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      Critique « La Tresse » de  Laetitia Colombani : un roman intimiste et universel

      La Tresse est le premier roman de Lætitia Colombani, publié en 2017 chez la Maison d’édition Bernard Grasset. Née en 1976, à Bordeaux, Lætitia Colombani est réalisatrice, actrice, scénariste et écrivaine française. Grâce à La Tresse, elle reçoit de nombreux prix comme le Prix Relay des voyageurs lecteurs, le Trophée littéraire des femmes de l’économie ou encore le Globe de cristal du meilleur roman. En 2018, le roman a été adapté en album jeunesse, sous le titre La Tresse ou le Voyage de Lalita. Véritable succès, La Tresse fait alors partie de ces romans qui se conseillent et se transmettent, de bouches-à-oreille.

      Portrait de Laetitia Colombani, autrice du roman "La Tresse"
      Portrait de Laetitia Colombani, autrice du roman « La Tresse »

      «  Je voulais lui offrir ce roman en hommage à son courage. J’étais loin d’imaginer un tel succès. ».

      C’est en accompagnant une amie atteinte d’un cancer du sein pour choisir une perruque que Lætitia Colombani a eu l’idée de La Tresse.

      La Tresse : trois continents, trois femmes, trois histoires

      Première page de couverture du roman "La Tresse" de Laetitia Colombani, édition Roman Grasset, 2017.
      Laetitia Colombani, « La Tresse », édition Roman Grasset, 2017.

      Trois femmes, trois vies, trois continents et trois destins. C’est ce que raconte Lætitia Colombani dans son roman La Tresse. D’abord en Inde, nous découvrons Smita, une jeune femme appartenant aux Intouchables. Dans la société indienne, la population s’organise en fonction d’un système de castes d’après un critère de pureté. Les Intouchables sont alors exclus de toute caste, car, selon l’hindouisme, ils auraient commis des actions impures au cours de leurs vies antérieures. Les hindouistes considèrent qu’ils polluent par leur simple présence. Dès lors, ils sont privés de toute relation avec des personnes intégrées dans le système des castes. C’est donc hors de la société indienne que Smita, l’une des trois femmes du roman, se situe. Mariée à un chasseur de rats, elle nettoie à l’aide de ses mains, les toilettes de son village, comme le faisait sa mère.

      En Sicile, nous faisons la rencontre de Giulia, une ouvrière qui travaille dans l’atelier de traitement de cheveux de son père. Il s’agit du dernier atelier de ce genre à Palerme qui se transmet depuis trois générations. Elle trie, lave, décolore et teint des mèches de cheveux fournies par les coiffeurs de la ville. Lorsque son père est victime d’un grave accident, elle découvre que l’atelier familial croule sous des dettes. Au Canada, nous suivons la vie effrénée de Sarah, avocate, mère de trois enfants et deux fois divorcée. Elle va être promue à la tête de son cabinet lorsqu’elle apprend sa maladie.

      Chapitre après chapitre, en alternant à chaque fois les narratrices, Lætitia Colombani nous fait découvrir des fragments de vie de ces femmes, entre espoirs et désillusions. Alors que tout semble les opposer, nous comprenons au fil des pages qu’elles sont liées par quelque chose qui les dépasse.

      Des portraits de femmes à l’aube d’une nouvelle vie

      Première page de couverture de "La Tresse ou le voyage de Lalita" de avec Laetitia Colombani et l'illustratrice Clémence Pollet, édition Grasset Jeunesse, 2018 : l'adaptation du roman "La Tresse".
      Première page de couverture de « La Tresse ou le voyage de Lalita » de avec Laetitia Colombani et l’illustratrice Clémence Pollet, édition Grasset Jeunesse, 2018 : l’adaptation du roman « La Tresse ».

      Lorsque nous rencontrons ces femmes, elles sont à un moment clé de leur existence, à la croisée des chemins. Face à l’adversité de la vie, elles décident de prendre leur destin en main, toutes animées par la même soif de liberté. Pour Smita qui vit dans une profonde misère, elle rêve que sa fille puisse échapper à cette tradition ou plutôt malédiction qui se transmet de mère en fille. Elle fera tout pour que sa fille accède à une éducation, même si elle doit aller à l’encontre des croyances locales et s’opposer à la volonté de son mari.

