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      Furtif le super-héros malade de Détroit

      Vous cherchez un récit de super-héros différent ? Suivez le Furtif dans les dangereuses banlieues afro-américaines de Détroit. Cependant, la plus grande menace dans ce récit complet chez Delcourt n’est pas la violence des gangs mais la maladie…

      L’action en avant

      Furtif est un super-héros qui combat le crime depuis des décennies à Détroit. Il apparaît au départ comme un cocktail banal de super-héros : Falcon car ce héros afro-américain a des ailes, Iron Man ou X-O Manowar par l’armure futuriste et Batman par son action de justicier urbain. Le dessin classique de Nate Bellegarde renforce cette impression de déjà vu tout comme les couvertures de l’ensemble des épisodes par Jason Howard de Big Girls. Furtif est en lutte contre un super-vilain voulant diriger la pègre de Détroit. On le comprend vite mais ces premières pages perdent volontairement le lecteur en juxtaposant les interventions violentes de Furtif dans les rues et les difficultés du journaliste afro-américain Tony avec son père vieillissant. Le lecteur sent qu’il y a un lien et pense que Tony est Furtif. A la fin du premier chapitre, un redoutable cliffhanger révèle que Furtif n’est pas Tony mais son père. Ce n’est que la première surprise d’un récit très malin. Mike Costa construit la façade d’un récit classique de super-héros entre action et polar et on s’amuse à suivre une course-poursuite et une guerre des gangs mais le récit va plus loin.

      La couverture de Furtif

      Une histoire de famille

      La carrière de super-héros de Furtif est très liée à sa famille. La volonté de changer la ville parcourt les générations dans ce récit de filiation entre un père et son fils. Furtif est devenu un super-héros pour faire régner la justice dans les rues des quartiers pauvres et n’hésite pas à recourir à une violence alors que son fils Tony Barber est un journaliste engagé au Detroit Herald qui se met en rage face à l’injustice sociale. Ce n’est donc pas un hasard que Robert Kirkman, le papa de Walking Dead, participe à la création de ce personnage car le thème de la famille traverse son œuvre. Cependant, les Barber ne se comprennent plus.

      Furtif, un récit de malade

      Le père de Tony est touché par la maladie d’Alzheimer. Gravement atteint, il confond son fils Tony et son frère Eric. Malgré tout, il refuse de raccrocher les gants ne se rendant pas compte de sa faiblesse. Dans un très beau dialogue intérieur, Mike Costa montre la confusion du père qui ne se reconnaît plus dans le miroir, mélange le rêve et la réalité. Il ne cesse de répéter les mêmes phrases car il perd le fil de ses pensées. Cette démence crée un suspens car le fils part à la recherche de son père surpuissant par son armure. Son statut de super-héros rend la situation bien plus dangereuse pour sa famille mais aussi pour la ville : Furtif confond des kidnappeurs d’enfants avec des policiers en civils.

      Un héros vieillissant de Furtif

      Une variation dans le ghetto

      Cette dégénérescence du héros est le symbole de celle de la ville et de la fin du rêve américain. Les deux Barber se sacrifient pour la communauté. Le livre commence d’un côté par des extraits d’un article de presse de Tony décrivant la dérive de Détroit. La population a fui la crise économique depuis les années 70 avec la fermeture des usines automobiles. Ceux qui restent sont surtout les afro-américains pauvres. Furtif est plongé dans une guerre urbaine plus violente et impitoyable qu’au Moyen-Orient. Cependant, il y a des signes de renouveaux car des quartiers revivent et la métropole est en pleine expérimentation mais cette croissance profite aux riches et aux blancs. On sent en effet que le scénariste connaît Detroit et son histoire.

      Derrière un récit de super-héros classique, Furtif cache une émouvante relation père-fils et une profonde réflexion sur la maladie non seulement d’un homme mais de toute une ville. Ce récit complet pousse le lecteur hors de ses habitudes et la fin retourne tout le récit en le laissant perdu dans ses pensées sur l’héroïsme et l’utopie.

      Si cette chronique sur un récit engagé vous a plu, vous pouvez retrouver un autre texte sur Excellence, mais par contre, si vous préférez en apprendre plus sur la nouvelle série de Robert Kirkman, il faut suivre Fire Power.

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