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      Sorcières mes sœurs, le retour d’une rebelle de la bd

      Dans les années 1980, l’autrice de bd Chantal Montellier avait fait le portrait de différentes femmes révolutionnaires ou opprimées. La réédition de Sorcières, mes sœurs par La Boîte à Bulles démontre la totale actualité de cette œuvre aussi libre qu’engagée.

      Une sorcière aussi inquiétante que libre

      Sorcières mes sœurs en marron et rouge

      Pour le défunt magazine A Suivre, Chantal Montellier crée une série d’épisodes où elle utilise la figure sociale et littéraire de la sorcière pour montrer le patriarcat. Cet objectif apparaît dans le l’organisation du livre car elle décide que chaque chapitre s’ouvre par un extrait du livre La Sorcière de l’historien Jules Michelet du XIXe siècle. En reprenant ce thème, elle fait figure de pionnière plus de trente ans avant que le best-seller Sorcières – La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet ne popularise cette idée. Scénariste et dessinatrice, Chantal Montellier est une des premières autrices de bd dans les années 1970 et 1980. Dans les revues Métal Hurlant puis A Suivre, elle utilise la bd pour décrire le monde. Si elle s’est ensuite éloignée du 9e art, contrainte de vivre par des ateliers d’écriture, elle est de retour depuis les années 2000 et connaît une reconnaissance critique méritée.

      Dans l’introduction de Sorcières, mes sœurs, l’autrice explique son propos : montrer que la chasse subie par les femmes est un élément d’une peur sociale plus générale. Comme chez l’historien Jules Michelet et l’écrivain George Bataille, la sorcière est une femme qui sort de la norme. Aujourd’hui comme au Moyen Âge, elle choque la société patriarcale en réclamant une identité et une liberté personnelles.

      Des sorcières en action

      Sorcières, mes sœurs n’est pas un récit continu mais un recueil de sept histoires plus ou moins courtes. La lectrice ou le lecteur voyage dans le temps en partant du Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine. En 1970, une femme est abattue par deux hommes persuadés qu’elle serait une sorcière leur voulant du mal. Fille de guérisseur, elle ne rentre pas dans les cadres. Par des témoignages lors du procès, la lectrice et le lecteur comprend que cette musicienne était perçue comme trop indépendante. Le verdict clément choque en 2022. La science médicinale féminine, la sexualité ou l’habillement des femmes font peur car ces rebelles ont forcément une relation avec le diable. Les femmes servent de bouc émissaire lors des malheurs collectifs des épidémies ou individuels pour une peine de cœur. Le sentiment d’exclusion naît parfois dès l’enfance ou apparaît tardivement. Sorcières, mes sœurs met en avant des anonymes mais également des personnages historiques comme Camille Claudel. Par les chapitres sur Tituba et Nassera, Chantal Montellier est déjà dans l’intersectionnalité. Elle dénonce le racisme et l’injustice sociale.

      Racisme et féminisme dans Sorcières mes sœurs

      Des sorcières en image

      Si le propos est puissant, le dessin est tout aussi fort. Derrière une mise en page sage, les inventions graphiques sont nombreuses. La couleur est un outil pour mettre en avant le propos. Elle refuse la profondeur pour des collages parfois en numérique. Le réalisme des visages n’empêche pas une grande liberté de composition. Il faut d’ailleurs signaler que ce livre n’est pas une simple reprise des épisodes anciens. Chantal Montellier a entièrement retravaillé ses planches. On voit les marques d’une numérisation des pages d’origine. Elle ajoute aussi une histoire inédite.

      Sorcières mes sœurs marque un double choc. D’une part, ce recueil signe le retour au premier plan d’une autrice novatrice de la bd. D’autre part, le lecteur reçoit un coup au cœur avec cette galerie sombre des victimes de la société patriarcale.

      Pour découvrir d’autres sorties de La Boîte à Bulles, une jeune maison d’édition très prometteuse, découvrez les chroniques sur La vie des autres et Chien hurlant.

      1 COMMENTAIRE

      1. Merci pour l’attention portée à cet album et le ton très positif de l’article, c’est très réconfortant pour l’autrice que je suis, souvent snobee voire blacklistée par les médias mainstream et la presse des 9 milliardaires.

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