouvelle sur différents moments du quotidien et dessine progressivement une image complexe de la famille Jana. Le début est volontairement confus. Les premières pages transcrivent l’imaginaire enfantin : dans l’esprit très créatif du plus jeune enfant, une banderole publicitaire derrière un avion devient une insulte contre sa famille.

Fichue Famille de Peter van Dongen : une famille dans l’Histoire

Une histoire sur la décolonisation

Cette situation est complexifiée car les Jana vivent dans les souvenirs nostalgiques de l’ancienne colonie. Le passé raconté par ses parents se mêle alors à la réalité des Pays-Bas. Dans un camp de concentration japonais, le lecteur découvre les difficiles conditions de détention – une mère malade soignée par ses filles – et l’annonce de la capitulation de l’empereur. En arrivant en Europe, la famille recomposée est installée dans une ancienne maison de convalescence. On entend les échos de la Guerre froide à la radio. Le père vit aussi dans l’illusion… celle d’obtenir une réparation pour les terres qu’il a perdues en Indonésie. Mais il ne récolte que des lettres polies des entreprises et le mépris des habitants du village. Les enfants veulent s’intégrer alors que la mère reste attachée à ses traditions indonésiennes.

Tout va mal chez les Jana

On découvre dès les titres, par des vêtements qui volent, que la mère fâchée veut partir. Mais cela semble être un rituel saisonnier car ses trois filles adolescentes en rigolent. Leur petit frère les regarde. Il les admire tout en se sentant exclu et méprisé par tous. Il n’entend pas son prénom mais seulement les tâches à faire : chiffon, balai…

Ses sœurs sont issues d’un premier mariage avec un militaire disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont elles qui ont croisé le deuxième mari, M. Jana, le père du narrateur qui est en dépression depuis sa fuite de son pays natal. Il n’accepte pas son déclassement et ne parvient pas à prononcer le nouveau des Indes néerlandaises.

Fichue Famille de Peter van Dongen : une famille dans l’Histoire

Des réfugiés mal venus

Quelques cases font aussi sentir le racisme subi par ces familles métisses ou indonésiennes car les « surveillantes » se plaignent du bruit en journée. Il faut en effet « éduquer » ces nouveaux venus. Un groupe de bienfaisance donne un guide de bonnes conduites aux réfugiés indonésiens sans compter les cours de cuisine hollandaise obligatoires. Les familles résistent en remplissant les plats d’épices indonésiennes.

Un dessinateur en transition

Dans les premières cases, le lecteur retrouve un style proche de Blake et Mortimer par le choix des décors, des vêtements… De la même manière, le choix des couleurs est classique mais touche toujours juste : les tons autour du marron, du vert foncé évoquent les photos jaunies. Cependant, les visages sont plus réalistes et la mise en page est moins figée et plus variée au fil des chapitres. Peter van Dongen expérimente avec son propre dessin. Pour montrer que le père reste bloqué dans le passé, on le voit de dos regarder les dunes mais, la case d’après, il a la même position dans un paysage javanais.

Dans ce récit familial intime, Peter van Dongen montre un talent visuel bluffant. Il réussit avec brio une adaptation complexe en mêlant la triste histoire familiale et la grande histoire conflictuelle. On peut regretter des textes parfois inutiles qui alourdissent la lecture car les belles images suffisaient le plus souvent. Néanmoins, l’artiste démontre que l’imagination peut être un refuge pour fuir la souffrance du réel.

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