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      Invisible Kingdom, science-fiction et politique pour un récit brillant

      Récit doublement primé aux États-Unis, Invisible Kingdom arrive en France grâce aux éditions Hi comics. G. Willow Wilson et Christian Ward imaginent un futur partagé entre une multinationale omnipotente et une religion omniprésente. Poursuivis par ces forces qui les dépassent, un groupe de voyageurs réussira-t-il survivre ?

      Deux héroïnes dissemblables…

      Dans ce premier volume, le lecteur suit en parallèle deux femmes que tout oppose. La pilote Grix doit se poser en urgence en raison d’un problème technique. Elle sauve certes sa vie et celle de son équipage mais pas ses finances. Le crash de son navire lui fait perdre l’argent de sa livraison pour l’entreprise multiplanétaire Lux. Grix est à la recherche d’argent car elle s’occupe de son frère cadet Rath. Au même moment, Vess rentre dans les ordres en devenant une « non-une » au sein du monastère volant des Sœurs de la rigueur.

      Au départ, le dessin de Christian Ward peut désarçonner. On a dû mal à dire si les personnages extraterrestres sont des hommes ou des femmes  mais on peut faire l’hypothèse que ce trouble dans le genre est volontaire. Le style très original ressemble à une peinture bien qu’il soit entièrement numérique. Des aplats de couleurs vives surchargent la page avec des contrastes volontairement très marqués. Une fois habitué, le lecteur comprend pourquoi le dessinateur a reçu l’Eisner Award 2020 du meilleur artiste numérique. On découvre d’ailleurs les coulisses de la création de cet univers par les nombreux bonus en fin de volume : la postface de la scénariste et divers tests du dessinateur.

      … mais un problème commun

      Sans le vouloir, Grix se retrouve impliqué dans des transferts suspects. Au départ, elle cherche à les ignorer pour éviter les représailles puis à fuir, mais comment fuir une entreprise omniprésente ? Devenue archiviste du centre religieux, Vess découvre des irrégularités dans la comptabilité et se sent de plus en plus en danger, mais comment fuir quand on est seule ? Le duo semble dans l’impasse car ils sont poursuivis par les forces conjuguées du commerce et de la religion. Dans la deuxième partie, de nombreux mystères autour d’un complot financier et religieux se révèlent et relient les deux héros. Après la présentation des personnages, le rythme s’accélère par des courses poursuites spatiales.

      Un comics politique

      Ce titre est le premier issu de la nouvelle collection de Karen Berger chez Dark Horse. Cette éditrice a tout simplement révolutionné les comics par le label Vertigo chez DC quand elle a fait venir aux États-Unis Alan Moore, Neil Gaiman ou Grant Morrisson. Il n’est donc pas surprenant que ce comics soit aussi engagé. Lux est une entreprise de livraison qui tient très peu compte de la vie de ses employés. L’agent de liaison à bord informe Grix qu’il va perdre de l’argent mais la panne est dû au manque d’entretien de Lux. Puis, son supérieur Oris Prime menace de lui enlever son frère et cherche à détruire son vaisseau. Le nom de l’entreprise est omniprésent sur la page : sur chaque carton de la cargaison, par les messages audios sur la première page et dans les villes sur les immeubles ou les devantures de boutiques. Le lecteur pense à Amazon ou UPS, ce qui n’est pas un hasard car la scénariste vit à Seattle, la ville du géant Amazon.

      Venue de la planète Rool, Vess est très pieuse mais elle semble bien être la seule dans le monastère. En effet, les autres sœurs qui sourient derrière son dos ne voient en elle qu’un pigeon à plumer. La mère supérieure est d’ailleurs totalement consciente du peu de foi de certaines religieuses. La tenue même de cette congrégation illustre un enfermement : l’apprentie doit se bander les yeux puis, une fois ordonnée, elle porte un chapeau démesurément très grand pour cacher le monde extérieur. Cependant, autrice musulmane, Wilson ne critique jamais la foi de Vess mais les dérives du clergé.

      Invisible Kingdom est une des sorties marquantes de l’automne. Ce premier volume lance une série à la fois agréable à lire mais aussi profonde. Les jurys américains ne s’y sont pas trompés en lui donnant l’Eisner Award 2020 de la meilleure nouvelle série. Nous ne pouvons que vous encourager à prendre votre navette spatiale pour vite chercher cette pépite qui est d’ailleurs une histoire complète en attendant le prochain récit dans le deuxième volume.

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