Critique Babybox de Jung, une femme en plein bouleversement identitaire

Critique « Babybox » de Jung : une femme en plein bouleversement identitaire

Que se passe-t-il lorsqu’on découvre que l’on est un enfant adopté ? L’artiste franco-coréen Jung nous propose sa réponse dans Babybox.

Une bd d’auteur

Noctambule est une collection d’auteur de la maison Soleil qui cherche à faire le lien entre bande dessinée et littérature. Des artistes peuvent proposer des adaptations ou des œuvres plus personnelles. C’est ce qui se passe ici avec Jung qui contrôle tout – le scénario, le dessin et la couleur. Le choix de couleurs est très original – toutes les pages semblent réalisées au pastel gris sauf des parties en rouge. Son dessin mêle des influences manga avec une organisation franco-belge.

Jusque-là tout allait bien

Une révélation brutale

Claire est une femme adulte franco-coréenne qui vit à Paris depuis des années. Habitant avec un français, elle veut un enfant. Ses parents dirigent un restaurant coréen, et elle a un petit frère, Julien. Tout ce bonheur disparaît quand sa mère meurt dans un accident de voiture en revenant de l’église et que son père tombe dans le coma. Jung décrit très bien cette anti-héroïne en pleine déprime – par une page vide autour de Claire, seule. Elle a du mal à accepter le deuil – « Je ne suis plus rien sans toi ». Elle ne survit que pour s’occuper de Julien.

Une enfant adoptée qui l’ignore

En fouillant pour des papiers officiels, Claire découvre en effet qu’elle a été adoptée. Ce choc est subtilement mis en image par le hors champs – on ne voit que l’extérieur de la fenêtre et le texte en voix off dévoile le secret. Le vide se fait plus tard dans le décor lors de nouvelles annonces. Le récit par chapitre scande la recherche de Claire de ses racines en France et en Corée pendant le coma de son père. Le titre vient de la boîte où une femme abandonne sa fille à Séoul. Déjà auteur de Couleur de peau : miel, Jung y racontait frontalement et doucement son adoption en France. On sent un auteur arraché à ses racines qui cherche par son art à se créer un autre rapport au monde.

Être dedans ou dehors ?

Un travail soignée sur la couleur

Babyjung pose aussi la question de l’intégration d’une personne en France. Doit-on renier, supporter ou intégrer sa communauté d’origine quand on vit en France ? Claire et son frère se sont fortement éloignés de la communauté coréenne, en Asie comme en France. Ils sont « intégrés » afin d’affirmer leurs personnalités – son frère de 10 ans se prend pour Braveheart et elle, porte des cheveux rouges alors que son père est plus traditionaliste. Le récit expliquera que ce rouge est un souvenir d’un moment passé avec sa mère dans un champs de coquelicots, mais aussi du sang de la coupure. La couleur est liée au passé et au présent.

Inconsciemment et même avant l’annonce, elle avait un problème avec « sa » communauté – elle a toujours été plus amie avec des coréens adoptés qu’avec la communauté coréenne. Les deux survivants ont un rapport complexe aux Coréens vivant en France. Julien se crée une généalogie irlandaise alors que Claire a perdu la sienne.

Visuellement très original, Babybox est un beau récit sombre sur une crise personnelle. Claire se cherche et Jung en fait une héroïne qui se reconstruit peu à peu. On peut cependant regretter que le ton soit parfois très larmoyant.

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