Suivez la route du bloc vers les urgences

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Malgré les multiples alertes syndicales, c’est la covid qui a fait émerger la crise de l’hôpital public. Derrière les chiffres inquiétants, quelle est la réalité ? Parcourons ensemble La route du bloc pour découvrir toutes les embûches d’un jeune chirurgien. 

La descente aux enfers d’un chirurgien

La crise de départ dans La Route du bloc

La route du bloc suit d’abord un couple en vacances en Islande. Malgré de splendides paysages, Benjamin n’arrive pas à se détacher de son travail de chirurgien. Il ressasse tout ce qui rend sa vie professionnelle impossible. A bout, il craque dans un restaurant. Sa compagne, désemparée, cherche à comprendre comment il en est arrivé à ce niveau extrême de stress. C’est la scénariste, dessinatrice et coloriste Lisa Sanchis et cette recherche donnera le livre La route du bloc édité par Delcourt.

Comme souvent dans la BD journalistique, le propos réaliste de La route du bloc est contrebalancé par un dessin symbolique et tout en rondeur. Le décor et le dessin sont limités à l’essentiel. De la même manière, la colorisation se réduit à quatre couleurs comme le montre la couverture.

Différentes étapes vers la route du bloc…

A deux ans, Benjamin voit un client pris d’un malaise cardiaque être secouru par les urgences. Ce moment détermine sa vie : il veut travailler dans la santé puis devenir chirurgien. C’est le début de La route du bloc. Il s’entraîne à reproduire sur des poupées les mots et les gestes des médecins. Il rédige même un compte-rendu post-opératoire. Il fait, très jeune, une visite d’un hôpital puis un stage dans un service de pédiatrie. Benjamin découvre la solidarité de l’équipe soignante pour supporter les longues journées. Il y est confronté à la mort.

Lors des douze années d’études harassantes, Benjamin réalise un parcours brillant car il réussit le concours et sort dans les meilleurs. Ces succès en externat et à nouveau en internat lui permettent de choisir ses services à Paris.

Dans La route du bloc, le lecteur réalise très bien la masse de travail fourni par l’interne. Comme un éclaireur, il prépare le patient et la salle d’opération. Il ferme le convoi en faisant le bilan et le dossier de remboursement pour la sécu. La formation passe alors par l’observation et le compagnonnage. Il faut se montrer à chaque instant, rester humble et poser le bonnes questions pour espérer avoir une réponse des mandarins. Sinon, c’est l’humiliation du silence pesant. On rentre aussi dans le folklore de l’hôpital en visitant la salle de garde où l’humour est rarement fin…

Malgré la complexité du métier, le néophyte comprend tout par le dessin. La route du bloc intègre de multiples et divers registres comme un document d’enfance de Benjamin. Lisa Sanchis joue également avec les genres. C’est parfois littéral quand l’internat est un jeu de l’oie ou un docteur Maboul. Une parodie de journal raconte le stage de Benjamin avec une chirurgienne. Lisa Sanchis illustre la hiérarchie de l’assistance publique par des personnages de la saga Star Wars

… avant la perte et la chute
Les différents genres dans La Route du bloc

À force de passer les épreuves, Benjamin semble invulnérable et fait 90 heures par semaine depuis deux ans. Le choc de son burn-out est encore plus fort. Il craque en raison des journées de travail sans fin où il cumule son service puis les gardes.

En plein malaise de l’hôpital public, La route du bloc est un réquisitoire contre un univers devenu inhumain. Il est illustré en quatrième de couverture par une marelle diabolique qui part de la vocation enfantine au burn out actuel. Les stations de la marelle correspondent au chapitre du livre. Benjamin n’est pourtant pas le candidat idéal pour la dépression. En effet, il a reçu le sens du devoir par son père officier dans l’armée de l’air.

Pour autant, Lisa Sanchis ne fait pas des chirurgiens des héros en montrant l’inhumanité de certains. L’hôpital public forme un système très pyramidal du chef de service à l’externe où les internes sont corvéables à merci. Ils font tout ce que les médecins refusent mais sans aucune reconnaissance. Cette hiérarchie est régulièrement rappelée aux strates inférieures.

Dans La route du bloc, Lisa Sanchis dessine le portrait de son compagnon, de sa vocation à ses premières années de chirurgien pédiatrique. Le lecteur comprend chaque terme technique par les explications utilisant des références pop qui rendent accessibles, avec le sourire, un métier magnifique et dur. En fermant le livre le lecteur réalise l’ampleur de la crise de l’hôpital public.

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