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      [ARTICLE DU MOIS] Florilège des adaptations cinématographiques de romans

      Selon une étude publiée récemment (Publisher’s Association) l’adaptation d’un roman au cinéma assurerait en moyenne 53% de recette en plus qu’un scénario original. Lesquelles nous ont plu, lesquelles nous ont déplu? Nos rédactrices vous ont préparé un florilège du pire et du meilleur des adaptations cinématographiques de romans.

       

      Jack et la mécanique du coeur de Mathias Malzieu


      Jack est né le jour le plus froid du monde. Malheureusement, son cœur en est resté gelé. Madeleine, sa mère adoptive, va lui bricoler un cœur à partir d’une horloge. Pour pouvoir vivre normalement, Jack doit suivre trois règles : « premièrement ne touche pas à tes aiguilles, deuxièmement ta colère tu devras maîtriser, et enfin jamais, au grand jamais, tu ne devras tomber amoureux ». Lors d’une balade en ville, Jack va enfreindre la plus importante des trois règles. Il va tomber amoureux. A l’adolescence, Jack va partir dans un grand voyage pour retrouver la fille dont il est amoureux. Le roman de Mathias Malzieu est plein de poésie. On y croise des personnages loufoques et des mondes incroyables. Sa prose est très musicale : les répétitions, la construction des phrases, les figures de style créent une mélodie qui donne à ce roman son caractère unique. En réalisant lui-même l’adaptation de son roman, Mathias Malzieu a réussi à conserver cet univers et cette musique qui lui sont propres. Les acteurs (Olivia Ruiz, Jean Rochefort, Grand Corps Malade) interprètent à la perfection leurs personnages. Bref, le film est aussi réussi que le roman !

       

      L’Écume des jours de Boris Vian par Michel Gondry – De la poésie au rêve


      Probablement composé à la toute fin de la seconde guerre mondiale et paru juste après (1947), L’Écume des jours ne connaît pas, à sa sortie, le succès qu’il mérite. Boris Vian, son auteur, alors âgé de 26 ans, est un avant-gardiste, promis très jeune à une mort certaine, qui malgré les absurdités vécues, s’est promis de croquer la vie à pleines dents. Il met en scène Colin, un jeune homme gâté par la vie, beau, riche et intelligent, à qui il ne manque qu’une toute petite chose pour être réellement épanoui : l’amour. Il rencontre Chloé et c’est le coup de foudre : très rapidement le couple se marie. Et c’est alors que les choses se gâtent.
      Adapter L’Écume des jours sur grand écran n’est pas un jeu d’enfant, c’est d’ailleurs sans doute pour cela que personne d’autre ne s’y était attelé avant. Qui d’autre que Michel Gondry pouvait retranscrire visuellement ce trésor littéraire ? Le roman de Boris Vian que l’on peut presque assimiler à un conte propose un univers unique, avec des objets vivants et des inventions fantasques, comme le pianocktail, très justement mis en valeur dans l’adaptation de Gondry. Romain Duris (Colin) et Audrey Tautou (Chloé), forment le couple emblématique (et presque logique) ; et accompagnés de Gad Elmaleh et Omar Sy, entre autres, ils déambulent dans le Paris onirique de Gondry, forcément intemporel. Le réalisateur a su rendre moderne la créativité de Boris Vian, et se permet même de survoler le grand chantier du réaménagement des Halles de Paris, dans un véhicule typiquement Vianesque, pourtant imaginé par Gondry.


      Si l’adaptation est une réussite, c’est parce que le réalisateur éclectique (Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou encore Be kind, Rewind, mais aussi le clip de Je danse le mia d’IAM, ou celui de Like a Rolling Stone des Rolling Stones) est un grand fan de Boris Vian à qui il décide de rendre hommage. En tant que lecteur, notre imagination est ravie par le style de Boris Vian, qui nous emporte dans un monde où tout est possible. L’univers visuel est parfaitement traduit par Gondry : Sartre devient une marionnette burlesque, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et bien sûr, le jazz…
      Et si L’Écume des jours est tombé dans l’oubli au moment de sa sortie, après les révoltes de mai 68, il est devenu le livre emblématique de la jeunesse : Boris Vian avait vu avant nous les dégâts de la société de consommation à outrance. Sa critique du travail est respectée par le réalisateur qui met en scène des séquences rappelant Les Temps Modernes dans lesquelles l’homme est assimilé à une machine. Si le travail est esclavage, c’est parce qu’on passe trop de temps à essayer de « gagner sa vie » et qu’il nous reste alors trop peu de temps pour en profiter. Gondry met en évidence l’ingéniosité de l’auteur en donnant vie aux objets, tandis que les humains sont tous quelque peu déshumanisés.  


      La modernité insolente de L’Écume des jours a permis à Michel Gondry une adaptation réussie près de soixante-dix ans après la sortie du roman de Boris Vian.

