Les vampires attaquent en masse dans Killadelphia

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Après être placé en retrait pendant des siècles, l’armée des ombres est sortie des tombeaux pour se déverser dans les rues de Philadelphie.  Dans le troisième livre de Killadelphia, la guerre est déclarée et le camp du bien est en mauvaise posture…

Un parcours individuel au milieu du carnage

Les premières pages de la suite de Killadelphia sont brillantes. Un prêtre irlandais a perdu la foi en l’humanité et se retire donc de la prêtrise. Flanagan écoute une dernière confession mais est surpris : il s’agit de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis. Le lecteur l’ayant aperçu dans le premier tome découvre son parcours depuis qu’il est devenu vampire. L’ex-président a vendu ses esclaves et fuit sa plantation mais n’a pu reconquérir son premier amour. Depuis sa métamorphose, il a cherché à regagner l’adulation des masses en devenant chanteur de rock. Dans ce tome, il songe à revenir en politique. Ces premières pages sont certes prenantes mais, sans un résumé au début, elles ne sont pas les plus faciles à suivre plusieurs mois après la sortie du tome précédent.

En parallèle, les légions de vampires d’Abigail se déversent dans les rues de Philadelphie. Elle cesse de rester dans l’ombre de son époux John Adams et fait le choix de rendre l’existence des vampires publique. Face aux suceurs de sang, le camp du bien est sérieusement atteint. Après son père policier, c’est au tour du détective Jimmy Sangster de se transformer en vampire. Ses proches tentent d’enrayer le processus avant que son âme ne soit définitivement perdue. Englués dans leurs problèmes personnels, les Sangster sont dépassés par les vampires et se cachent. Ils sont rejoints par leur adversaire du premier tome : John Adams.

Pour la plus grande partie des pages, Jason Shawn Alexander se charge du dessin dans une sombre ambiance toujours aussi superbe. Le noir est très présent avec un sentiment d’urgence et un aspect charbonneux par la multiplication des traits. Le réalisme des visage se mêle avec l’épure des décors. Jason Shawn Alexander montre avec furie le déchaînement des vampire par des scènes gores : Abigail arrache une tête et l’utilise comme un verre. Alexander participe également à la réflexion sur la représentation en montrant un Jésus très loin des vitraux médiévaux. Son trait sied également à merveille aux pages plus mystiques de la deuxième partie de Killadelphia. Dans un récit parallèle, les dessinateurs Well-Bee et Chris Mitten ont un style proche avec la même inspiration de Bill Sienkiewicz, mais le coloriste Luis NCT laisse sa place à des pages en noir et blanc.

Un fils dans la tourmente de Killadelphia
Un fils dans la tourmente de Killadelphia

Un portrait à de multiples échelles

Dans Killadelphia, le scénariste Rodney Barnes fait le récit d’une famille afro-américaine perturbée. Sous l’effet de sa transformation, Jimmy Sangster tente de mordre sa compagne Jose. Au-delà de son problème physique, il ne cesse de se comparer à son prestigieux père mais n’arrive pas à atteindre son niveau et pense avoir tout échoué. Cette insatisfaction est au cœur de la deuxième partie du livre. Son père le réconforte. Il veut racheter une éducation sévère et affirme être toujours là pour lui, ce qui est juste étant donné qu’il est un vampire ! Pourtant, on découvre dans ce tome que les Sangster sont affectés par une violence traversant les générations.

Au fil des tomes, Killadelphia dessine le portrait des groupes sociaux d’une ville. Abigail et son époux John Adams représentent l’élite blanche de la ville tandis que la plupart des autres personnages sont des Afro-Américains. Le magicien Seesaw est un petit truand d’un ghetto et Jupiter symbolise le traumatisme encore présent de l’esclavage. Cependant, Killadelphia dépasse la fatalité sociale. Chacun a une marge de manœuvre pour le bien ou le mal. Seesaw va tenter de guérir un flic

Killadelphia décrit la confrontation de multiples visions de l’Amérique. John Adams voulait organiser un complot de vampires afin que son groupe minoritaire accède au pouvoir. Abigail se fiche des inégalités. Puissante même si elle est membre d’un groupe minoritaire, elle déchaine sa force en se moquant des plus faibles. Ce volume décrit la revanche d’une femme mise de côté pendant des siècles. La vision la plus sombre est celle de Thomas Jefferson. L’ancien président réfléchit sur le but des États-Unis dans le chapitre Destinée manifeste. Le rêve des pères fondateurs d’une société égalitaire est un échec et le pays vit dans l’opposition entre faire nation et accueillir les différences. Pour lui, le pays est dès l’origine raciste et le restera. La seule solution est de dépasser les divisions en rassemblant les différents clans. Si ces débats politiques sont passionnants, les dialogues manquent parfois d’originalité et les péripéties de rythme.

Édité par Huginn & Muninn, Killadelphia prolonge dans ce troisième volume le mélange entre vampirisme et politique. Dans le dernier chapitre, le conflit atteint le centre-ville mais le camp du bien reçoit une aide déterminante et mordante…

Retrouvez sur le site les chroniques du tome un et de la suite.