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      Une Pulp fiction bien sombre

      Dans les westerns, on voit souvent le cow-boy quitter la ville pour poursuivre en solitaire sa route. Mais vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il faisait ensuite ? Pulp de Sean Phillips et Ed Brubaker vous apporte la réponse : il vit dans un polar.

      Un récit de vieux

      Une Pulp fiction bien sombre

      Pulp est écrit par Ed Brubaker et dessiné par Sean Phillips, une équipe habituée à travailler ensemble. Mais ce tandem propose ici un titre innovant dans sa période et son registre. Aux États-Unis, dans les années 30, Max Winters écrit des récits de quat’sous dans des revues bon marché (les pulps). Il gagne sa vie grâce à des histoires de justiciers au Far West mais il se retrouve embarqué dans une intrigue trouble et dangereuse. Va-t-il être aussi bon dans le monde réel qu’avec les mots ? Le personnage principal de Pulp, Max Winters, est un homme âgé qui, mal payé, vit au jour le jour. Écrivain, il tente de faire de l’art mais son rédacteur en chef lui rappelle le but de sa revue : écrire sur des fusillades pour vendre le plus possible.

      De plus, l’auteur n’est pas propriétaire de ses personnages. Sa situation empire avec la crise économique des années 1930. Max n’est pas toujours aimable. Il est aigri et vindicatif sur la jeunesse. Il refuse de vieillir mais son corps faiblit. Voulant aider un jeune juif, il subit une crise cardiaque. Pulp est un bon moyen de changer d’idée sur les comics. Pas de super-pouvoirs ici ou de combats dans l’espace : quand Max Winter se fait rosser sur le quai du métro, personne ne vient l’aider. C’est le récit d’un vaincu qui tente de se relever une dernière fois pour récupérer une liasse de bonheur et de sécurité.

      Un récit sur les récits

      Une Pulp fiction bien sombre

      Tous édités par Delcourt, les titres de Brubaker et Phillips sont une poche de sang et de poudre dans le milieu des comics. Mais ce court récit est aussi métatextuel. Le début est digne d’un pulp. Comme si l’écrivain ne pouvait s’empêcher de raconter sa vie dans le même style que ses fictions. Les histoires de cow-boys de Max sont en fait une biographie cachée.

      Il est né dans une ferme du Wyoming et a connu la violence très jeune. Mais sa vie était bien moins glorieuse et par l’imaginaire, Max cherche à racheter ses lâchetés. Il revit également son passé pour trouver une solution au futur. Bien que le livre soit court, Ed Brubaker multiplie les récits et les niveaux de lecture. Il est bien aidé par la colorisation de Jacob Phillips, fils du dessinateur. Le passé de Max est montré par un effet de colorisation plus plat. Tout est marron sauf des taches rouges ou noirs.

      Un récit intelligent sur la hiérarchisation sociale 

      Cependant, Brubaker ne fait pas un simple hommage mais réécrit l’histoire. Il montre non seulement l’avarice du directeur du journal mais aussi son racisme et plus loin l’antisémitisme de deux truands. Les nazis étaient en effet influents dans les années 30 aux États-Unis. L’intervention d’un personnage à un moment décisif détourne le récit vers une direction inattendue et jusqu’à la dernière page le lecteur ne sait pas ce qui va se passer. C’est très rare.

      Pulp est un thriller délivré par la dream team constituée de Ed Brubaker et Sean Phillips. C’est aussi une réflexion sur une vie de violence et un hommage appuyé aux Pulp. Ce récit éclaire aussi la violence des cowboys dans le passé, des gangsters dans le présent et de la hiérarchie sociale à n’importe quelle époque.

      Si vous aimez les polars, nous vous conseillons de découvrir les liens vers les chroniques d’Atom Agency et Balle tragique pour une série Z.

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