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    L’instinct du sens : essai sur l’origine de la parole

    Dans son ouvrage, L’Instinct du sens, publié en 2021, aux éditions Des auteurs des livres, Philippe Barbaud, né en 1940, présente une étude scientifique, érudite et magistrale, sur la question des origines de la parole et de la pensée.

    Philippe Barbaud, un linguiste de renom

    Ce chercheur, qui a été professeur de linguistique à l’Université du Québec au Canada, a publié plusieurs ouvrages sur les langues, la grammaire, leurs valeurs et leur histoire : citons, par exemple, Syntaxe référentielle de la composition lexicale, L’Harmattan, 2009, et, Le Choc des patois en Nouvelle-France. Un essai sur la francisation du Canada, PUQ, 1984. On peut évoquer, notamment, son approche de l’évolution singulière du français canadien et son invention de la notion de “québécisme grammatical” caractéristique de cette étude, où il prend ses libertés avec les néologismes et le sens des mots. Ce trait, remarquable, dans tout l’ouvrage, apporte un regard nouveau sur la réflexion qui s’attache à l’origine des langues, du langage, et de son expression, dans la parole, à l’ère de la préhistoire.

    Un domaine très contredit

    L’essai allie des méthodes d’analyse de différents champs disciplinaires, abordant cette question difficile à cerner, faute de documents probants, à la fois par la biologie, les neurosciences, la paléonthologie, la linguistique et la philosophie de l’historien des idées, …

    Cette étude constitue, ainsi, une somme pour le chercheur, qui fait l’état des lieux des recherches dans un domaine où les contradicteurs ne manquent pas.

    L’instinct du sens, essai sur la préhistoire de la parole

    Philippe Barbaud marque ses positions sur les origines de la parole, en donnant place à l’importance, fondatrice, du sens dans l’évolution des différentes parlures. L’étude du langage s’inscrit dans une approche dite évolutionnaire, plus encore qu’évolutionniste (Darwin), par son apport central pour l’homme, qui se distingue de ses ancêtres et des animaux, par la pensée de la langue. L’homo sapiens de la préhistoire a su inventer un langage, qu’il a façonné, peu à peu : cette révolution est le fruit de 2, 5 millions d’années. La parole est née dans la communication avec le monde et dans des échanges qui ont subi la corrosion du temps, la récursivité linguistique et l’empreinte spirituelle de la mémoire, dans des environnements toujours singuliers, qu’il ne faudrait pas négliger.

    Comment l’Homme s’est mit à parler ?

    Au lieu d’opposer l’instinct au sens, la phonation du protolangage, à la faculté d’abstraction et à la pensée dans la langue, le chercheur les associe, d’emblée, par le choix de son titre. On peut y lire un hommage paradoxal, mais indéniable, à l’“esprit-mémoire” du langage qui traverse les siècles : “Je parle, donc je pense”.

    La rencontre entre la préhistoire et la linguistique (structuraliste) aura donné la part belle à l’esprit de la langue, une “Big data” à part entière, selon Philippe Barbaud, malgré les prouesses actuelles de l’intelligence artificielle. Si ce chercheur s’appuie, plus spécifiquement, sur les progrès de la science, il n’en revient pas moins à la visée surplombante du penseur. L’homme serait tributaire de sa parole, qui détermine un langage, une “grammaire universelle” (Chomsky). Si Philippe Barbaud renoue avec les philosophes des Lumières, par son approche, en partie mécaniste et sensualiste de la naissance de la langue (l’instinct), il l’associe, toujours, à une approche historique évolutionnaire paradoxale, par la part de liberté de l’homme parlant.

    Une rencontre linguistique

    L’essai s’ouvre, ainsi, sur l’image d’un bateau, la Nouvelle France, et sur la rencontre entre les langues de plusieurs pays. De nombreuses références à ces langues fondent l’approche pragmatique de ces recherches, où l’analyse de la théorie du langage et de l’expression de la parole dans les langues, constituent un point de départ essentiel. De même, l’auteur insiste sur le lexique et sur la place de l’invention des mots, avant de se tourner vers la phrase. L’étude se compose de trois parties qui remontent de l’approche plus biologique et neuroscientifique (“L’homme est un animal qui a perdu son langage”), à des questions philosophiques (“Ce que le galet veut dire”), avant d’en venir à une approche plus linguistique (“La matrice de toutes les langues”), au nom d’une grammaire universelle.

    L’importance du lexique

    L’ouvrage s’accompagne d’un glossaire spécialisé qui éclaire l’importance du lexique : le mot ouvre la voie à l’évolution de la pensée et à son approfondissement dans de vastes ramifications abstraites.

    De l’invention du feu au mot, et, des mots au sens, Philippe Barbaud trace des liens multiples, qui ne peuvent être comparés à l’apprentissage d’une langue par un enfant. Le nouveau-né hérite, l’homme préhistorique invente.

    Sans doute est-ce là que l’homme, contemporain, trouve sa part de liberté, son humanité, un sens premier.

    Philippe Barbaud, L’Instinct du sens, 2021, éditions Des auteurs des livres / 978-29570999-9-3

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