La folie chez les super-héros avec l’intégrale Madman

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Personnage majeur des comics indépendant, Madman n’avait quasiment jamais été édité en France. C’est désormais chose faite par les deux premiers volumes de l’intégrale.

Madman, un super-héros a l’identité mouvante

Madman est tout d’abord le récit d’un anti-héros maladroit : Frank Einstein. Deux scientifiques, le Dr Boiffard et le Dr Flem utilisent le corps d’un anonyme décédé dans un accident de voiture pour faire des expériences sur la mort. Ayant perdu tous ses souvenirs pendant l’opération, ils nomment ce survivant à partir de leurs deux modèles : Frank Sinatra et Albert Einstein. Le pauvre homme obtient des pouvoirs de divination et d’empathie au cours de la résurrection. Frank Einstein veut récupérer ses souvenirs mais semble étrangement attaché à un personnage de fiction, Monsieur Excitation dont il tient à porter l’uniforme. Par hasard, il devient alors le super-héros Madman.

Cependant, ce personnage n’est pas né en un épisode mais Madman s’affirme au fil des pages. Dans les débuts du premier volume, il est un exclu voulant être reconnu. Il devient ensuite un fou amnésique en quête d’identité. Madman recherche son passé et se cherche dans le regard des autres. Ayant perdu ses repères, il a des absences et des visions. S’il n’arrive pas à tenir une conversation, il réfléchit beaucoup sur lui-même.  Il est également angoissé par le temps et donc la mort mais se crée une nouvelle identité avec son couple. Sa relation étrange mais fleur bleue avec Jo est émouvante. La jeune femme est très éprise mais Frank s’estime indigne. De plus, sa pensée brumeuse le distrait vite.

Madman, un héros à part
Madman, un héros à part

Madman, une série qui se cherche

La liste des artistes invités sur les couvertures montre l’aura de Madman : Moebius, Frank Miller, Jack Kirby, Frank Frazetta, Matt Groening… Cependant, la série se construit peu à peu. La série They – située dans la deuxième partie du livre mais écrite plus tôt – est très underground. Les décors dépouillés contrastent avec le réalisme des visages. Le cadrage est très resserré, presque étouffant et la mise en page est celle d’un stricte gaufrier avec une variation pour des doubles cases. Dans les épisodes plus récents, Mike Allred se rapproche de la ligne claire. Les traits sont réduits au minimum et les formes plus rondes.

La série décolle quand l’auteur trouve un ton : l’humour absurde. Si le costume s’inscrit dans le registre du super-héros, Madman est un personnage à part et souvent maladroit. Les expériences des scientifiques sont des échecs. Plutôt que de résister, Frank fuit et évite les balles comme dans une comédie slapstick. L’arme de Madman est un lance-pierre puis un yoyo, certes efficace mais ridicule (qui joue encore au yoyo ?).

La série est pleinement dans son époque. En effet, Madman veut retrouver son identité comme le comics doit récupérer le merveilleux des origines. Le costume de Madman vient d’un personnage de comics Monsieur Excitation, comme Barry Allen s’inspirant du premier Flash, Jay Garrick. De plus, l’action se déroule dans des villes fictives comme dans l’univers DC. Le cadre chronologique est aussi trouble. Les personnages tout comme l’aménagement intérieur sont à la mode des années 50. L’hommage au passé se retrouve dans le dessin de plus en plus beau. On reconnaît le style quelle que soit la période mais on peut voir des changements forts puis de subtiles variations pour chaque récit. La noirceur laisse place à un revival sixties comme Tim Burton passant d’Edward aux mains d’argent à Mars Attack. Cependant, la déconstruction à l’œuvre dans les comics après Watchmen pousse à réinventer d’autres figures héroïques. Madman ne sauve pas les innocents mais seulement lui-même. Madman est également une surprenante série familiale car, depuis son amnésie, Frank a deux pères de substitution, les scientifiques qui l’ont créé.

Ces deux premiers volumes de Madman sont donc une révélation pour le public français. Frank Einstein n’a pas la richesse de Batman mais il a un cœur en or. Il n’a pas les reparties de Spider-Man mais sa maladresse est encore plus drôle. Grâce à Huginn & Muninn, Vous allez enfin avoir accès à la magie loufoque de Madman par une intégrale prévue en douze volumes.

Retrouvez sur le site d’autres titres du même éditeur avec l’horrifique Ice Cream Man et le futuriste Dune.