       

      La Fille du Train de Paula Hawkins par Tate Taylor

      La Fille du Train est le genre de roman qui vous accroche dès les premières pages et vous tient en haleine tout au long de l’histoire. Dans ce premier roman de Paula Hawkins, on découvre l’existence misérable de Rachel, dévorée par l’alcoolisme et les souvenirs de son ancienne vie heureuse, qui semble bien loin d’elle à présent. Son seul petit plaisir: prendre le train et apercevoir depuis la fenêtre un couple de jeunes gens semblant vivre une vie parfaite. Celle que Rachel aurait tant aimé avoir. Mais son quotidien lugubre est vite chamboulé lorsque notre héroïne ne voit plus la jeune femme du couple, et se persuade que quelque chose de terrible lui est arrivé. Cependant, qui pourrait croire une alcoolique dépressive comme elle? Le roman, sorti en 2015, a été une des meilleures ventes littéraires de l’année dans de nombreux pays. Hollywood ne pouvant passer à côté de l’engouement autour du thriller a rapidement acheté les droits et, un an après, l’adaptation cinématographique sortait sur nos écrans. Avec un casting plutôt honorable (Emily Blunt, Justin Theroux, Luke Evans), le film a vite attiré les fans du roman. Mais quelle ne fut pas leur déception! Des longueurs gênantes, des dialogues pauvres et des acteurs semblant perdus au milieu d’une histoire qui ne leur avait pas été expliquée avant. L’ambiance tendue et addictive du roman de Hawkins n’a pas survécu à cette tentative d’adaptation, et regarder le film jusqu’au bout peut s’apparenter à du masochisme. Alors que certaines adaptations de thriller littéraire ont su faire honneur au roman (Gone Girl), La Fille du Train s’appréciera mieux sous son format papier.

       

      L’Amant de Marguerite Duras par Jean-Jacques Annaud – De l’Hommage au Désamour

      Née en 1914 dans la province de Gia Định au Vietnam, Marguerite Donnadieu (connue sous le nom de plume de Marguerite Duras) est une femme de lettres, dramaturge, scénariste et réalisatrice française. Elle prend part au mouvement du Nouveau Roman qui rejette l’idée (considérée comme dépassée) d’intrigue, de portrait psychologique voire de nécessité des personnages ; et qui précédera le mouvement de la Nouvelle Vague au cinéma.
      Révélée dès 1950 par Un Barrage Contre le Pacifique (déjà d’inspiration autobiographique, le roman ne reçut qu’un accueil mitigé), Marguerite Duras est mondialement (re)connue grâce à L’Amant (1984), un succès critique et publique dès sa publication : il vaut à son auteure le prix Goncourt l’année de sa publication puis le prix Ritz-Paris-Hemingway en 1986. Qualifié d’autofiction, ce roman autobiographique retrace la jeunesse de Duras en Indochine française, au côté de sa mère (enseignante vénale qui nourrit pour sa fille un amour en demi-teinte) ses frères Pierre (le favori, brutal et dominateur) et Paul (l’enfant fragile et timide, qui mourra jeune). L’exploration sensuelle et sexuelle occupant une place centrale (l’ « enfant » entretient des relations ambiguës avec ses frères et semble troublée par sa camarade Hélène Lagonelle), le roman évoque la période charnière de la première expérience sexuelle et amoureuse de Duras avec un riche héritier Chinois, une véritable provocation vis-à-vis des conventions sociales, économiques et culturelles de l’Indochine des années 1930’.
      Récit à la première personne se focalisant sur le ressenti et l’exploration psychologique, les épisodes marquants sont retranscrits (à première vue) sans ordre logique ni souci de respecter la chronologie des événements. Ce roman comporte tous les éléments caractéristiques de l’écriture si singulière de Duras : déstructuration des phrases, des personnages, de l’espace et du temps, attente, sensualité et alcool… L’auteure ne semble donc pas s’embarrasser des détails « futiles » de son récit comme l’exactitude des dates, des noms ou des lieux. Ce qui a pour effet de conférer à l’ensemble une aura intemporelle et vaporeuse, un moment de vie en dehors de l’espace et du temps, enveloppé de la mélancolie du souvenir.
      En 1987, Claude Berri propose à son ami Jean-Jacques Annaud de réaliser l’adaptation cinématographique. Le cinéaste préfère refuser l’offre suite à sa collaboration harmonieuse avec Umberto Eco, persuadé qu’il est impossible d’entretenir une telle entente avec la réputée très difficile Marguerite Duras. La suite lui donnera malheureusement raison. Coutumier des récits initiatiques dans des décors qu’il exploite comme des personnages à part (La Guerre du Feu (1981), Le Nom de la Rose (1986), L’Ours (1988)), il finit par accepter, trop tenté par l’idée de traiter un récit au féminin dans un cadre aussi exotique que la France coloniale (un environnement déjà exploité dans La Victoire en Chantant). Les discussions houleuses avec l’auteure, la découverte du paysage vietnamien et les témoignages des survivants de l’époque permettent à Annaud de se forger sa propre vision de l’histoire, en contradiction avec les souvenirs, par définition très personnels, de Duras. Par souci de lisibilité et de compréhension pour le spectateur, Annaud retranscrit le récit décousu et le discours intérieur en une histoire à la temporalité plus claire et au propos clarifié, notamment par le biais de la voix off (Jeanne Moreau, ancienne amie de Duras, accepte en sachant que l’auteure en serait mécontente) établissant un pont entre le passé et le présent de la narratrice.
      Le film sensuel et charnel révèle la jeune Jane March (mannequin eurasien repéré sur une couverture du magazine Seventeen alors qu’elle n’a que 19 ans) face à un Tony Leung Ka-Fai déjà reconnu. L’adaptation connaît un succès immédiat : l’œuvre est nominée aux Nippon Akademī-shō, aux Césars et aux Oscars 1993, et remporte notamment le César de la meilleure musique originale grâce aux compositions de Gabriel Yared. L’histoire d’amour et de sexe entre la jeune fille et le Chinois devenue fil conducteur et la dimension amère du passé évoqué dans un présent bien moins idyllique totalement écartée, le film est à la fois une retranscription trahissant le texte d’origine. Sans surprise, Duras déteste le fruit du travail d’Annaud, clamant que l’adaptation cinématographique ne capte pas le réel message du récit, le film n’ayant en commun avec l’œuvre originale que le titre. Titre qu’elle s’empresse d’ailleurs de changer lors de la réédition du roman en 1991 qui devient L’Amant de la Chine du Nord : cette version est en réalité une réécriture, une sorte de script du film qu’elle aurait aimé voir à l’écran. Ce nouvel ouvrage est également l’occasion d’approfondir des éléments évoqués dans le Barrage ou L’Amant : l’inceste consommée avec son frère Paul et la prostitution d’Hélène Lagonelle sont désormais faits établis.

