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      Entrez en lutte avec Res Publica

      Dans Res Publica, David Chauvel et Malo Kerfriden vous embarquent dans la résistance mais cette guerre est sociale et elle se déroule en France.

      La liberté contre la solidarité

      Une élection en question dans Res Publica

      Res Publica s’ouvre sur des citations du révolutionnaire italien Auguste Blanqui et du Français Robespierre. Le propos est donc limpide : le scénariste David Chauvel s’engage pour raconter la guerre sociale. Selon lui, la présidence d’Emmanuel Macron est marquée par l’imposition du modèle néo-libéral en France. Ce choix déclenche en réaction des luttes pour s’y opposer. Res Publica ne propose pas un raccourci critique mais une recherche dense au long court. Le but n’est pas de s’attaquer à une personne mais une idéologie : le néo-libéralisme. Le scénariste embrasse l’ensemble des cinq années de présidence pour démonter les mesures phares du gouvernement et établir sa vérité sur les multiples mouvements sociaux. Aucun scandale n’est oublié.

      Res Publica est aussi haletant qu’un polar. On voit tout d’abord monter le danger. Res Publica commence par un rapide parcours sur l’enfance et la scolarité d’Emmanuel Macron montrant un cheminement vers les plus hautes fonctions. Cependant, Macron n’y accède pas seul mais profite et se construit un réseau. Vie privée, réseau amical et carrière professionnelle se mêlent. Il a un pied dans le socialisme depuis son militantisme pour Chevènement et un autre dans le capitalisme en faisant fortune dans la banque. Cependant, dès sa nomination comme ministre de l’Économie, il est perçu comme un soutien du patronat. Dès 2016, il prépare les structures pour devenir président. Il enregistre le nom de son parti et profite de ses conseillers au ministère pour organiser un plan de bataille. Avec de tels soutiens, Res Publica présente son élection comme une formalité.

      Un livre de combat

      Le premier ministre dans Res Publica

      David Chauvel et le dessinateur Malo Kerfriden décryptent ensuite les premières mesures montrant qu’elles sont uniquement en faveur du patronat et des contribuables les plus riches. L’échec du CICE est mis en parallèle avec baisse des aides au logement. Les changements de calendrier entre les élections présidentielles et les législatives renforcent le rôle du président en transformant le Parlement en chambre d’enregistrement. Les premiers renoncements se font avec la domination des politiques face à la « société civile ». Directeur de collection chez Delcourt, chaque page de Res Publica transmet l’urgence de ce projet pour David Chauvel. Le texte dense ne néglige aucun détail et les sources sont listées en fin d’ouvrage.

      En parallèle de cette ascension et de la destruction du modèle social, Res Publica montre la montée des oppositions. Ce mouvement commence par l’opposition dans le Parlement mais Res Publica met en avant le mouvement des Gilets Jaunes. David Chauvel montre ce mouvement comme le réveil du peuple subissant les attaques néo-libérales. Le dessinateur Malo Kerfriden impressionne dès la couverture. Il s’approprie le fronton de l’Assemblée nationale pour résumer la présidence de Macron alors que la fumée de colère monte juste devant. Sans jamais sacrifier au réalisme des visages, le dessinateur va à l’essentiel. Son trait vif croque les actions sans détails inutiles. Également coloriste, il fait le choix de ne garder que la bichromie : le noir et le jaune devenu symbole de résistance populaire. La carte du résultat des élections montre clairement où se trouve la résistance.

      Cependant, Res Publica reste dans un récit événementiel qui fait se succéder les faits sans mettre en avant les lignes de force. Cet enchaînement logique crée une logique implacable certes très efficace dans le récit mais parfois le raisonnement ne laisse pas de place au doute ou à l’esprit critique.

      Par Res Publica, l’éditeur Delcourt vous propose bien plus qu’une nouvelle bande dessinée mais vous engage à soutenir la résistance. David Chauvel et Malo Kerfriden impressionnent par la quantité des faits et la précision des images mais aussi par leur optimisme dans le réveil du peuple.

      Vous pourrez découvrir d’autres chroniques sur des livres engagés comme Mon rond-point dans ta gueule ou Garder le lien.

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