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      Critique « L’enfant perdue » d’Elena Ferrante : le tome final de la saga napolitaine

      C’était l’évènement que beaucoup de lecteurs attendaient en 2018 : le tome final de la saga napolitaine d’Elena Ferrante, l’écrivain mystère dont tout le monde parle depuis trois ans, L’enfant perdue se place sans surprise dans les meilleures ventes de ce début d’année. Retour sur une tétralogie à succès.

       

      Les fondations de l’amitié 

      L'enfant perdueLancée en 2011 en Italie, cette saga napolitaine d’amour et d’amitié intitulée « L’amica geniale » en version originale a connu dans le monde entier un succès sans précédent. Elena, alors qu’elle est encore en primaire, croise le chemin de Raffaella, qui deviendra Lila, écolière brillante mais sauvage, voire indomptable. Les deux petites filles se lient d’une amitié mouvementée, que l’on suivra tout au long de la saga dans une Italie qui peine à se reconstruire après la guerre. On suit l’évolution de leur quartier napolitain gangréné par la Camorra, la vie quotidienne y est soigneusement dépeinte, organisée autour de la famille, régie par un patriarcat implacable, où femmes et filles ont bien du mal à exister, et à échapper à la soumission au père, voire aux frères. Parce que les petites filles ont toujours beaucoup d’imagination (et ces deux-là particulièrement!), Lila invente mille épreuves, toutes plus créatives les unes que les autres, pour tester l’amitié de Lenu.

      « Elle avait ce qui me manquait et vice versa, dans un perpétuel jeu d’échanges et de renversements qui, parfois dans la joie, parfois dans la souffrance, nous rendait indispensable l’une à l’autre. »

       

      La découverte de la féminité

      « Le nouveau nom » raconte l’adolescence et le début des difficultés amoureuses que rencontrent les deux jeunes filles. Alors que le premier tome se concentrait sur l’enfance et l’adolescence des deux jeunes amies, sa suite retrace le dur apprentissage de la vie, selon des routes qui vont bientôt les séparer au fil de leurs passions contrariées. Si Lila la rebelle, l’écorchée vive, la surdouée, doit rapidement abandonner l’école pour aider son père cordonnier, Elena, en revanche, soutenue par son institutrice, poursuit et s’émancipe par le biais des études. Grâce à sa persévérance et sa curiosité scolaire, l’héroïne prend peu à peu conscience de sa finesse d’esprit et de ses capacités intellectuelles. Lila, toujours aussi obstinée dans ses objectifs entraîne encore une fois Lenu dans ses péripéties qui l’éloignent de Nino, son amour de toujours. Animée depuis l’enfance par un sentiment d’infériorité vis-à-vis de sa plus grande amie, l’héroïne découvre dans ce tome sa propre féminité, ainsi que les rapports de désir qui peuvent naître avec les hommes.

      « Nous avions grandi en pensant qu’un étranger ne devait pas même nous effleurer alors qu’un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer. »

       

      A la recherche de la liberté 

      Au début de Celle qui fuit et celle qui reste, nous sommes au seuil des années 1970, et il semble bien que l’amitié entre Elena et Lila ait volé en éclats. Éloignées géographiquement et sentimentalement, les deux femmes ont dorénavant des trajectoires diamétralement opposées, même si leur désir commun de liberté reste toujours aussi fort et aussi difficile à obtenir. Les deux femmes sont désormais trentenaires, à l’âge du flamboiement dont elles perçoivent déjà la lente extinction à venir. La réussite de « celle qui fuit » n’est pas plus évidente que l’échec de « celle qui reste ». Elena est devenue écrivain, et elle peine à briller dans tous les domaines, la vie de femme mariée, son rôle de mère, et Nino, son grand amour, qui apparaît tout sourire alors qu’elle ne l’attendait plus ! Celle qui a toujours tant douté d’elle-même doit maintenant s’affirmer et montrer ce qu’elle réserve, parce qu’elle a de grandes décisions à prendre dans ce tome 3 et sa liberté est en jeu. 

      « Peut-être qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans cette volonté qu’ont les hommes de faire notre éducation. A cette époque, je n’étais qu’une petite fille et je ne réalisais pas que, dans son désir de me transformer, il y avait la preuve que je ne lui plaisais pas telle que j’étais. Il voulait que je sois une autre ou, plus exactement, il ne désirait pas une femme, point, mais la femme qu’il imaginait pouvoir être s’il avait été une femme. »

       

      L’enfant perdue

      Suite à des choix de vie controversés et difficiles à assumer, Elena se retrouve confrontée à la dureté de la vie d’une mère célibataire et écrivain, amoureuse éperdue d’un homme volage.

      « À l’idée de lui nuire et de ne plus le revoir, c’était comme si je me « fanais » d’un coup et dans la douleur : la femme libre et cultivée perdait ses pétales, se détachant de la femme-mère, la femme-mère prenait ses distances avec la femme-maîtresse et la femme-maîtresse avec la mégère enragée, et toutes semblaient partir au gré du vent… J’étais incapable d’être « mon » propre modèle, je ne savais pas me donner de consistance, je n’avais plus de base à partir de laquelle, depuis le quartier, me projeter vers le monde : je n’étais qu’un tas de détritus. »

      Afin de s’assumer entièrement en tant que femme indépendante, Lenu décide de retourner vivre à Naples, dans le quartier où elle a grandi, pour y retrouver une certaine atmosphère qui l’inspire. Elle voit en parallèle disparaître de son entourage des personnes très proches, que le lecteur a toujours connu, comme elle. Ce retour aux sources est marqué comme un vrai tournant dans l’amitié qui la lie à Lila, indispensable à sa réussite et son épanouissement.

      Si les tomes précédents suivaient également une trame historique qui nous permettait de nous plonger dans l’Italie des années 60-70, ce dernier tome est le plus « engagé » en terme de féminisme et de politique. A travers des yeux d’enfant, on ne distinguait pas forcément « les méchants ». Ici, c’est une femme de quarante ans marquée par son passé qui relate la triste réalité des « voyous » napolitains ; qu’ils soient camorristes, députés, juristes ou professeurs, tous ces hommes ont sali la société italienne dans laquelle elle avait tant de mal à s’émanciper. 

       

       

      Pour tous ceux que le mystère Ferrante continue de fasciner, sachez que la saga serai bientôt adaptée sur petit écran. Chacun des quatre livres de la tétralogie sera décliné en huit épisodes, dont les droits de diffusion ont été acquis, en France, par le groupe Canal +Elena Ferrante a participé à l’écriture de l’adaptation. 

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