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      La sale vérité sur les contes de fées selon Lou Lubie

      Blanche-Neige vous agace ? Le Prince Charmant ne vous fait aucun effet ? Vous comprenez totalement qu’on abandonne le Petit Poucet ? Les éditions Delcourt ont pensé à vous avec Et à la fin, ils meurent de Lou Lubie

      Un très beau grimoire

      Une fois n’est pas coutume, il faut tout d’abord saluer le magnifique travail d’édition de Delcourt qui nous propose un superbe écrin pour le livre de Lou Lubie. L’ouvrage imite très judicieusement les recueils de contes du début du siècle. Le lecteur a donc un signet en tissu jaune et admire la couverture vert olive avec des arabesques sur chaque partie extérieure mais aussi des dorures y compris sur les trois parties de la tranche. Quand on ouvre ce bel objet, la première page est une illustration reprenant un motif « de tapisserie » comme à l’époque. De plus, Delcourt propose une bd augmentée avec de nombreux bonus par une application gratuite.

      Cendrillon en action

      Des contes interdits aux enfants

      Lou Lubie débute par un avertissement hilarant. Et à la fin, ils meurent n’est pas à offrir à un jeune enfant et elle a bien raison car un adulte s’y amuse beaucoup plus. Lou Lubie propose ensuite une rafraîchissante lecture de Cendrillon : si cette fille parfaite était martyrisée, elle est surtout une tueuse que son père démissionnaire laisse faire. Les image et surtout les dialogues nous font rire en montrant la violence et le ridicule de certaines histoires que l’on raconte depuis des décennies aux enfants. Un conte égyptien apparaît aux yeux d’un lecteur du XXIe siècle totalement délirant : un homme s’émascule puis enterre son cœur sous un arbre, une femme est tuée puis jetée aux chiens et le signal d’alarme en cas de danger est une bière qui mousse. La version originale de Raiponce devrait être choquante mais on rit beaucoup, tout comme lors de la découverte des théories psychanalytiques sur le petit chaperon rouge. Le rire est également provoqué par le vocabulaire très contemporain et cru – le roi veut niquer – appliqué par Lou Lubie à des contes traditionnels. Quand elle raconte un conte écrit par Perrault puis par les frères Grimm, les auteurs se querellent à propos des modifications. Mais elle rassure également les parents. La violence des contes ne traumatise pas l’enfant.

      Une histoire littéraire inédite

      Lou Lubie revisite les contes

      Et à la fin, ils meurent n’est pas simplement une bd d’humour mais une véritable réflexion littéraire et historique sur le folklore… ainsi qu’un démontage des films de Disney. Très vite, Lou Lubie explique l’origine des contes. La date de créations des premiers est inconnue car pendant très longtemps ils étaient uniquement oraux et n’ont été fixés que tardivement. L’autrice explique clairement les effets de cette mise à l’écrit par l’élite : tout ce qui choque disparaît alors qu’il y a de la violence, de l’immoralité et même du sexe dans les contes originaux. Par une construction brillante, Lou Lubie, à la fois scénariste et dessinatrice, raconte le conte originel et le met en comparaison avec les différentes versions. Elle montre bien l’importance du contexte pour comprendre ces changements et la violence de départ. À chaque chapitre, l’autrice ajoute une version et un sens sur un conte. Cette construction est vertigineuse mais, pour autant facile à lire. Mais c’est également de votre faute si les contes sont niais car le public est déterminant. Perrault et les frères Grimm écrivent pour les enfants et donc aseptisent les contes anciens. Mais ce n’est encore rien en comparaison avec l’eau de javel versée par Disney. Plus rien ne dépasse y compris la mort de la méchante sorcière transformée en accident.

      Lou Lubie passe d’un sujet à l’autre –les tortures vestimentaires en Chine – et voyage tout autour du globe en partant pourtant de contes réputés être la base de notre culture européenne. Cendrillon vient d’un conte chinois du IXe siècle. Elle termine par la perception moderne des adultes sur les contes originaux et les adaptations. Elle répond aussi à des débats contemporains : les contes sont-ils sexistes ? Existe-t-il des contes queer ?

      Et à la fin, ils meurent est une hilarante leçon d’histoire littéraire proposée par Lou Lubie. Si l’autrice fait preuve d’une très grande érudition et le lecteur sort enrichi de ce voyage dans les contes anciens et venus de pays éloignés, il aura aussi beaucoup ri.

      Si l’histoire littéraire vous intéresse, vous pouvez retrouver un chronique sur George Sand et une rencontre impossible entre Voltaire et Newton.

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