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      Critique du roman Leia princesse d’Alderaan : un gentil fan service

      Claudia Gray poursuit son travail dans l’univers officiel de starwars avec son troisième roman, le second consacré à la Princesse Leia. L’auteure choisit de lever le voile sur un élément encore obscur de l’histoire. Comment la jeune héritière d’Alderaan a-t-elle construit son engagement politique ? Comment une adolescente est-elle devenue l’un des pivots de la rébellion ? L’auteur a dû aussi intégrer dans sa narration une contrainte imposée par les executive de Disney : tisser des liens avec l’épisode VIII. Le résultat comblera sans doute les fans de l’univers mais laissera les amateurs d’histoire forte sur leur faim.

       

      Leia : l’éveil politique d’une adolescente

      L’intrigue est assez facile à suivre. Leia fête ses seize ans et à cette occasion se plie à une tradition ancestrale. Devenant en effet héritière officielle du trône, elle doit remplir trois épreuves : le défi du Corps, de l’Esprit et du Cœur. Pour relever le second défi, elle intègre le programme impérial législatif pour la jeunesse. Elle peut ainsi approfondir sa compréhension du rouage de l’administration impériale, découvrir l’oppression exercée sur de nombreuses planètes et surtout en apprendre plus sur ceux qui s’opposent à Palpatine. Car Leia au fond d’elle-même se pose de plus en plus de questions sur ses parents distants, absents et secrets. En découvrant leur implication dans la future rébellion elle va tenter de leur prouver qu’elle peut également faire partie du futur combat.

      L’histoire emprunte des thèmes assez convenus : la rébellion d’une adolescente, l’indignation d’une jeune fille, l’incompréhension devant l’inertie du monde. Si le style de Claudia Gray est agréable, en revanche, son intrigue manque de profondeur. En effet, le lecteur suit les pérégrinations de la princesse, les réunions, les expéditions, les conférences. Tout s’enchaîne très vite sans véritable danger pour cette jeune fille qui à 16 ans sait se jouer de tous les rouages administratifs. Des passages plus politiques où de jeunes citoyens débattent sur la politique impériale sont intéressants mais ils sont trop vite expédiés. L’auteur explore de très bonnes idées mais sans les développer : quel niveau de violence est acceptable pour renverser le tyran ? quelle lutte sociale doit-on engager ? Ce qu’il manque à cette histoire, c’est un enjeu qui regroupe les aventures de Leia. Car si l’on sait qu’elle va intégrer l’Alliance, il aurait été utile de construire une intrigue plus complexe expliquant son futur basculement.

      Leia princesse d’Alderaan : un fan service mal exploité

      Dès la couverture, le ton est donné. Ce volume doit être un « voyage vers Star Wars : les derniers Jedi ». Cela semble assez curieux d’imposer une telle contrainte à l’auteure. Car cet épisode VIII est celui qui enrichit le moins l’univers, qui a fait le moins avancer l’intrigue de la postlogie et qui a même posé d’énormes soucis de cohérence et de continuité. Or ce livre doit venir « sauver » ce qui peut l’être de cet opus mal-aimé. L’auteure fait ce qu’elle peut en introduisant le personnage d’Amilyn Holdo et la planète Crait. Elle offre ainsi un passage sur la planète de sel et des dialogues à Holdo mais sans plus. Et comment lui en vouloir, compte tenu du peu d’informations et de développement de ces deux éléments dans le film.

      Et paradoxalement les seuls éléments de fan service vraiment convaincants, suscitant des enjeux, concernent les références aux autres films de la saga. C’est d’abord la mention de Saw Guerrera (Rogue One). Il arrive brutalement et provoque une vraie tension dans la narration. Dommage que l’auteure n’en est pas fait un élément pus central dans l’intrigue et dans les réflexions de la princesse. Il y a également le parallèle entre Leia et sa vraie mère, que soit par son physique que par ses actions. Ce point crée un très beau moment de suspense trop vite évacué.

      Leia princesse d’Alderaan : tout est trop facile

      Il y a un point qui risque de surprendre à la lecture de ces 400 pages, c’est la facilité avec laquelle la princesse triomphe des embûches. Rien ne résiste à sa logique et à ses convictions que ce soit le grand Moff Tarkin, les fonctionnaires impériaux ou le secret de ses parents. L’empire, notamment ses services de renseignement, passe pour un ramassis d’incompétents notoires. Or le livre ne cesse en parallèle d’insister sur le contrôle permanent des agents de l’empereur, les risques encourus par les futurs rebelles. Tout concourt à décrédibiliser l’univers mis en place.

      Ce désamorçage des enjeux est peut-être la conséquence des contraintes inhérentes du projet. Une origin story qui n’en est pas une, une histoire qui cible plutôt un lecteur adolescent. Une volonté de mettre en scène le destin inévitable de l’autre élue. Il est regrettable que l’auteure ne se soit plus appuyée sur les travaux de Joseph Cambell et la construction d’un mythe. Car à côté de celles de Luke, les épreuves de Leia sont plus fades.

      Au final, Leia princesse d’Alderaan satisfera les amateurs du genre. Cet exercice de style profite d’une écriture agréable qui masque le manque d’enjeux et de suspense

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