Pillages ou la plongée dans le désastre écolo

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Les destructions de l’environnement sont largement commentées, mais la mer est un espace réputé vierge et abondant. Pillages publié par Delcourt nous montre avec cruauté combien cette idée est fausse.

Dans le sillage d’un écocide

L'image de la destruction dans Pillages
L’image de la destruction dans Pillages

Dès sa couverture très réussie, la bd documentaire Pillages appuie sur une zone sensible : on voit les sillages des chalutiers formant une mer de sang. En effet, le scénariste est un acteur engagé de la protection des océans. Présidant l’ONG Seastemik, il pilote un navire luttant contre les chalutiers illégaux comme l’écrit en préface Baptiste Morizot.  Il est également coordinateur d’une organisation internationale qui reconnecte la science et la décision politique pour un océan durable. Pour Pillages, il fait le choix de partir aux larges des côtes françaises. Sans préciser le pays, le lecteur est embarqué dans les premières pages sur les côtes africaines. En effet, pour nous nourrir, 17 000 chalutiers chinois et européens vident les mers de ce continent.

Dans les bureaux des autorités portuaires, un fonctionnaire décrit les actes d’un chalutier chinois à son armateur. Il montre la contradiction de la loi. Pour développer sa pêche industrielle, un pays africain a besoin d’argent et accorde des licences à des navires européens et asiatiques. Cependant, ces navires ne respectent pas la loi et pillent les océans. Ils ratissent les fonds sans sélection et le pays n’a pas les moyens d’avoir une police des mers pour faire respecter la loi.

Pillages offre cependant des regards multiples sur une phénomène dramatique. Après le fonctionnaire chargé des licences de pêche, on suit un jeune pêcheur artisanal qui peine à vivre de son travail. Il songe à émigrer en Europe mais décide d’aller sur un chalutier chinois. Des millions d’individus dépendent de ces pêches illégales.

Par ce regard d’un néophyte, on rentre dans ce système qui exploite les travailleurs. Ils dorment dans une chambre insalubre après des journées épuisantes. De plus, le travail en mer est encore plus dangereux par l’absence de règles de sécurité. Le capitaine du navire en est conscient mais doit rembourser ses prêts. Un équipage européen soutenu par un garde-côte africain patrouille. Ils prennent des risques pour documenter les abus et ces preuves sont essentielles lors des jugements.

Des Pillages démontrés par le dessin

Les résistants écolos de Pillages
Les résistants écolos de Pillages

Le dessinateur et coloriste de Pillages connaît bien la pêche puisque Renan Coquin réside en Bretagne, région à la tradition halieutique vivace. Contrairement à de nombreux documentaires en bd, le texte ne s’impose pas devant l’image mais correspond totalement au propos. On comprend le désastre écologique par des graphiques illustrés.

Évoquant Etienne Davodeau, le style de Renan Coquin est aussi bien écologique que charnel. Ne cherchez pas la perfection factice d’une IA. Pillages n’a pas été fait par des techniques numériques mais de la main de l’homme jusque dans la forme des cases. La trame du papier apparaît même sous la peinture. L’encrage fin au feutre et la colorisation à la peinture à l’eau donnent encore plus de personnalité au livre. les traits épurés sont parfois proches de la ligne claire. En effet, le lecteur ne reconnaît par les personnes mais elles incarnent un message ou un point de vue. Des pages de traversée servent à montrer la splendeur de l’océan.

On peut cependant trouver que Pillages s’approche d’une leçon de morale. Des scènes insistent lourdement sur le propos et donc sont didactiques comme lorsqu’un fonctionnaire volontaire est contraint d’accepter de la corruption. Le scénariste veut introduire de la subtilité morale car chaque personnage a deux facettes. Cependant, ces passages sont artificiels.

Pillages vous plonge dans la destruction invisible de la nature. La plupart des gens ne visitent pas les fonds marins et ne vérifient pas la provenance du poisson en supermarché. Pourtant ce livre démontre qu’un système détruit les mers de certains pays sans contrôle.

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