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      Entrez sur un Campus diabolique

      Les films américains abondent sur les excès des fraternités étudiantes mais ce n’est rien en comparaison avec ce que proposent Les Humanoïdes Associés dans Campus.

      Bienvenue dans l’âge adulte

      Campus d'Hugo Petrus

      Wyatt, jeune afro-américain, accède à l’âge adulte car il rentre à l’université Darwin State. Encore mieux, il le fait en colocation avec Jake, son ami d’enfance blanc. Bien que séparés depuis des années, ils ont pu garder le contact par internet. Les deux ont pourtant une vision radicalement différente de l’université. Tandis que Wyatt se concentre à ses études, Jake fait la fête. Comme de nombreux américains, il adhère à la prestigieuse fraternité Omega Zeta Nu. Les deux restent pourtant amis jusqu’à ce que Jake change radicalement de personnalité. En même temps, des phénomènes étranges se produisent sur le campus…

      Le lecteur voit la dérive vers le satanisme. Cela commence par le geste d’un pacte de sang anodin entre les amis Wyatt et Jake. Ce geste est même un touchant geste antiraciste car Wyatt est blanc et Jake noir. Une introduction a pourtant mis le lecteur en garde avec un homme basculant dans la folie en invoquant Antaura. Le second moment est une intégration surprenante dans une fraternité. Si Wyatt ne se rend pas compte de cette plongée dans la noirceur, Jake le constate et s’en inquiète. Il va tout faire pour sauver son ami et c’est ce que raconte avec plus de scènes d’action la seconde partie de Campus.

      Amis malgré tout ?

      Campus de Jon Ellis

      Amis longue distance, ils sont au départ heureux de se retrouver après toutes ces années mais c’est lorsqu’ils vivent ensemble que les différences entre eux se font jour. Jake a tout réussi au lycée avec de bons résultats, des amis et des petites amies. A l’inverse, Wyatt a connu un deuil et est devenu le geek solitaire du lycée. Wyatt est le premier à voir une femme masquée d’une tête de lapin exploser une grenouille mais on ne le croit pas. Il subit des crises d’angoisse et n’a pas d’ami alors que Jake devient la coqueluche de la fraternité et drague une dernière année. Leur amitié sera-t-elle plus forte que le démon ?

      Le scénariste Jon Ellis intègre également dans Campus un sous-texte sur le racisme. Privilégié, Jake peut profiter de sa jeunesse. Campus montre au premier abord des scènes très connues – les beuveries d’étudiants, les bizutages – que l’on retrouve au cinéma. La dérive de cette noblesse dorée WASP qui vit dans l’insouciance et l’hédonisme fait penser à Bret Easton Ellis. En effet, tous les dirigeants et la plupart des membres de la fraternité sont blancs. Wyatt n’a pas les moyens de cette innocence. Il doit réussir pour lui et sa famille. Minoritaire, il est le premier à voir les dérives de l’université. Discrètement, il proteste contre les injustices par un t-shirt Black Lives Matter puis un autre représentant Martin Luther King. Leur amitié interraciale sera-t-elle plus forte que la pression sociale ?

      Campus est également innovante dans sa forme. Cela peut paraître banal pour un lecteur de franco-belge mais ce récit est d’un seul tenant et non plus en épisodes comme de nombreux titres aux États-Unis. Le dessinateur Hugo Petrus franchit une nouvelle étape dans sa carrière. Il a pu faire des épisodes épars en particulier chez DC comics mais Campus est sa première série complète. De plus, il affirme un style photoréaliste qui ne néglige pas pour autant la mise en page. Certaines pages ont une organisation très simple mais, dans les doubles pages, Petrus propose une organisation innovante. On peut simplement trouver inutile les flèches voulant indiquer un mouvement qui est déjà évident par la composition. La colorisation de Lee Loughridge ajoute une épaisseur au dessin par les effets numériques sur la peau et les matières.

      Débutant comme un récit sur les retrouvailles entre deux amis à l’université, Campus plonge progressivement dans le satanisme. Le lecteur est envoûté par un scénario haletant sur le passage à l’âge adulte et est éblouit par les dessins d’Hugo Petrus. Campus est un comics diaboliquement efficace au final très réussi.

      Retrouvez dans la même collection nos textes sur des livreurs de l’espace et sur un revisite de Dumas.

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