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      Rythmes Pittoresques : le mariage heureux de la musique et de la poésie chez Krysinska

      Poétesse méconnue (à tord) de la fin du XIXème siècle, Marie Krysinska, d’origine polonaise, est sans conteste un des exemples les plus probants de la figure de la femme poète décadente, et de l’innovation poétique de son temps. À la fois musicienne et poète, femme avant-gardiste et membre à part entière des cabarets parisiens fin-de-siècle, Marie Krysinska demeure l’exception poétique et sociale de son temps.

       

      Une musique de la langue et des images

      Son premier recueil de poésie intitulé Rythmes Pittoresques, publié pour la première fois en 1890, aux éditions Lemerre, puis réédité en 2003, révèle dès ses premières pages une modernité incontestable et des sonorités surprenantes pour son époque. La critique littéraire assimile souvent la poésie de La Calliope du Chat Noir à la peinture Impressionniste par son mouvement, son dynamisme, où les couleurs se conjuguent à la musicalité des vers libres (ou poésie en prose, c’est selon). Ainsi, c’est dans une sobriété du style mêlée à une fantaisie des images que la poétesse nous fait pénétrer dans une langue poétique riche, mais dépourvue des colifichets que l’on voit trop souvent dans la poésie Symboliste. 

      Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons;

      À l’heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de ténèbres le Rêve frileux. 

      […] Parfois pourtant elle est radieuse la pauvre fenêtre, au bord du toit,

      Quand, pour cacher sa triste nudité, le ciel la peint tout en bleu.

      Avec son pot de géranium chétif, elle semble alors – la pauvre fenêtre, au bord du toit, – un morceau d’azur où pousseraient des fleurs. […]

      « Les Fenêtres » – Rythmes Pittoresques, section « Mirages »

       

      Une tradition de la poésie chantée 

      Par ailleurs, musique et poésie ne sont pas liées dans la langue de Mme Krysinska du seul fait de sa formation de pianiste et d’un jeu de déstructuration entre les vers. En effet, au XIXème siècle, la poésie conserve encore sa dimension orale : dans les clubs, les salons et les cabarets, l’on chante et déclame de la poésie à foison. Ainsi, que cela soit au club des Hydropathes, au Cabaret du Chat Noir, et dans bien d’autres encore, la poésie de Marie Krysinska est chantée, interprétée, et même mise en musique (il lui arrivait d’ailleurs souvent d’occuper la place du pianiste lors de leurs réunions) dans une poésie tout ce qu’il y a de plus scénique, fidèle à la vision wagnérienne de la synthèse entre les arts

      Et le violon chante comme un vieil air

                          De guerre

      Puis rit aux éclats , rit comme un possédé 

      Et pleure ainsi qu’une âme oppressée 

                       De trop tendres souvenirs, 

                      De vains souhaits …

      Mais non, c’est la danse

                                            Heï ! Heï !

      « Danse slave » – Rythmes Pittoresques, section « Les Résurrections »

       

      Article écrit par Julie Madiot

       

       

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