Ötzi ou la préhistoire avec un nez de clown

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La couverture d'Otzi
Otzi dans les bois

Indiana Jones revient sur les écrans mais le véritable archéologue est Colocho, scénariste et dessinateur d’Ötzi qui vous propose de retrouver un homme préhistorique retrouvé fossilisé dans les Alpes.

Une enquête archéologique

Otzi et la magie
Otzi, un homme dépressif

Ötzi démarre par une authentique découverte archéologique. En 1991, entre l’Italie et l’Autriche, deux randonneurs tombent sur le corps d’un homme momifié. Ötzi est mort il y a plus de 5 000 ans, à la fin du Néolithique. S’appuyant sur plusieurs documentaires et livres, Colocho retrace cette époque ancienne tout en racontant l’histoire de la momie. Ötzi devient dans le roman graphique Horbuprän. Le lecteur découvre sa vie violente mais émotionnellement forte. On retrouve des scènes bien connues des récits sur la préhistoire : une scène de guerre, une visite de l’oracle, l’éducation des plus jeunes par le geste… En effet, Horbuprän apprend à son fils le travail du cuivre. Ötzi devient un livre composite par la diversité des genres que le lecteur y retrouve : un conte, un récit de bataille, un extrait de conférence, une histoire d’amour contrariée et une expédition tragique.

A intervallesrégulier, le livre montre l’évolution des recherches sur notre lointain ancêtre. Par des scènes inventées et une conférence, on découvre le premier archéologue qui l’a étudié. La parfaite condition de son corps et des objets qu’il portait ont permis de connaître ses maladies et son dernier repas. Ötzi est tatoué. Des recherches plus récentes ont révélé la cause de sa mort. On voit même que la paternité de la découverte a fait l’objet d’une querelle juridique entre l’Autriche et l’Italie. Cependant Ötzi propose un regard neuf sur la préhistoire pour sortir de l’homme des cavernes. Le personnage principal élève seul un enfant tandis qu’une femme dirige la tribu. Il existe pourtant une morale entre les villageois et la vie de couple est valorisée.

Le relai par l’invention littéraire

Otzi en noir et blanc
L dessin expressif dans Otzi

Dans sa préface, la paléontologue Claudine Cohen retrace la vérité historique. Mais le lecteur sent bien qu’elle jalouse la liberté créatrice de l’auteur. En effet, ne cherchez pas dans Ötzi un manuel sur la préhistoire. Colocho part certes de données historiques mais laisse son imagination vagabonder. Il prête à Horbuprän des aventures amoureuses. Sous sa plume, il devient un piètre chasseur. Il est un homme prétentieux refusant de reconnaître qu’il vieillit, un amant volage et un villageois passant plusieurs fois en justice. Malgré ou plutôt en raison de tous ces défauts, la lecteur s’attache à cet ancêtre lointain et pourtant si proche.

Ötzi raconte également un drôle de néolithique par les nombreuses touches d’humour. Les deux promeneurs découvreurs d’Ötzi devancent deux vautours. Cela arrange le plus jeune des nécrophages qui critique le repas prévu car il déteste le viande congelée. Il n’aime pas plus son prénom. Plus loin, le chaman du village d’Ötzi fait des blagues et consulte comme un psychologue. Malgré l’humour, l’attaque d’un camp ennemi est très réussie. La mort d’un combattant évite le ridicule car les cases muettes installent une ambiance. Cet humour passe également par le dessin de Colocho. Son style en particulier pour les visages épurés des enfants fait penser aux strips des années 30. En effet, le dessin est en noir et blanc. On retrouve des situations burlesques comme la fuite de soldat se cachant dans les bois. Mais les dialogues contrastent avec ce classicisme. Les allusions sexuelles sont plus directes et le personnages est loin d’être un héros. En proposant une mise en page autour de petites01 cases dans un gaufrier, Colocho accélère la vitesse de lecture et rend les combats très dynamiques. Pourtant, la densité des cases dans ce petit format apporte énormément d’information

Édité par La Boîtes à Bulles, Ötzi est un voyage aux origines de l’humanité mais également un preuve que la préhistoire a beaucoup évolué selon les historiens. Cependant, le récit sait rester touchant. Alternant souvent entre le sang et le rire, Ötzi propose une fin poignante à notre anti-héros ayant accumulé les erreurs mais nous ayant ainsi souvent ému.

Partez dans d’autres époques par les chroniques sur Marjorie Finnegann et Le Boucher de Stonne.