      Pour Giulia, du haut de ses vingt ans, elle refuse l’idée d’un fiancé imposé par la famille ainsi que les diktats de la société. Au moment où son père se retrouve hospitalisé, elle doit reprendre l’affaire familiale. Dès lors, toute la responsabilité et la charge de l’atelier reposent sur ses épaules. Bousculant sa vie qu’elle souhaitait tranquille, elle se retrouve alors confrontée au monde de l’adulte, avec pour délicate mission de sauver l’avenir de l’entreprise et de ses ouvriers.

      Quant à Sarah, avocate réputée, elle a, tout au long de sa carrière, construit un mur entre sa vie professionnelle et privée. Mais, ce mur se fissure progressivement lorsqu’elle apprend qu’elle a un cancer du sein. Connaissant le monde impitoyable dans lequel elle évolue, elle fera tout pour cacher sa maladie. Ainsi, elle essayera, tant bien que mal, de mener deux combats en même temps : ses nombreux procès et ses chimiothérapies qui l’épuisent.

      Une quête d’émancipation contre les diktats de la société

      Au cœur de La Tresse, Lætitia Colombani met en lumière la condition de la femme à notre époque, époque où le concept de « charge mentale » est de plus en plus abordé. Elle peint avec justesse et sensibilité des portraits de femmes à la fois fortes et courageuses. Celui d’une mère prête à tout pour sa fille, d’une jeune adulte à l’aube de sa vie de femme et d’une femme moderne, touchée par un cancer. Qu’il s’agisse de Smita, de Giulia ou encore de Sarah, elles portent toutes à leur façon le poids des traditions et des discriminations.

      Malgré les différences culturelles, l’image et le rôle de la femme du point de vue de la société demeurent inchangés. Face à l’homme, elle doit être soumise, dévouée, travailleuse, être à la fois une bonne épouse et une mère modèle. À travers cette quête d’émancipation, ces héroïnes cherchent à s’affirmer en tant que femme et à s’affranchir des conventions sociales. Préférant choisir leur destin, elles vont à l’encontre d’une société patriarcale établie depuis des siècles. Dans l’espoir d’un avenir meilleur, elles empruntent des chemins sinueux, compliqués et dangereux, pour parvenir à se libérer.

      La Tresse, un titre symbolique

      Double page brute de l'illustratrice Clémence Pollet pour l'adaptation intitulée "La Tresse ou le voyage de Lalita", chez Grasset Jeunesse. Une adaptation qui se concentrera sur la partie indienne du roman.
      Double page brute de l’illustratrice Clémence Pollet pour l’adaptation intitulée « La Tresse ou le voyage de Lalita », chez Grasset Jeunesse. Une adaptation qui se concentrera sur la partie indienne du roman.

      Le titre La Tresse est la clef de voûte du roman. Si il nous rappelle le geste intime et universel d’une mère qui coiffe les cheveux de sa fille, il symbolise également le lien entre ces trois femmes. Dès lors, nous nous demandons comment leurs combats vont-ils parvenir à s’entrelacer. Comment la volonté d’émancipation de Smita, permettra de changer dans un premier temps, la vie de Giulia, puis de Sarah ? Et la réponse est simple : c’est que que nous appelons l’effet papillon.

      Sans le savoir, elles sont unies dans leurs destinées par un lien invisible : celui d’une simple tresse coupée. En effet, cette tresse coupée est celle de Smita qui entreprend un pèlerinage pour offrir ses cheveux au dieu Vishnou, dans le Temple de Tirupati. Faire don de ses cheveux constitue une tradition ancestrale et millénaire permettant de renoncer à toute forme d’ego. À la suite de cette offrande, nous pouvons imaginer que la tresse de Smita se retrouve dans l’atelier de Giulia, pour devenir une perruque. Peut-être celle que portera Sarah pendant ses traitements. C’est l’effet papillon. 

      Un roman intime et universel

      Avec poésie et simplicité, La Tresse est alors une ode à la femme, entre solidarité, espoir et résilience. Smita, Giulia et Sarah incarnent toutes les femmes, à la fois ordinaires et authentiques, inscrites dans leur quotidien. À travers ce roman, Lætitia Colombani démontre que le combat de chaque femme est celui de toutes les femmes. Un combat contre les inégalités.

      Marion Caudal
      Rédactrice et autrice en art contemporain

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