      Œuvre moderne et provocante marquée par le style si particulier de l’auteure qui bouscule les codes de la narration littéraire, théâtrale et cinématographique, L’Amant est un récit d’introspection prenant tour à tour des airs de drame familial puis de chronique d’émois adolescents. Roman aux multiples aspects et aux sujets pluriels, le récit s’attarde sur une période capitale de la construction personnelle de l’auteure en tant qu’artiste et en tant que femme. Oscillant entre autofiction romancée et confession couchée sur le papier, L’Amant participe à l’écriture du mythe de Duras par Duras, une œuvre difficilement voire impossible à adapter sur grand écran tant les mots et leur ambiguïté participent à l’aura de mystère qui entoure l’auteure et son œuvre.

       

      The Shining de Stephen King repris par Stanley Kubrick


      The Shining, adapté au cinéma par le monument Stanley Kubrick, est devenu un des films d’horreur les plus reconnus de la planète. Lorsqu’en 1980 Kubrick obtient les droits de la maison d’édition pour adapter ce livre (la grande spécialité de Kubrick), King décida de travailler avec lui. Kubrick étant assez déterminé et tyrannique, tenait tout de même à créer lui-même sa propre interprétation, qui a donné le film que vous avez probablement tous.tes déjà vu.
      Alors finalement, qu’en est-il de la populaire adaptation lorsque l’on connait l’histoire originale?
      A commencer par celui qui a plus que tout le droit de donner son avis: King lui-même. Comme vous pourrez l’entendre dans l’extrait ci-dessous, King a détesté l’adaptation de ses personnages. Il pense (et nous avons pensé pareil à Just Focus) qu’ils détournent totalement le déroulement de l’histoire. Jack est présenté comme étant le personnage principal du film alors que le protagoniste est censé être Danny (totalement effacé du film). Il pense également que la Wendy du film est le personnage “le plus misogyne qui puisse exister”.


      En effet, dans le livre Wendy est toujours très présente pour sa famille et est présentée comme une femme forte mentalement, qui doit à la fois gérer l’alcoolisme et les débordements de son mari ainsi que les maux de son fils et sa précocité intellectuelle.
      D’autre part, Danny est quand même censé être le personnage central de cette histoire. C’est bien lui qui possède “The Shining”. D’ailleurs, le livre s’appelle bien “The Shining, l’enfant lumière”.
      Bref, vous l’aurez compris, Kubrick a totalement remanié à sa manière la façon de voir les personnages et d’interpréter leur importance au sein de l’histoire.
      Par ailleurs, l’histoire en elle-même a subi quelques modifications, bien que les scènes aient été assez bien reproduites, comme par exemple toute la fin lorsque Jack se fait enfermer dans la chambre froide etc…
      Les scènes où Danny va chez le docteur ont toutes été omises (normal, Danny n’a plus d’importance dans le film), ou alors les scènes où Jack investigue sur l’hôtel. Un autre élément important voire central qui a été oublié: la chaudière de l’hôtel Overlook (on vous laissera aller découvrir cela par vous-mêmes).
      Si l’interprétation du film de Kubrick vous intéresse, nous vous invitons à regarder le documentaire Room 237 qui retrace l’histoire du film.

       

       

      Comme toujours on attend vos retours, vos conseils et vos lectures. Selon vous, quelles adaptations ont été des réussites, ou au contraire, des échecs?

       

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